Je pourrais vous parler de performance. Vous dire que le Canada, avec les 115 athlètes de sa délégation, a remporté 144 médailles, dont 71 d’or. Vous parler de cet athlète, Jackie Barrett, qui a battu trois records des Jeux en soulevant des poids de plus que le double de ceux réussis par le médaillé d’argent derrière lui. Je pourrais vous parler des 177 pays qui avaient des athlètes inscrits dans l’un ou l’autre des vingt-cinq sports au programme. Je vous entends penser qu’il s’agit des Pan-Am. Réfléchissez…177 pays aux Jeux panaméricains?

Quoi alors? Si je vous dis que c’était le plus gros événement tenu à Los Angeles depuis les Jeux olympiques de 1984. Ceux qui nous ont suivis cette semaine, avec nos rendez-vous quotidiens à 17 h 30, savent de quoi je parle. C’était les Jeux olympiques spéciaux mondiaux, quatorzième édition d’été. À ne pas confondre avec les Jeux paralympiques, les Olympiques spéciaux s’adressent aux athlètes vivant avec une déficience intellectuelle, allant de très légère à plus sévère. Mais ces athlètes « différents » vivaient dans le cadre de ces Jeux les mêmes émotions, les mêmes défis, les mêmes angoisses que les athlètes « réguliers ».

Lorsque l’Ontarien Jackie Barrett a réussi ses records, les très nombreux spectateurs se sont levés d’un seul bloc pour l’acclamer, une foule qui aura été présente tout au long de ces Jeux pour pousser, encourager, féliciter ces athlètes qui avaient déjà de très grosses victoires derrière eux avant d’arriver à Los Angeles.

Je connaissais le mouvement des Olympiques spéciaux. Mais vivre cette semaine aux côtés d’Annie Pelletier, marraine d’Olympiques spéciaux Québec depuis 18 ans, a été pour moi une révélation. Chaque jour, les reportages présentés m’émouvaient profondément. On ne peut rester indifférents aux témoignages de ces parents qui expliquaient comment le sport avait changé la vie de leur enfant, et la leur par le fait même. Il y avait cet athlète de basketball qui disait qu’il serait mort à l’heure qu’il est s’il n’y avait pas eu le mouvement des Olympiques spéciaux dans sa vie. Mort de détresse et de chagrin. Mort d’isolement et de rejet. Mais le sport est venu jeter une lumière dans sa vie qui l’a amené jusqu’à Los Angeles, jusqu’à la fête, la joie, l’exubérance, et accessoirement, jusqu’à la gloire.

Cet autre athlète qui n’a que 20/200 de vision et qui s’entraîne en cyclisme dans son patelin. Qui a tout fait pour travailler et économiser afin que sa mère soit auprès de lui à Los Angeles. « La chance d’une vie », disait-il. Une chance à ne pas laisser passer. Sa mère était là, émue aux larmes devant les performances et la vaillance de son fils. Elle était peut-être aux côtés de cette autre mère qui avait fait un voyage de plus de 25 heures de la Mongolie pour voir sa fille courir sur la piste d’athlétisme. Sa fille qui avait été mise au ban de l’école, privée d’activités parce qu’elle était différente et qui a été ramenée au sein de la société par le mouvement des Olympiques spéciaux.

Dikembe Mutombo, ancienne gloire de la NBA, a remué ciel et terre pour amener une petite délégation de six personnes de la République démocratique du Congo qui participait pour la première fois à ces Jeux. « C’est très important pour moi qu’ils y soient, disait-il. Dans mon pays, on cache les personnes avec une déficience intellectuelle. Il faut briser ce tabou et les sortir de l’ombre. » À l’image de Mutombo, de nombreux athlètes olympiques ou vedettes d’Hollywood se sont associés au mouvement pour lui donner encore plus de visibilité. Et tous étaient profondément touchés par ces athlètes, leur authenticité et leur détermination.

Pour revenir à la compétition, plus près de nous, les Québécois de la délégation canadienne ont très bien fait et on a appris à connaître les Valérie Gagnon-Paradis, Andrew Perez, Valmor Quitich, Toufic Irani, Maxime Duguay, Gabriel Dupuy, Olivier Lizotte, Olivier Martel et tous leurs coéquipiers. Ils ont été, et sont toujours, le vibrant témoignage de ce que peut apporter le sport dans une vie. De ce qu’un mouvement comme les Olympiques spéciaux peut faire de bénéfique.

« Je voudrais dire à tous ceux qui vivent avec quelqu’un qui a une déficience intellectuelle, avec une intelligence différente comme j’aime le dire, ou qui connaissent une personne dans cette situation, de ne pas hésiter et de contacter les gens des Olympiques spéciaux. Cela peut changer leur vie et la vôtre », disait avec flamme Annie Pelletier.

Après cette semaine passée à ses côtés, je peux dire que je suis moi aussi convaincue de la noblesse et de la justesse de ce mouvement. De sa nécessité aussi. Si vous avez la curiosité d’aller voir plus loin, n’hésitez pas. C’est tous ensemble qu’on peut sortir de l’isolement des gens qui n’ont pas demandé à y être confinés. Les Olympiques spéciaux, c’est un vent d’espoir pour des familles parfois durement sollicitées et un souffle de vie pour les athlètes qui s’y impliquent.

http://www.olympiquesspeciaux.qc.ca/