MONTRÉAL – Même s’il était du genre à s’apitoyer sur son sort, Mathieu Olivier n’aurait pas le temps de le faire présentement.

Confiné sur la Rive-Sud de Québec, Olivier est occupé à apprendre les rudiments de la paternité. Sa conjointe a donné naissance à un poupon prématuré il y a cinq semaines et le contexte actuel lui permet de veiller sur sa petite famille sans penser à la prochaine séquence de matchs sur la route.

Néanmoins, c’est avec un certain pincement au cœur que l’attaquant des Admirals de Milwaukee a été placé devant la confirmation de ce qui était devenu inévitable, lundi, quand la Ligue américaine de hockey a officialisé l’annulation de ce qui restait à sa saison 2019-2020.

Olivier a appris la nouvelle de la bouche de son père, qui l’a vu apparaître avant lui sur les réseaux sociaux. Une conférence téléphonique avec la direction de son équipe, quelques heures plus tard, a rendu la chose encore plus concrète.

« C’est sûr qu’on s’en attendait un peu, concédait-il lorsque joint en fin de journée. Ça fait quand même un bon bout de temps qu’on est arrêté. Sans dire que le deuil était fait complètement, le processus était certainement amorcé. Personnellement - et je sais que les gars à Milwaukee te diraient la même chose – je trouve ça plate parce qu’on était au premier rang du classement général et on avait une chance de faire quelque chose de spécial cette année. Mais avec tout ce qui se passe, je trouve que c’est important d’être sécuritaire dans tout ça. On ne peut pas faire grand-chose. La bonne décision a été prise. »

Les Admirals, qui comptaient six Québécois dans leurs rangs, n’avaient perdu que 14 matchs en temps réglementaire quand la LAH a suspendu ses activités le 12 mars. Leur défensive était la plus avare de la Ligue – 141 buts accordés en 63 parties – et leur attaque la deuxième plus productive. Leur total de 90 points leur conférait une confortable avance de huit points sur leurs plus proches poursuivants. Ils auraient été l’équipe à battre en séries éliminatoires.

« Il y a deux façons de le voir. On n’a pas été capable de finir ce qu’on avait commencé, mais en même temps, on ne pourrait pas être plus fier de ce qu’on a réalisé. On avait une belle gang et les vétérans comme Cole Schneider et Troy Grosenick, qui ont beaucoup d’expérience dans la Ligue américaine, nous disaient constamment à quel point c’était rare et qu’on ne pouvait pas passer à côté de la chance qu'on avait. On était prêt, mais on ne peut pas contrôler ce qui arrive. On a accompli quelque chose de bien et on va pouvoir garder cette saison-là en tête comme un excellent souvenir, même si avec ce qui se passe, ça met un peu un astérisque à côté. »

Prêt pour la LNH

Olivier, qui disputait à 23 ans sa deuxième saison chez les professionnels, a vécu son premier rappel dans la Ligue nationale en novembre. Les Predators de Nashville l’ont gardé pendant une quinzaine de jours au cours desquels il a eu le temps de disputer huit rencontres.

« J’ai été chanceux, j’ai eu une belle audition et je ne peux pas dire que ça a mal été. Ça a bien été, évalue-t-il avec le recul. Le saut entre le junior et la LAH, c’est gros, mais il y a une toute autre adaptation à faire quand tu arrives dans la LNH. Le fonctionnement est différent, la préparation est différente, la façon de jouer la game, c’est très différent. Ça a été une expérience dont j’ai beaucoup appris. C’est sûr que j’ai gagné en maturité. Quand je suis revenu dans la Ligue américaine, je ne voyais plus le jeu de la même façon. Tout se déroulait plus lentement, j’avais plus de facilité à prendre mes décisions. Ça m’a vraiment aidé à valider ma bonne saison dans la Ligue américaine. Je peux juste prendre cette expérience et essayer de remonter l’année prochaine. »

Olivier s’accroche à l’idée que sa prochaine opportunité pourrait arriver plus tôt que tard. Dans l’éventualité où la LNH terminait sa saison durant l’été, il est possible que ses équipes reviennent au boulot avec des formations élargies afin de s’armer pour les rigueurs d’un calendrier comprimé. Si c’était le cas, le colosse de Lévis pourrait être appelé en renfort.  

« Je me prépare pour ça. Comme j’ai monté cet hiver, je me dis que je dois être dans les noms qui circulent. Mais est-ce qu’ils vont garder trois joueurs de plus, dix joueurs de plus? On ne le sait pas. Ce matin, dans le meeting, ils en ont parlé un peu. Il y a plusieurs possibilités, mais rien d’officiel. Je ne peux pas te dire ce qui se passe. Tout ce que je peux faire, c’est continuer à me préparer. »

Olivier est dans la troisième semaine du programme d’entraînement estival que lui a concocté le préparateur physique Gabriel Hardy. Avec des amis, il s’est installé dans une grange désaffectée de Saint-Isidore, en Beauce, où ils ont accumulé tout l’équipement nécessaire à une routine complète.  

« Je me suis aussi acheté des patins à roues alignées conçus pour copier de très près le style du patin sur glace et j’ai trouvé une surface tranquille où je peux aller prendre des shots. J’essaie de me tenir le plus prêt possible avec les options que j’ai. Je surveille ma nutrition, je suis ce qui se passe et je contrôle ce que je peux contrôler. « C’est différent des autres étés, mais je te dirais qu’on s’en sort bien. Si jamais j’ai l’appel, je vais être prêt. »