MONTRÉAL - Comme la très grande majorité des jeunes Québécois nés au Saguenay, en Gaspésie, en Mauricie, en Abitibi, en Estrie, sur la Côte Nord, en Outaouais ou dans le « West Island » de Montréal qui, aux dernières nouvelles en tout cas, était toujours au Québec, Kent Hughes s’est retrouvé mercredi après-midi là où il a toujours rêvé se retrouver : sur la patinoire du Canadien de Montréal.

 

« C’est comme joueur que je rêvais d’y patiner, mais d’y être comme DG, c’est le meilleur deuxième scénario qui soit », a lancé le 18e directeur général de l’histoire du Tricolore.

 

Un directeur général qui revient à la maison comme il s’est assuré de le dire haut et fort et surtout en français lors de sa présentation officielle.

 

Comment son français?

 

Il est plus que correct. Même que pour un gars qui a passé les 30 dernières années dans la région de Boston, un gars dont le quotidien, autant sur le plan personnel que professionnel se déroulait – et se déroulera encore – en anglais, la qualité de son français est surprenante.

 

Kent Hughes parle déjà mieux français que plusieurs « Québécois de souche » qui ont oublié des grands pans de leur langue maternelle même s’ils sont installés aux USA depuis moins que trente ans. Comme ses anciens clients et ses nouveaux joueurs du Tricolore qui peaufinent quotidiennement leur talent en s’entraînant au gymnase, en parcourant des kilomètres sur la patinoire et en décochant des tirs par centaines pour loger la rondelle là où ils veulent la loger, Hughes sera rapidement en mesure de parler aux partisans francophones dans un français encore meilleur.

 

Ça devrait clore le dossier linguistique. Du moins je l’espère.

 

Car s’il est normal, voire essentiel que le Canadien de Montréal se tourne vers un directeur général d’ici et qui soit en mesure de répondre aux questions d’une majorité de partisans dans la langue qu’ils parlent – cette condition d’embauche est une exigence établie par le propriétaire Geoff Molson et non par les médias francophones en passant – ce n’est pas sur la qualité de son français que Kent Hughes sera jugé. Il sera d’abord et avant tout jugé sur la façon dont il s’y prendra pour refaire du Canadien un club respectable d’abord puis, un jour peut-être, un club champion. Ou à tout le moins, un club qui occupera une place légitime au sein des équipes susceptibles de se rendre aux grands honneurs.

 

Entrée en scène impressionnante

 

Kent Hughes que je ne connaissais ni des lèvres ni des dents avant de le voir sur la patinoire du Centre Bell mercredi m’a beaucoup impressionné. Plus encore par la confiance qu’il dégage, par la clarté et la nature de ses propos que par la qualité de son français.

 

Bon! On se rappellera que l’entrée en scène de Marc Bergevin après son embauche à titre de 17e DG du Tricolore avait lui-aussi impressionné tout le monde. Il avait même fait l’unanimité. Son entrée au Centre Bell avait même été auréolée de qualificatifs plus positifs les uns que les autres.

 

Après les règnes austères de Bob Gainey et de son adjoint Pierre Gauthier qui avait pris la relève, l’arrivée de ce petit gars de Pointe St-Charles, de cet ancien joueur au sourire généreux reconnu pour sa joie de vivre, annonçait des jours beaucoup plus heureux dans l’entourage du Canadien.

 

Ces jours heureux, Bergevin et le Canadien les ont offerts à leurs partisans l’été dernier alors qu’ils se sont hissés en finale de la coupe Stanley.

 

Mais cette présence en grande finale n’a fait contrepoids aux tonnes de critiques accumulées sur le dos de Bergevin depuis des années que le temps des séries. Des critiques qui, associées à un différend avec son propriétaire sur les paramètres d’un futur contrat qui ne lui a finalement jamais été présenté et aux insuccès historiques qui noirciront à jamais la saison 2021-2022 du Canadien, ont finalement entraîné son congédiement en novembre dernier.

 

Ça veut dire quoi?

