BROSSARD – David Desharnais a parlé d’une « mauvaise nouvelle », Carey Price d’une « triste journée ». La nuit de sommeil de Marc Bergevin en a même été perturbée.

Le virage jeunesse qui s’effectue à la ligne bleue du Canadien, confirmé par le départ de Francis Bouillon, ne se fait pas nécessairement de gaieté de cœur, mais il était temps de le mettre à exécution, a insisté le directeur général de l’équipe.

« Hier, je me suis couché et j’ai fait un rêve sur la façon dont j’allais annoncer la nouvelle à Francis, a raconté Bergevin lundi, quelques minutes après que Bouillon se soit adressé pour une dernière fois aux journalistes assurant la couverture de l’équipe. Ça n’a pas été facile, mais c’était important qu’on le fasse Michel (Therrien) et moi. Dans notre métier, on doit prendre des décisions difficiles. Celle de ce matin en est une, mais c’est celle qu’on devait prendre pour le bien de l’organisation. »

Avec encore 24 patineurs dans son entourage, le Canadien se retrouve aujourd’hui avec un joueur au-dessus de la limite permise avant les coupes finales, qui devront être effectuées avant 17 h mardi. Les propos tenus par Bergevin laissent croire que les décisions à prendre ne seront peut-être pas celles attendues – on y reviendra – mais tout porte à croire que le portrait est complet à la ligne bleue. 

Pour l’instant, du moins, les postes de sixième et septième défenseurs sont occupés par Nathan Beaulieu et Jarred Tinordi, deux anciens choix de première ronde qui ont passé les deux dernières saisons à faire la navette entre la Ligue nationale et la Ligue américaine. 

Beaulieu, qui, à 21 ans, est le cadet du duo, est un peu moins expérimenté que son confrère, mais c’est à lui que le grand club a fait appel pour sept parties lors de son parcours éliminatoire la saison dernière. Lundi, à l’entraînement, Michel Therrien l’a utilisé lors des exercices visant à peaufiner le jeu de puissance, lors desquels il formait une paire avec Tom Gilbert. Pendant ce temps, Tinordi patinait en surplus avec les vétérans Alexei Emelin et Mike Weaver. 

Les apparences portent donc à croire que Beaulieu possède une légère longueur d’avance sur Tinordi, mais il faudra probablement attendre les balbutiements de la prochaine saison avant de connaître les réelles intentions de l’entraîneur dans la gestion de ses deux espoirs.

« Celui qui mérite du temps de jeu obtiendra du temps de jeu, a laissé entendre Bergevin. Nous avons deux jeunes défenseurs et c’est le temps de tourner la page avec eux. Je les ai rencontrés ce matin et je leur ai dit que c’était difficile d’atteindre la Ligue nationale, mais que ce l’était encore plus d’y faire sa niche. Ils devront constamment s’améliorer, mais nous sommes confiants qu’ils feront le travail qui leur sera demandé. »

Nouvel environnement, même compétition

Voisins dans le vestiaire, cochambreurs depuis le début du camp d’entraînement, Beaulieu et Tinordi poursuivront donc au niveau supérieur la saine compétition dans laquelle ils sont engagés depuis que leur carrière suit un chemin parallèle. Incluant les éliminatoires, Tinordi a disputé 35 matchs dans la LNH depuis qu’il a été repêché en 2010. Sélectionné l’année suivante, Beaulieu en a joué un total de 28.

« Tinner et moi sommes amis depuis longtemps, mais on se bat pour le même poste. C’est ça, le hockey. Il nous faudra simplement se concentrer sur le travail qu’on a à faire et celui qui jouera le mieux sera dans l’alignement. De toute façon, c’est clair dans mon esprit que chacun aura l’opportunité de démontrer son utilité », disait calmement Beaulieu, assis devant son casier, lundi.

« Mon but est d’être en uniforme pour chaque matchs de la saison, avait juste auparavant annoncé Tinordi. Ça ne se passera peut-être pas de cette façon, mais c’est l’approche que je préconise. »

Les développements perceptibles durant la progression du camp d’entraînement laissent présager que Beaulieu possède pour l’instant une longueur d’avance sur son jeune coéquipier, mais les deux joueurs possèdent des aptitudes différentes qui pourraient être mises à profit selon les circonstances. Si son ami compte sur la vitesse et le flair offensif qui pourraient lui permettre de s’établir comme un quart-arrière craint de ses adversaires, Tinordi, de qui son entraîneur a récemment dit qu’il devait encore s’ajuster à la vitesse de la Ligue nationale, mise sur un gabarit qui justifie à lui seul une bonne dose de patience à son endroit. 

On peut donc s’imaginer un scénario selon lequel les deux jeunes seraient insérés dans l’alignement contre l’adversaire le mieux adapté à ses forces et faiblesses. 

« On m’a dit que j’étais le genre de défenseur sur qui l’organisation voulait compter, mais aussi que j’avais des choses à améliorer, relate Tinordi. Aujourd’hui, j’ai reçu la nouvelle que j’attendais, mais maintenant, le vrai travail commence. Je vais profiter de la chance qui s’offre à moi pour continuer à travailler sur mon jeu, autant dans les entraînements que dans les matchs. Je dois remplir le rôle qu’on entend me confier. »

Qui partira?

Si la situation devant le filet et à la ligne bleue semble résolue, on se demande toujours ce que mijote Bergevin pour finaliser son groupe d’attaquants. À 48 heures du lancement du calendrier régulier du club, mercredi à Toronto, le Canadien compte sur 15 attaquants.

« Les blessures sont une raison, a expliqué le DG lorsqu’on lui a demandé ce qu’il attendait pour compléter sa formation. On surveille de près l’état de santé de Lars (Eller). Mais on travaille encore sur quelques trucs. Tout est possible. On essaie toujours d’améliorer l’équipe. »

L’une des options étudiées par Bergevin pourrait être de réclamer un joueur au ballottage parmi les nombreux candidats qui y seront disponibles au cours des prochaines heures. « Tout dépendra de ce qui va s’y retrouver. Si quelqu’un peut aider l’équipe, on va le faire, sinon on va passer. »

Si rien ne bouge, le Suédois de 19 ans Jacob De La Rose semble le plus susceptible d’être le dernier joueur retranché au cours des prochaines heures. Lundi à l’entraînement, il complétait un « cinquième trio » avec Travis Moen et Michaël Bournival en plus de travailler sur une unité de désavantage numérique aux côtés de Lars Eller. 

Moen, un vétéran dont l’avenir à Montréal suscite de plus en plus de questions, pratiquait quant à lui sur les unités spéciales en compagnie d’un autre jeune nouveau, Jiri Sekac.