mercredi, 16 mai 2012. 10:55

On célèbre cette semaine un bien triste anniversaire sur le circuit PGA Tour. Il y a 20 ans, Dillard Pruitt écopait d'un coup de pénalité pour jeu lent lors du Championnat Byron Nelson. C'est la DERNIÈRE fois qu'une telle pénalité a été imposée au golf professionnel. Cela s'était transformé par une perte de revenus de 9 600$. À une époque où 9 600$ valaient autrement plus cher qu'aujourd'hui. Curieusement, Pruitt est dorénavant un des officiers du circuit PGA Tour chargés d'appliquer les règlements.

J'ai très souvent condamné le jeu lent des joueurs sur le circuit PGA Tour. Et n'allez pas croire que ce que Kevin Na nous a servi au TPC at Sawgrass est un exemple unique. Ben Curtis est tout aussi lent. Et Ben Crane et Glen Day et combien d'autres. Quand on voit Jim Furyk s'installer pour un coup roulé, en faire l'analyse avec son cadet, reculer et se réinstaller, ça ne fait aucun sens. Au point où les réalisateurs de la télévision reviennent sur Furyk uniquement dans la dernière portion de son interminable routine.

Nous étions à quelques pas du centre de presse dimanche dernier lorsque Tiger Woods y a livré ses commentaires. Et il a abordé le sujet du jeu lent. Il avait déjà pris position à cet effet en 2008 et mentionné cette fois que la situation s'est détériorée. Il favorise l'imposition de coups de pénalité. Cela pourrait se transformer selon lui en quelques centaines de milliers de dollars, de quoi faire réfléchir n'importe quel joueur.

Cela n'aurait, je ne crois pas, aucune influence sur Tiger Woods qui lui-même prend souvent un temps interminable pour effectuer la lecture de plusieurs de ses coups roulés. J'ai personnellement et régulièrement chronométré Woods qui, à plusieurs occasions, a dépassé les 40 à 45 secondes généralement accordées aux joueurs en pareille situation.

Oui, la pression est énorme. Oui, les roulés de moins de trois pieds au Augusta National sont très difficiles. Oui, le joueur peut perdre un tournoi en hâtant son geste. Mais, c'est ainsi.

L'exemple de Na au cours de la dernière fin de semaine tenait davantage de la caricature que de la réalité tant sa situation semblait désespérée. En compagnie de notre réalisateur Marc Prévost, Carlo et moi étions présents au vert du 17e vendredi. Il nous fallut attendre au moins une vingtaine de minutes, sinon davantage, pour voir apparaître le groupe de Na au tertre de départ après que le groupe précédent eut quitté le vert. Lorsque Na s'est installé pour effectuer son roulé pour l'oiselet, ses deux partenaires de jeu et leurs cadets avaient quitté les lieux depuis plusieurs minutes et attendaient sous les estrades. Na a réussi son coup pour ainsi passer en tête du classement. Aurait-il occupé la même position si on avait insisté auprès de lui afin qu'il joue plus rapidement ? J'en doute énormément.

Plusieurs joueurs sur le circuit PGA Tour reçoivent régulièrement des amendes à cause de leur jeu lent. Je vous rappelle que le circuit ne divulgue pas les pénalités et amendes imposées à ses joueurs. On a cependant appris qu'un joueur comme Stewart Cink a déjà payé 20 000$ d'amendes en un an pour avoir été coupable 10 fois de jeu lent.

Si certains jeunes joueurs craignent comme la peste d'être informés qu'ils sont chronométrés, les vétérans eux ne s'en préoccupent pas du tout. Lorsqu'interrogés à cet effet, ils répondent simplement : « Pourquoi me presser quand on sait très bien qu'ils ne feront rien pour me pénaliser… »

Le problème est de savoir comment appliquer une politique qui pourrait satisfaire tous les intervenants. Est-il nécessaire d'avoir un responsable des règles avec chaque groupe pour chronométrer chaque joueur? Quand commencer et stopper le chrono ?

Chez les amateurs, la situation est aussi désolante, sinon davantage. Il n'est pas rare de passer près de six heures sur un parcours lors de la tenue de tournois. À moins de jouer en compagnie de Philippe Bond qui connait suffisamment d'histoires drôles pour tenir le coup, il ne fait aucun sens de passer autant de temps sur un terrain de golf. C'est inimaginable.

Quand j'en ai fait la remarque à quelques compagnons de jeu, ils ont admis que cela les contrariait au point de jouer moins souvent. D'autres ont par ailleurs indiqué que cela ne le dérangeait pas du tout. Qu'ils sont au golf pour s'amuser. Le problème, c'est qu'il y a une centaine d'autres personnes sur le terrain qui ne s'amusent vraiment pas du tout.

Tant et aussi longtemps que l'on permettra aux professionnels de jouer lentement et de façon aussi évidente, rien ne changera. Lors des derniers moments du Championnat des Joueurs dimanche dernier, Rickie Fowler (un des joueurs rapides sur le circuit) a raté un coup roulé qui lui aurait procuré 399 000$ de plus. Dommage, mais c'est ainsi.

Est-ce qu'on va permettre à un joueur de hockey de reprendre un lancer parce qu'il a été pressé de tirer au but à cause d'une mise en échec? Est-ce qu'on va donner une deuxième chance à un quart-arrière de compléter une passe parce qu'il a été pressé derrière la ligne de mêlée? Cela fait partie du jeu. Au basketball, les temps de possession et de tir sont chronométrés afin d'éviter les débordements.

Jouer 18 trous de golf en moins de quatre heures est normal. À mon club, c'est même une obligation. Ceux qui ne sont pas capables de le faire, professionnels comme amateurs devraient se contenter de la randonnée pédestre si leur but est d'effectuer une petite marche du dimanche.