 

Ça veut dire qu’aussi bonnes soient les premières impressions que Kent Hughes a laissées lors de sa présentation mercredi, et elles sont très bonnes, son capital de sympathie fluctuera au rythme des succès et des insuccès de l’équipe.

 

Bien plus que le chum du boss

 

Kent Hughes a répondu avec aplomb à toutes les questions qui lui ont été posées.

 

Mais c’est avec la réponse à une question qui ne lui était pas adressée que Hughes m’a le plus impressionné.

 

Après que Geoff Molson et Jeff Gorton eurent défendu le processus de sélection amorcé avec les entrevues des 11 candidats et candidates, un processus de sélection mis en cause par plusieurs tant il semblait évident que la candidature de Hughes était celle poussée pas un VP aux opérations hockey qu’il connaît et côtoie depuis plus de 30 ans, Hughes s’est interposé.

 

Sans manquer de respect à l’endroit de ceux et celles qui ont été écartés, Hughes a indiqué qu’il n’aurait jamais accepté ce job s’il n’était pas convaincu d’être « le candidat le plus qualifié » pour faire ce travail.

 

Oui Hughes et Gorton se connaissent. Oui ils sont des amis. Bon! Peut-être pas les meilleurs amis du monde ou « BFF » comme disent les jeunes – francophones et anglophones – aujourd’hui selon les propos de Jeff Gorton, mais ils sont des amis.

 

Comme je l’ai déjà écrit, ces relations entre les deux hommes sont des atouts bien plus que des défauts. Les atomes crochus liant le VP des opérations hockey et son nouveau directeur général seront des atouts tant et aussi longtemps qu’ils créeront une complicité nécessaire pour mener à bien la reconstruction qu’ils s’apprêtent à commencer.

 

Ils deviendront des défauts si cette complicité nécessaire fait place à une complaisance qui n’apportera rien de bon.

 

C’est là que les partisans par le biais des médias qui les représentent pourront intervenir pour rappeler à Jeff Gorton et Kent Hughes que la réussite du Canadien est plus importante que le maintien de leurs relations personnelles, peu importe leur niveau.

 

Transactions et recrutement

 

Bien que sa capacité à dessiner des plans qui sortent de l’ordinaire soit l’une des raisons ayant mené à son embauche, il demeure que c’est par le biais du recrutement, des transactions qu’il devra conclure, voire multiplier au fil des prochaines et par l’embauche de joueurs autonomes que Kent Hughes rebâtira le Canadien.

 

Là encore le nouveau DG m’a impressionné. Il m’a impressionné lorsqu’il a dit qu’il refuserait toujours de simplement se résigner à conclure qu’un joueur n’a pas réussi au sein de l’organisation sans comprendre pourquoi il n’a pas réussi.

 

ContentId(3.1400421):AC : Beaucoup de travail à faire pour Kent Hughes
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Alex Galchenyuk, Jesperi Kotkaniemi et de nombreux autres espoirs de premier plan n’ont pas réussi à Montréal. Et ce qui est vrai pour le Canadien l’est tout autant pour les 31 autres équipes de la LNH.

 

Galchenyuk, « KK » et les autres qui n’ont pas réussi ici ou ailleurs ont certainement une part de responsabilité à assumer dans ces échecs.

 

Tout comme les organisations qui les ont repêchés et qui n’ont pas été en mesure de bien les développer.

 

Le fait que Kent Hughes ait indiqué hier qu’il voudra toujours comprendre pourquoi ce développement aura échoué m’incite à croire qu’il donnera un sérieux coup de barre sur cet aspect. Comme agent de joueur, Hughes a toujours utilisé les statistiques et les statistiques avancées pour tenter de maximiser les négociations de contrat de ses clients. Mais ces statistiques avancées, quand elles sont bien lues et interprétées, lui ont aussi permis au fil des ans de déceler et de comprendre les lacunes de certains de ses jeunes clients. Des lacunes que lui et les membres de son équipe ont parfois pu corriger pour mousser les chances de réussite de leurs clients.

 

Cette recette servira-t-elle la cause du Canadien et de ses jeunes espoirs?

 

Le temps le dira. Mais le recrutement et le développement sont devenus tellement importants dans une LNH où chaque club doit maximiser le rendement des millions $ investis, que cette recette mérite d’être essayée.

