lundi, 20 févr. 2012. 13:00

Dure défaite pour le Canadien qui s'est incliné 3-1 contre les Devils dimanche. Ce genre de défaite fait très mal aux joueurs parce qu'ils sont en pleine course aux séries et sont incapables de réduire l'écart qui les sépare du 8e rang. Avec une victoire contre le New Jersey, le CH aurait passé à 4 points seulement d'une place en séries. Quand c'est si proche et que ça te passe entre les doigts, c'est très décourageant.

Le Tricolore disputera un dernier match au Centre Bell, mardi contre les Stars avant de prendre la route jusqu'à la fin du mois. Ils se rendront à Washington, Sunrise et Tampa Bay. Je m'attends à de bons matchs, on ne doit jamais lâcher.

Gagne ou perd, je vous garantis une chose : on va en apprendre beaucoup sur les joueurs du Canadien au cours des prochaines semaines.

Depuis ma dernière chronique, il s'en est passé beaucoup à Montréal. Je reviendrai avec vous sur un point en particulier : l'échange d'Hal Gill.

Je pense que Pierre Gauthier a fait une excellente transaction. Le choix de deuxième ronde est très intéressant, mais en plus, le directeur général du Canadien a été chercher deux jeunes joueurs. Les portes de la LNH sont grandes ouvertes pour Blake Geoffrion. À 24 ans, le petit fils du grand Boum Boum va sans doute se tailler une place dans la formation du Canadien très bientôt et sera très utile dans un rôle de 3e trio éventuellement.

J'aimerais bien le voir à Montréal dès cette année parce que je ne veux pas qu'on se pose trop de questions pendant la saison morte. Que ce soit Pierre Gauthier ou n'importe quel autre dirigeant qui pourrait prendre sa place, on doit savoir qu'est-ce que Geoffrion peut nous offrir (comme on fait avec Louis Leblanc), comme ça on peut se concentrer sur les autres problèmes de l'équipe. On doit arriver au camp d'entraînement la saison prochaine et avoir le moins de questions possible.

En résumé, un bon choix au repêchage et deux jeunes joueurs pour un gars de 36 ans qui pourrait mettre un terme à sa carrière au cours des prochains mois (sinon des prochaines années), c'est une excellente transaction pour Gauthier et le Canadien.

Autre bonne nouvelle dans cette transaction, le temps de glace que Gill occupait va pouvoir être redistribué à d'autres défenseurs (plus mobiles) et les jeunes comme Alexei Emelin et P.K. Subban auront plus de responsabilités. Ils sont rendus là et l'expérience qu'ils vont aller chercher est tellement importante qu'elle n'a pas de prix.

Après l'échange de Gill, est-ce que le travail de Gauthier sur le marché des transactions est terminé? Non. Que ce soit Travis Moen, Mathieu Darche ou Andrei Kostitsyn, je pense que c'est son devoir de regarder comment le Canadien peut être une meilleure équipe (pas nécessairement cette saison, mais à long terme).

Si c'était ma décision, je me placerais dans la position de vendeur. Parce que même si on se qualifie pour les séries éliminatoires, je ne crois pas au miracle une fois la danse printanière arrivée. On doit penser aux prochaines saisons et on ne doit pas sacrifier une partie de nos joueurs d'avenir pour gagner dans l'immédiat, ça ne fonctionne pas comme ça dans la Ligue nationale aujourd'hui.

Pierre Gauthier, le mal aimé

Jake Todd du quotidien anglophone The Gazette n'est pas très tendre avec le directeur général du Canadien dans sa chronique de lundi. Il parle d'une ligue de 29 directeurs généraux et un fantôme, du « monde paranoïaque » de Pierre Gauthier et du fait que la communauté journalistique de Montréal est perçue comme des ennemis par les dirigeants du Canadien.

