Comment aimeriez-vous être juge pour le combat entre GGG et « Canelo » II? Imaginez la pression que vous auriez sur les épaules et la surveillance de tout le corps médiatique.

 

Le salaire est intéressant. La bourse peut varier jusqu’à 10 000 $ pour l’arbitre et 8 000 $ pour les juges. C’est du moins ces montants qui ont été payés lors du duel entre Floyd Mayweather fils et Manny Pacquiao, disputé au MGM Grand de Las Vegas le 2 mai 2015.

 

Ce combat entre Saul « Canelo » Alvarez et Gennady Golovkin est encore plus important que celui entre « Money » et « Pacman ». Or, il se pourrait que les officiels reçoivent une bourse encore plus élevée que celle dévoilée plus haut.

 

Donc, dans moins de deux semaines sera disputé à Las Vegas le plus important combat de l’année.

 

Non seulement est-il difficile de prédire qui sortira vainqueur, mais si jamais le combat se rend à la limite, comment se comporteront les trois juges? Favoriseront-ils le Mexicain, comme plusieurs le croient depuis la décision rendue lors du premier affrontement?

 

Lors du premier match, c’est la juge Adalaide Byrd qui avait pris la vedette avec sa carte incroyable de 118-110 en faveur d'Alvarez.

 

Don Trella n’est pas non plus hors de tout blâme avec son pointage égal de 114-114. Sa bévue?  Elle est survenue au septième engagement quand il a accordé un 10-9 en faveur de « Canelo », alors que Byrd et Dave Moretti donnaient leur vote à GGG. Pourtant, ce fut selon plusieurs le meilleur round de Golovkin. N’eût été cette bévue, Golovkin serait sorti victorieux par 115-113, soit le même pointage que Moretti.

 

Pour la revanche, les juges seront Glen Feldman, Steve Weisfeld et Dave Moretti. Donc, Moretti (990 combats jugés) est le seul qui a été retenu pour le combat du 15 septembre prochain. Il est l’unique représentant du Nevada. Steve Weisfeld (1 760 combats) vit à River Vail, au New Jersey et Glen Fieldman (985 combats) réside à Avon, au Connecticut.

 

Ce n’est certes pas l’expérience qui manque puisque les trois juges totalisent pas moins de 3 735 matchs où ils ont officié en carrière.

Quant à l’arbitre, c’est Benji Esteves (639 combats) qui sera le troisième homme sur le ring. Esteves me fait penser à un exécuteur des hautes œuvres de la mafia. Il s’amène à pas feutrés, il ne parle pratiquement à personne, il n’a aucun parti pris. Il monte sur le ring, fait son travail et disparait sans dire un traitre mot.

 

La meilleure nouvelle c’est que Madame Adalaide Byrd ne sera pas là pour rendre son jugement. Oh, ne craignez rien, elle sera bien ailleurs. Un fait demeure :  elle a été beaucoup plus chanceuse que la juge C.J. Ross, qui avait vu le combat nul 114-114 entre Floyd Mayweather et « Canelo » (encore lui), alors que les deux autres juges,  Dave Moretti (116-112) et Craig Metcalfe (117-111) penchaient pour une victoire de Mayweather.

Madame Ross a compris. On ne l’a plus jamais revue après ce combat.

 

Malheureusement, il n’y a pas que Byrd et Ross qui soient aussi imprévisibles. Souvenez-vous de la fameuse défaite de Pacquiao et la perte de son titre WBO des mi-moyens aux dépens de Jeff Horn.

 

Dans ce match, disputé à Brisbane en Australie, les trois juges ont donné la victoire à Horn, par décision unanime. Voici leurs pointages :

 

Waleska Roldan (New York) : 117-111

Chris Flores (Arizona) 115-113

Ramon Cerdan (Argentine) : 115-113

 

Dan Rafael, un excellent chroniqueur et connaisseur de boxe du réseau ESPN, donnait la victoire à Manny Pacquiao par 117-111. L’enfant terrible Teddy Atlas : 116-111. Il ne s'est pas gêné pour dire : « Ou bien c’est de l’incompétence des juges, ou bien il y a quelque chose de criminel ». Personnellement, je donnais la victoire à Pacman par 116-112.

 

Un autre exemple s’est produit au Japon le 22 octobre 2017, lors du premier combat entre Hassan N’Dam et Ryota Murata. Deux des trois juges, Gustavo Padilla, du Panama (116-112) et Hubert Earle, du Canada (115-113), donnaient N’Dam vainqueur alors que le troisième, Raoul Caïz, remettait une carte de 117-110 pour Murata, soit le même pointage que le président de la WBA, Gilberto Mendoza. 

