MONTRÉAL - Sixième au monde il y a à peine un an, Gaël Monfils connaît une période en dents de scie qui l'a fait chuter au 20e rang. C'est qu'une fois de plus dans sa carrière, les blessures sont venues gâcher ses plans.

Une blessure aux côtes l'a empêché à la fin 2016 de participer aux Finales de l'ATP pour lesquelles il s'était qualifié pour la première fois de sa vie, puis d'autres au talon d'Achille et aux genoux – encore les genoux – l'ont frappé. Ces problèmes se ressentent encore, si bien qu'il doit s'empiffrer d'analgésiques et continuer de porter des bandages.

Son moral a visiblement été secoué, mais en dépit de cela, il a jusqu'à maintenant réussi à faire fi de la douleur à la Coupe Rogers pour battre d'abord Steve Johnson au premier tour, puis Kei Nishikori dans l'un des plus beaux duels de l'année qui a fini 7-6 (4), 5-7, 7-6 (6). Après avoir perdu la première manche, il a su remonter le pointage au deuxième set, au troisième set, puis à nouveau au bris d'égalité final alors qu'il a fait face à pas moins de quatre balles de match.

« Il ne faut rien lâcher, explique le Français. En ce moment je ne joue pas très bien, je n'ai pas beaucoup confiance en moi et je n'ai pas de gros matchs comme (celui de mercredi) dans les jambes. J'ai l'impression que c'est le premier match cette saison qui tourne en ma faveur. À 6-2 (au bris d'égalité de la manche ultime, NDLR), j'étais dedans, je jouais face au vent, je courais partout. J'ai vraiment cru que je pouvais y arriver. »

Monfils est toujours l'un des préférés de la foule quand il est de passage à Montréal. Cette fois ne fait pas exception, et même que le public lui a servi le petit remontant dont il avait besoin pour passer à travers et triompher.

« Ça m'a beaucoup aidé. Les gens étaient là tout au long du match mais il y a un moment en particulier où j'ai ressenti l'adrénaline, où ça a vibré fort, soit à 7-6, 5-3, 30-30 après un lob gagnant qui est sorti un peu de nulle part. Je me souviens que la foule était tellement bruyante. C'était fou. Après ça, j'ai enchaîné des coups droits canons. Ça fait plaisir. Quand tu joues mal, ça aide beaucoup d'obtenir le support de la foule, qu'elle te pousse. Ça m'aide aussi à me détendre. C'est encourageant et ça donne de l'énergie. »

Une douce revanche

Monfils a donc remercié les amateurs en leur offrant tout un spectacle. Et il s'est aussi fait plaisir à lui-même en obtenant une douce revanche contre Nishikori.

« C'est une belle victoire pour plusieurs raisons. Je ne sais pas où elle se classe exactement, mais c'est majeur car la saison dernière, à peu près à la même période de l'année, je vivais un peu la même situation contre Kei. J'avais l'avance 6-2 au bris d'égalité en quart de finale des Jeux olympiques et j'ai perdu le bris. Encore l'an dernier, un peu avant ça au tournoi de Miami, j'avais également cinq balles de match et j'ai perdu 7-6 au troisième set, alors je sais exactement comment il se sent présentement. »

En plus d'avoir eu la foule de son côté, Monfils admet qu'il a dû puiser loin dans ses réserves en plus d'avoir profité d'un petit peu de chance parfois.

« Je pense que ça prend du courage et des bonds favorables. Il a mieux entamé le deuxième set que moi. J'ai pris vraiment du temps à me remettre dans le deuxième set après avoir perdu le premier. J'ai réussi à avoir un super niveau à partir de 5-2 pour lui, et au troisième set, ç'a été à peu près la même chose. »

Monfils affrontera Roberto Bautista Agut jeudi. Il a de quoi être inspiré pour la suite de son parcours contre la 16e raquette mondiale après sa démonstration de caractère mercredi.

« Je ne sais pas si c'est un match référence mais ça fait déjà du bien de gagner deux matchs de suite. Après, côté niveau de jeu, j'ai déjà fait mieux. J'espère surtout que ça va me permettre de mieux jouer au prochain match et de progresser. »

Dans tous les cas, Monfils est toujours prêt à de chaudes luttes. Comme il le dit si bien : « il n'y a plus de match facile » aujourd'hui sur le circuit.

« Tout le top-100 est extrêmement fort aujourd'hui. Il y a une nouvelle génération qui trace son chemin, mais même quelqu'un autour de la 90e position joue extrêmement bien. En fait, il faut même être encore plus prudent contre ce genre de joueur. »

Monfils est le seul Français toujours en lice à la Coupe Rogers outre Adrian Mannarino. Dix-huitième mondial, Lucas Pouille a effectué une sortie précipitée en première ronde, mais ce n'est qu'une erreur de parcours car selon Monfils, son compatriote de 23 ans est le plus bel espoir provenant de l'Hexagone.

« Je crois que Lucas Pouille est le joueur le plus prometteur actuellement. Il est déjà dans le top-20 et il est en mesure de faire encore mieux que ça. À mon avis, il sera l'un des grands. Il représente bien la prochaine génération et il joue déjà à un haut niveau. Bientôt, il atteindra les plus hauts sommets. »