 

Un œil attentif sur la LHJMQ

 

Parlant de recrutement, Jeff Gorton et Kent Hughes sont des spécialistes dans le domaine.

 

C’est comme ça que le premier a fait son ascension avec des Bruins de Boston qu’il a d’abord joint à titre de stagiaire au bureau des communications, pour ensuite se rendre à Manhattan comme DG des Rangers et à Montréal dans le poste qu’il occupe aujourd’hui.

C’est aussi par le biais du recrutement de plus jeunes joueurs encore que Kent Hughes a bâti son écurie.

 

Il est donc clair que les deux hommes auront un œil aiguisé sur cet aspect du travail d’ici à ce qu’ils s’entendent sur l’identité de celui, ou celle, qui succédera à Trevor Timmins à titre de responsable du recrutement.

 

Ce qui ne sera pas facile, voire impossible, à faire d’ici le prochain repêchage prévu l’été prochain à Montréal.

 

« Les équipes de la LNH acceptent généralement qu’un adversaire courtise un membre de leur organisation pour un poste de DG. Mais à quelques mois du repêchage, il est difficile d’obtenir la permission de parler à un membre de leur équipe de recrutement », que Jeff Gorton a admis mercredi.

 

Gorton est confiant que Martin Lapointe pourra orchestrer le travail des recruteurs amateurs en vue du prochain repêchage. Il s’est même dit très à l’aise avec les compétences de l’un des principaux adjoints de Marc Bergevin.

 

Comment Kent Hughes prévoit-il s’impliquer en matière de repêchage?

 

« Mon rôle sera d’identifier le type de joueurs que nous rechercherons. On veut une équipe rapide. Une équipe offensive. Comme me l’a déjà souligné Jarmo Kekäläien – le directeur général des Blue Jackets de Columbus – le caractère est un atout », a dit Hughes.

 

Le nouveau DG établira donc le portrait type d’un joueur du Canadien de Montréal et c’est avec ce portrait en tête que les recruteurs scruteront toutes les ligues mineures de la planète hockey.

 

Incluant la LHJMQ?

 

« J’ai bien des contacts autour de la LHJMQ. Une ligue que je connais bien », a répliqué Hughes qui y a déniché de jeunes clients devenus de grandes vedettes dans la LNH comme Vincent Lecavalier, Patrice Bergeron et Kristopher Letang pour ne nommer qu’eux.

 

Si Hughes est en mesure de trouver ne serait-ce qu’un jeune québécois capable de suivre les traces de l’un ou l’autre de ses trois anciens clients, le Canadien en sortira gagnant.

 

Price et les autres

 

Maintenant que les présentations officielles ont été faites, il est temps de passer aux présentations plus personnelles.

 

Il est temps que Kent Hughes apprenne à connaître les personnes qui se trouvent sous les uniformes du Canadien. Qu’il apprenne à connaître et comprendre Dominique Ducharme et ses stratégies derrière le banc.

 

Flanqué de Jeff Gorton, Kent Hughes rejoindra sa nouvelle équipe jeudi à Las Vegas.

 

Parce que la date limite des transactions approche (21 mars) et que le Canadien devra maximiser l’opportunité d’ajouter des espoirs et des choix au repêchage, Hughes ne devra pas seulement apprendre à connaître ses joueurs, mais il devra identifier ceux qui veulent partir tout de suite, ceux qui ne veulent pas traverser une, ou une autre, reconstruction et ceux qui tiennent à demeurer à Montréal.

 

Ça presse.

 

Le premier en lice devra être Carey Price. Mais tous les autres joueurs doivent passer au bureau. Car dans l’état actuel des choses, le Canadien doit se demander si un joueur peut rendre de meilleurs services à long terme en étant échangé ou en demeurant au sein du vestiaire.

 

Une question qui n’est pas toujours facile à répondre.

 

Mais bon : si la qualité du travail de reconstruction qu’amorce aujourd’hui Kent Hughes à titre de directeur général est aussi bonne que la qualité de son français, le Canadien de Montréal est entre bonnes mains.