 

Padilla et Earle ont été suspendus pour une période de six mois pour leur incompétence et ont été obligés de reprendre des examens pour retrouver leur emploi. Padilla s’est retiré pour cinq mois puis a repris le travail. Quant au Canadien de la Nouvelle-Écosse Hubert Earl, il a décidé de se retirer plutôt que de subir sa suspension.

 

La cerise sur le « sundae »

 

Mais la cerise sur le  « sundae » va à la Commission de boxe du Nevada et la réprimande infligée à Madame Byrd à la suite de son pointage en faveur d'Alvarez lors du verdict nul contre Golovkin.

 

Avant d’aller plus loin, sachez que Madame Byrd est l’épouse de l’arbitre Robert Byrd. Elle est juge de boxe et d'arts martiaux mixte, alors que lui est juge et arbitre.

 

Le roman-savon commence le 16 septembre 2017, immédiatement après sa carte de pointage de 118-110 en faveur de « Canelo ». Jim Lampley, Harold Lederman, bref tout le monde chez HBO, n’en revenait pas.  Impossible que Madame Byrd ait vu le même match que ces gens-là.

 

Malgré cette erreur monumentale, Madame Byrd n’a jamais été suspendue de son poste de juge. Bien au contraire, elle a été récompensée.

Immédiatement après l’annonce de la décision, le directeur athlétique de la Commission du Nevada, Bob Bennet, est intervenu et a dit :  « Madame Byrd a peut-être connu une mauvaise soirée. Nous allons réviser sa décision. N’oubliez pas, elle est une juge très compétente. On s’en sert même pour montrer à nos apprentis juges comment juger un combat. Elle a tout de même 115 matchs de championnats et éliminatoires derrière elle. Elle doit certainement connaitre son métier ».

 

Seulement deux rounds

 

En somme, Madame Byrd n’a donné que les 4e et 7e rounds à GGG dans ce combat, ce qui est impensable, surtout qu’il a été l’agresseur du commencement à la fin, « Canelo » se contentant de contre-attaquer.  Contrairement à la logique, c’est Golovkin qui s’est battu à la mexicaine. Pas « Canelo ».

 

Après cette erreur de parcours, elle s’est elle-même mise en congé du 16 septembre au 21 octobre 2017.  D’autres juges ailleurs ont été suspendus pour des décisions beaucoup moins erronées.

 

Du 21 octobre au 18 novembre 2017, elle a officié dans six galas de boxe. Trois à Las Vegas et les trois autres à Reno, au Nevada. Ensuite, on la perd de vue entre le 18 novembre et le 30 décembre.

 

Soudainement, le 30 décembre 2017, on la retrouve à Yokohama, au Japon, où elle a officié dans le combat de championnat WBO des super-mouches gagné par Nova Inoue (K.-O. technique au 3e round)) sur Yoan Bayeaux.

 

Bonne et heureuse année

 

Le lendemain soir, soit la veille du jour de l’An, elle a travaillé à Tokyo, toujours au Japon, dans le match de championnat WBO des poids mouches gagné par Sho Kimura (K.-O. technique au 9e round) sur Toshiyu Ki Igarashi.

 

Mais où donc était Monsieur Robert Byrd, l’époux d’Adalaide durant tout ce temps? Rares sont les couples qui ne sont pas ensemble pour ce jour si important dans la vie de nous tous.

 

Or, voyons ce que faisait Monsieur Byrd durant le voyage de Madame...

 

Rien. Absolument rien entre le 9 décembre 2017 et le 27 janvier 2018. A-t-il fêté seul à Las Vegas la venue du jour de l’An puisque Madame était en voyage au Japon?

 

Si j’étais une mauvaise langue, je dirais non, car la date du 27 janvier 2018 me frappe en plein visage.

 

Monsieur Byrd a été en vacances durant le voyage de son épouse.  Et il a repris le travail le 28 janvier 2018, soit le même jour qu’Adalaide. De là à penser qu’il accompagnait Madame durant son séjour au Japon, il n’y a qu’un pas.

 

Selon BoxRec, il n’y a eu aucun gala de boxe présenté à Las Vegas entre le 30 décembre 2017 et le 28 janvier 2018.

 

Le 28 janvier, Monsieur et Madame Byrd ont repris tous les deux le travail au Sam’s Town Gambling Hall de Vegas. Adalaide a officié dans au moins trois combats et Robert dans un.

 

Un cadeau

 

Et qui a fait ce cadeau à Madame Byrd, d’aller travailler au Japon toutes dépenses payées?  La Commission de boxe du Nevada, avec Bob Bennett en tête.

 

Honnêtement, je ne sais pas si Robert Byrd a accompagné son épouse au pays du soleil levant, mais tout comme vous, je doute qu’il soit resté seul à la maison, surtout pour le jour peut-être le plus important pour tout le monde.

 

Un jour, on saura bien...