De façon plus modérée, je me dois d'être d'accord sur certains points avec Todd. Sans parler d'un monde paranoïaque ou d'une dictature, je crois que Gauthier aime bien contrôler toute l'information qui sort de son bureau, du bureau de son entraîneur et même du vestiaire. C'est vraiment dommage de voir ça, parce que ce n'est plus la façon de faire. Maintenant, les équipes tentent d'impliquer beaucoup plus leurs partisans et les tenir au courant de ce qui se passe. Avec l'intérêt qu'on porte pour le hockey à Montréal et à la grandeur de la province, ce serait la moindre des choses que le Canadien parle ouvertement de ce qui se passe avec l'équipe.

Avec mon expérience comme joueur, j'ai passé par plusieurs organisations, j'ai vu et vécu beaucoup de situations comme celle-là, mais je peux vous dire que c'est à Calgary que le Canadien devrait aller voir comment se gère un club de hockey.

Avec les Flames, il y avait 7 propriétaires, mais on les connaissait tous par leur nom. L'esprit de famille était très présent, tout le monde se sentait bien dans cette situation, ce qui n'est visiblement pas le cas à Montréal.

À Calgary, on avait une bonne raison de se défoncer soir après soir, parce que le sentiment d'appartenance était très présent et on avait créé quelque chose de spécial. Quand tes patrons (entraîneurs, dirigeants et propriétaires) te font sentir comme un membre de la famille, tu aimes ça jouer pour eux, tu veux gagner pour eux et tu veux en donner plus aux partisans. C'est ça la recette d'une équipe gagnante.

Ici, j'imagine très mal une relation entre les joueurs et Pierre Gauthier. On n'a vraiment pas l'impression que les gars s'amusent. C'est une partie du problème chez le Canadien, mais attention, seulement une partie.

Les Wings maîtres chez eux

Ailleurs dans la LNH, je me dois de vous parler des Red Wings et de leur incroyable séquence de victoires à domicile.

C'est très difficile pour les autres équipes d'aller jouer au Joe Louis Arena de Detroit en raison de l'histoire, de l'ambiance HockeyTown de la prestigieuse organisation des Red Wings.

En général, un aréna, c'est un aréna. Mais il y a toujours des endroits où les matchs sont plus durs. Pour moi, on parle sans aucun doute du Wells Fargo Center de Philadelphie. Cet amphithéâtre-là a tout pour intimider l'adversaire. D'abord, c'est un long couloir qui vous amène du vestiaire à la patinoire. Je vous laisse imaginer toutes les belles paroles qui peuvent être dites par les partisans (toujours passionnés) des Flyers…

Si je dois en choisir un autre, on se transporte dans l'Ouest, au HP Pavilion de San Jose. C'est un endroit qui est très sombre et la foule est extraordinaire, même si on croirait que la Californie n'est pas un marché de hockey.

Donc, comme je disais, un aréna c'est un aréna, mais les gens que tu mets dedans peuvent faire une très grande différente.

À une semaine de la date limite

Au moment d'écrire ces lignes, il ne reste plus que sept jours avant la date limite des transactions.

Le dossier chaud, c'est Rick Nash. Mais je pense que le gros ailier va finir la saison à Columbus. À moins que Scott Howson reçoive l'offre démesurée qu'il attend, la transaction va attendre à la saison morte.

Offre démesurée? Oui. Je parle de cette fameuse discussion entre Howson et Paul Holmgren. Pour ceux qui n'auraient pas vu cette folie passer, voici :

Les Jackets demandaient James vanRiemsdyk, un choix de première ronde, Sergei Bobrovsky et Sean Couturier ou Brayden Schenn en retour de Nash et possiblement du gardien Steve Mason.

On parle ici de trois choix de première ronde des Flyers (vanRiemsdyk, Couturier et Schenn sont tous des choix de première ronde) pour Nash, qui n'a jamais rien gagné dans la ligue nationale.

