BERLIN - Uli Hoeness, l'homme qui a fait du Bayern Munich l'un des clubs les plus puissants du monde, en a été réélu président vendredi, après avoir purgé presque deux ans de prison pour fraude fiscale.

Seul candidat, « invité » à reprendre sa place par les instances dirigeantes du club, l'ancien joueur star des années 70 a été élu à mains levées par l'immense majorité des membres de l'assemblée générale annuelle réunie à Munich.

Seuls 108 membres du club ont voté contre lui, sur environ 6000 présents dans la salle, et la foule debout a chanté son nom, comme elle le fait au stade pour un joueur, une fois le résultat validé.

« J'ai commis une lourde faute, c'est indiscutable », a-t-il dit avant son élection, dans une intervention pleine d'émotion : « Je respecte chaque personne qui, ce soir, ne votera pas pour moi à cause de cette faute (...). Mais j'ai tout fait pour réparer ma faute. J'ai payé ma dette aux impôts jusqu'au dernier cent ».

« Et maintenant je suis là. Je vous demande une seconde chance, et je vous promets que je ferai tout pour combler vos attentes », a-t-il lancé, acclamé par une salle debout.

Le retour de Hoeness aux affaires n'était pas seulement prévu, mais il était attendu, et avec impatience. « C'est magnifique pour le FC Bayern et pour tous ses supporteurs que Uli soit de retour. Ce n'est pas un saint, il a commis des fautes, mais il a payé pour ses erreurs », avait lancé dans la semaine Matthias Sammer, ancien joueur et ancien directeur sportif du club.

La fonction de « président », au Bayern, implique une activité de coordination et de surveillance. La gestion au quotidien de ce géant du foot devenu une entreprise florissante restera l'apanage de Karl-Heinz Rummenigge, qui occupe le poste de « président du directoire », l'organe exécutif du club. Mais les deux hommes, qui s'apprécient et se respectent, ont l'intention de reformer un duo qui a permis au club de connaître ses plus belles années.

28 millions non déclarés

Munich voue de fait un respect et une reconnaissance sans borne à « Uli », ancien cadre de la grande équipe des années 70, avec Franz Beckenbauer et Gerd Müller, pour avoir permis le succès sportif grâce à une gestion saine et rationnelle, sans recours ni à l'endettement ni à un mécénat à fonds perdus, comme l'ont fait d'autres en Europe.

Hoeness retrouve d'ailleurs un Bayern plus riche et plus prospère que jamais. Selon le bilan présenté à l'assemblée générale vendredi soir, le club est le deuxième plus riche d'Europe après le FC Barcelone et devant le Real Madrid.

Le chiffre d'affaires a bondi à 627 millions d'euros cette année (contre 670 pour le Barca), en hausse de plus de 100 millions sur un an. Le bénéfice avant impôt a également progressé d'environ 30 %, de 23,8 millions en 2014-2015 à 33 millions pour le dernier exercice.

Sportivement, le Bayern a atteint au moins la demi-finale de la Ligue des champions ces cinq dernières années, avec une finale en 2012 et une victoire en 2013. Il reste également sur quatre titres consécutifs de champion d'Allemagne.

Hors Bayern, Hoeness est aussi le patron d'une florissante entreprise de charcuterie industrielle. Et l'entrepreneur privé a momentanément oublié la rigueur du gestionnaire de club, lorsqu'il a tenté de dissimuler au fisc de son pays 28 millions d'euros de revenu boursier en Suisse.

Condamné à la prison ferme en 2014, il a démissionné de la présidence du club, et finalement purgé 21 mois derrière les barreaux, dont environ la moitié sous un régime de semi-liberté, qui lui permettait de ne passer que ses nuits en prison.