NEW YORK – Un printemps bleu-blanc-rouge prolongé à trois reprises sous la menace de l’élimination a finalement pris fin à New York.

L’espoir né de la récente effervescence offensive du Canadien s’est estompé de façon définitive jeudi au terme d’une performance défensive irréprochable des Rangers, qui ont décroché leur billet pour la finale de la Coupe Stanley avec une victoire de 1-0 sur le Canadien dans le sixième match de la finale de l’Est.

Sous les « We want the Cup! » criés par 18 000 fervents, les confettis ont été libérés du plafond du Madison Square Garden pour célébrer le retour des Rangers en finale après une disette de vingt ans. Au cœur des célébrations, les valeureux visiteurs voyaient s’envoler, le cœur brisé, le rêve de replonger la ville de Montréal dans une frénésie qu’elle n’a plus connue depuis 1993.

En son et images : Canadiens-Rangers no.6

« Plus tu avances dans les séries éliminatoires, plus ça fait mal quand la fin arrive, a lancé l’entraîneur Michel Therrien en guise de premier bilan. Il y a 29 équipes dans la Ligue qui sont déçues quand leur saison prend fin, une seule qui est heureuse. C’est sûr que présentement, ça fait mal. Mais quand je regarde l’ensemble de la saison, je suis fier de cette équipe. »

Dominic Moore a inscrit le seul but nécessaire au triomphe des Blueshirts, son troisième des séries, enfonçant le dernier clou dans le cercueil du Canadien après une longue présence oppressante du quatrième trio des Rangers en fin de deuxième période.

Moore, qui avait marqué le but qui avait permis au Canadien d’éliminer les Capitals de Washington en sept matchs en 2010, a été le seul à battre Dustin Tokarski, le grand responsable de la mince résistance montréalaise.

Le jeune remplaçant de Carey Price, qui ne risque pas d’oublier de sitôt le printemps de ses 24 ans, a réalisé 31 arrêts dans la défaite.

À l’autre bout, la même attaque qui avait chassé Henrik Lundqvist du match précédent, faisant soudainement apparaître un doute au-dessus du masque du gardien suédois, est complètement tombée à plat devant l’opportunité de pousser la confrontation à la limite.

« On n’a pas été en mesure de générer de l’offensive, mais ils ont joué un match défensif à la perfection. Il n’y avait pas beaucoup d’espace sur la patinoire », n’a pu que constater Therrien avec beaucoup de justesse.

« Dans mon livre, on vient probablement de jouer notre meilleur match des séries, a résumé son vis-à-vis Alain Vigneault. On leur a donné une chance en première, quatre en deuxième et rien du tout en troisième. Ça n’aurait pas dû être un match de 1-0. »

Un échec-avant agressif et un plan de neutralisation parfaitement exécuté en zone neutre ont gardé le Canadien loin de son profit du début à la fin du match. Lundqvist a vu son premier lancer à la huitième minute. En troisième période, il n’a pas été sollicité avant la dixième minute. Victime de quatre buts sur 19 lancers deux jours plus tôt au Centre Bell, Lundqvist a été parfait devant 18 tirs sans trop de mordant.

« On avait l’air d’une équipe fatiguée ce soir, je suis le premier à l’admettre », a acquiescé Daniel Brière, lucide. On n’était pas sur la rondelle, notre échec-avant était non-existant. C’est sûr que les deux équipes étaient rendues à la même place. Je ne suis pas capable d’expliquer pourquoi ça fonctionnait pour les Rangers et pas pour nous ce soir. »

« On était au bord du gouffre, dans une situation qu’on avait pourtant déjà vécue, mais en troisième période, c’est comme si on avait commencé à paniquer. On s’est éloigné du plan de match, on a commencé à essayer des jeux en zone neutre. Je ne suis pas sûr de comprendre pourquoi », se questionnait Max Pacioretty, la mine déconfite, plusieurs minutes après le son de la dernière sirène.

