Je l'ai déjà prédit, les Kings de Los Angeles soulèveront la coupe Stanley au terme de la sixième rencontre. Or, j'ai peut-être été trop généreux à l'égard des Devils du New Jersey.

Trop gros, trop rapides et surtout pourvus de beaucoup de profondeur à toutes les positions, les Kings devraient logiquement mettre la main sur le gros trophée avant longtemps.

Si l'entraîneur-chef des Devils Peter DeBoer est parvenu à répartir équitablement le temps jeu entre ses six défenseurs, ce sera une toute autre paire de manches face aux Kings.

Intenses et très féroces en échec-avant, les hommes de Darryl Sutter risquent à nouveau de réduire considérablement le temps de réaction des défenseurs des Devils en possession de la rondelle.

Fidèles à leurs habitudes, les membres du premier trio des Kings - Dustin Brown, Anze Kopitar et Justin Williams - promettent d'être tout aussi dominants en finale. Aucune équipe n'est parvenue à les freiner jusqu'à maintenant et je ne m'attends pas à ce que les Devils trouvent la solution miracle.

Non seulement les Devils devront-ils menotter la première unité californienne, ils devront de plus garder à l'œil le deuxième trio, qui compte sur l'une des plus belles surprises des présentes séries : Dustin Penner.

Critiqué plus souvent qu'à son tour pour son intensité et son éthique de travail au cours des dernières saisons, Penner obtient une chance de remporter une deuxième coupe Stanley. Et à le voir aller, il semble déterminé à ne pas regarder le train passer.

Plus le gros attaquant s'approche de la consécration, plus son jeu gagne en qualité. Confronté à une défensive peu imposante et relativement jeune, Penner risque donc d'avoir son mot à dire dans cette série.

Parfaits sur la route en séries jusqu'à maintenant (8-0), je ne serais pas surpris que les Kings conservent leur fiche immaculée au terme des deux premiers duels au New Jersey. Il ne faut toutefois pas penser que les Kings seront seuls sur la patinoire et qu'ils infligeront raclée après raclée aux Devils.

Les champions de l'Association Est sont meilleurs que plusieurs peuvent le croire. Si la profondeur des Devils n'a rien pour soulever les foules, elle demeure néanmoins très efficace sur la patinoire.

Jusqu'à présent, plusieurs joueurs des Devils ont su prendre la relève du premier trio. Je pense notamment à David Clarkson et Dainius Zubrus. Ces derniers savent gagner dans les moments les plus critiques et font des Devils une équipe à ne pas prendre à la légère. Si les Kings commettent pareil impair, ils risquent d'être surpris dans l'un des deux premiers matchs.

Brodeur le négligé

Pour les Devils, ce n'est pas compliqué, tout dépend de Martin Brodeur. Le gardien québécois se devra d'être à son meilleur pour permettre aux siens d'espérer. Une contribution offensive de ses attaquants lui sera cependant nécessaire. À l'instar de leur portier, Ilya Kovalchuk et Zach Parise devront donc se surpasser.

À sa cinquième présence en finale de la coupe Stanley, Brodeur se retrouvera dans une situation peu familière, lui qui fera office de négligé face à son vis-à-vis Jonathan Quick.

On disait toutefois la même chose de Brodeur lors de la ronde précédente face à Henrik Lundqvist, qui est considéré comme l'un des trois meilleurs gardiens au monde. Qu'a fait le vieux routier? Il a élevé son niveau de jeu pour avoir le meilleur sur son rival.

Je n'ignorerais donc pas la possibilité que Brodeur brille à nouveau et parvienne à voler un ou plusieurs matchs au cours de cette finale. Malgré ses 40 ans, Brodeur demeure un fier compétiteur capable de gagner des rencontres à lui seul ou du moins de permettre à ses coéquipiers d'espérer causer une surprise.

Afin de ne pas trop mettre à l'épreuve leur gardien, les défenseurs des Devils devront absolument sortir la rondelle de leur territoire avec rapidité. On le sait, les Kings sont capables de demeurer en territoire ennemi pendant de longues séquences.

La relance rapide sera ainsi au cœur de la stratégie des Devils s'ils comptent s'imposer. L'offensive de Peter DeBoer se devra également de défier Quick, dont on connaît l'efficacité. Pour ce faire, il s'agit d'effectuer de hauts lancers tout en profitant de la circulation devant le filet. Après tout, c'est sur un deuxième ou troisième lancer qu'on déjoue Quick.

Le leçons de 2004

Mais au final, on en revient encore à la fameuse profondeur et les Devils n'en ont tout simplement pas assez pour venir à bout des Kings dans une série de sept rencontres.

De plus, il ne faut pas oublier qu'après un congé d'un peu plus d'une semaine, les Kings seront non seulement frais et dispos, mais aussi extrêmement bien préparés.

J'ai joué pour Darryl Sutter avec les Flames de Calgary en 2004 et nous nous sommes inclinés face au Lightning de Tampa Bay en finale. Je suis persuadé qu'il a tiré des leçons de cet échec. Il n'y a aucun doute dans mon esprit, son équipe sera fin prête mercredi soir lorsque cette finale s'amorcera.

Alors que débutera cet affrontement, je ne pourrai m'empêcher de souhaiter une victoire de mon ancienne équipe, les Kings. Pour avoir vécu une finale de la coupe Stanley, je connais les émotions qu'ils ressentent présentement. En espérant qu'ils se rendent jusqu'au bout.

*Propos recueillis par Mikaël Filion