Je crois que si Howson veut vraiment échanger Nash, il devrait demander quelque chose de plus raisonnable. Disons qu'un choix de première ronde, un joueur de 24-25 ans déjà bien établi dans la LNH et un espoir de premier plan auraient plus de sens. Autrement, je ne crois pas qu'il y ait un directeur général assez fou pour accepter une transaction pareille (les demandes actuelles d'Howson).

On ne peut pas reprocher à Scott Howson d'essayer le coup de circuit, c'est son travail. Et par le passé, on a vu que la dernière journée des transactions dans la LNH donne droit à de la panique. Quand 15 heures va approcher le 27 février, vous allez voir qu'il y a toujours un ou deux bozos qui vont penser que c'est la solution miracle à leurs problèmes et qu'ils doivent absolument faire son acquisition. On peut toujours être surpris.

Les Ducks ont retrouvé leurs ailes et je crois qu'il faut féliciter le directeur général Bob Murray pour sa stratégie. Évidemment, maintenant que les Ducks sont de retour dans la course aux séries, les Ryan Getlzaf, Corey Perry et Bobby Ryan ne sont plus sur le marché. Ça, c'est à condition qu'ils l'aient déjà été. Murray a bien joué ses cartes, il a fouetté ses troupes et a gagné son pari : l'équipe s'est remise à gagner. Mais Murray savait ce qu'il faisait. Il n'est pas le genre de directeur général qui est prêt à sacrifier l'avenir pour gagner immédiatement. Il a de très bons jeunes sous la main, des gagnants, qui ont déjà remporté la coupe Stanley (pour Getzlaf et Perry) et il va bâtir autour d'eux pour retrouver une équipe gagnante.

À Chicago, les Blackhaws ont traversé une séquence atroce lors des dernières semaines et devront tenter d'améliorer leur situation devant le filet. Pour aspirer à la coupe, ils devront absolument s'assurer d'avoir un gardien sur qui l'équipe peut compter soir après soir. Est-ce que ça passe par une transaction? Est-ce que Corey Crawford pourra se ressaisir? On aura la réponse d'ici une semaine.

Si les Hawks décident de transiger, on ne doit pas donner la lune pour un gardien. Jeremy Roenick a fait une sortie publique cette semaine en disant que les Blackhawks devraient considérer la possibilité d'échanger Patrick Kane pour acquérir un gardien de premier plan. Non! Je pense que Kane et Jonathan Toews amènent une attaque incroyablement efficace à Chicago et que de briser cette chimie-là pour amener un gardien, ce serait seulement changer le mal de place. On calme la situation devant le filet, mais on ampute l'attaque d'un de ses meilleurs éléments offensifs.


Mes prédictions pour le 27 février

À une semaine de la date limite des transactions, je termine en vous donnant mon plan de match. Voici ce qui devrait se passer, selon moi, dans les prochains jours.

Les Flyers vont bouger, j'en suis convaincu. Même s'ils ont ajouté des défenseurs, ils vont probablement tenter de mettre la main sur un gardien, parce que ceux en poste actuellement ne livrent pas la marchandise comme ils devraient le faire.

Les Maple Leafs vont bouger aussi. Historiquement, on a vu que les Leafs sont actifs à la date limite des échanges, Bryan Burke est très agressif et il va certainement tenter de frapper un grand coup.

Les Sharks devraient aussi être actifs. Ils voudront aller se chercher des attaquants de profondeur pour appuyer les gros canons. Les Sharks représentent une bonne équipe, mais la compétition est très féroce dans l'Association de l'Ouest et des joueurs de soutien seront d'une aide très précieuse.

Je crois qu'on verra quelques transactions, qui n'impliqueront pas nécessairement de très gros joueurs. Les joueurs de soutien seront très en demande, comme c'est le cas année après année, mais je ne crois pas que des joueurs élites changeront d'adresse. À Montréal, Pierre Gauthier aura certainement quelques coups de téléphone concernant Travis Moen et Mathieu Darche.

Propos recueillis par Roch Carignan