« Plus t'avances, plus ça fait mal »

« On avait beaucoup de difficulté à générer de l’attaque et dans ce temps-là, tu as tendance à faire des choses que tu ne fais pas généralement », a brièvement théorisé Therrien après avoir admis que son équipe n’avait pas autant d’énergie qu’à l’habitude.

« Ils aiment jouer un style rapide et exécuter de longues passes. On ne les a pas laissés le faire ce soir. On patrouillait la glace en unité de cinq. La plupart du temps, on avait cinq hommes regroupés au même endroit », a pour sa part analysé Vigneault.

C’était la troisième fois que Lundqvist revenait devant son filet après avoir alloué quatre buts à sa sortie précédente et c’est sans grands efforts qu’il a pu conserver sa fiche parfaite intacte en pareilles circonstances.

Son arrêt le plus spectaculaire est survenu sur une percée de Thomas Vanek en deuxième période. Une rondelle déviée par le bâton de Dan Girardi s’envolait lentement vers le fond du filet quand Lundqvist a soulevé le bloqueur pour l’intercepter.

« On n’a mis aucune pression sur Lundqvist, on était incapable d’envoyer la rondelle vers son filet. Les Rangers ont une bonne équipe, mais j’ai l’impression qu’on ne leur a pas donné notre meilleur effort aujourd’hui. Je n’ai pas fini de penser à ce match », anticipait Pacioretty.

Tokarski s’est fait un nom

À son cinquième départ consécutif, Tokarski a gardé le fort avec une belle assurance. Mats Zuccarello s’en est dangereusement approché après un revirement causé par Brendan Gallagher en début de partie, mais la faille entre les jambes du gardien montréalais s’est refermée juste avant que la rondelle ne la traverse. Revanchard, le petit Norvégien a atteint Tokarski en plein masque à sa tentative suivante.

Les Rangers menaient 9-1 au chapitre des tirs au but après dix minutes. Au moment d’entrer au vestiaire pour le premier entracte, Zuccarello comptait trois des onze tirs des locaux. Il en a finalement totalisé cinq.

Les échos du vestiaire

Le Canadien a amorcé la deuxième période avec une minute d’avantage numérique, mais c’est Tokarski qui a été le premier à recevoir de la visite. Carl Hagelin a contourné son filet après être entré à toute vitesse sur le flanc gauche, mais n’a pu enfiler l’aiguille.

Chris Kreider a ensuite tenté de profiter d’un cafouillage de la paire Bouillon-Beaulieu, mais a essuyé un refus du gardien recrue. Quand un tir de Derek Stepan a fait résonner le poteau à la gauche de Tokarski lors d’une pénalité à P.K. Subban, on se disait que la persévérance des Rangers finirait tôt ou tard par être payante.

« C’est difficile d’exprimer ce que je ressens présentement. On a tout donné, mais on est arrivé à un cheveu de notre but », a dit le portier montréalais dans la première de plusieurs réponses brèves.

« Le jeune a fait un travail fabuleux, a exprimé son entraîneur. Il nous a donné une chance de gagner chaque fois qu’on l’a envoyé dans la mêlée. C’est vrai qu’on a perdu notre meilleur joueur au début de la série, mais on avait confiance en son jeune remplaçant. Il a été très bon. »

Pour Pacioretty, la blessure de Price n’aura pas été un facteur dans l’issue de la confrontation.

« Tokarski a été incroyable, surtout ce soir. Ce match aurait facilement pu se finir 4-0 ou 5-0. On s’est fait surclasser et c’est lui qui nous a gardés dans le coup. En troisième période, c’est arrivé à deux reprises que je baisse la tête en signe de découragement tellement j’étais certain que des joueurs des Rangers avaient un but au bout de leur palette, mais il a réussi des arrêts spectaculaires. S’il ne s’était pas déjà fait un nom dans les derniers matchs, c’est ce qu’il a fait ce soir. »

SOMMAIRE DU MATCH

Première période

Aucun but

Deuxième période

Rangers But de Dominic Moore à 18:07

Troisième période

Aucun but