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Jacques Doucet : une voix, une vie, un héritage

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COLLABORATION SPÉCIALE

Ce dimanche 27 septembre sera l’occasion de célébrer la vie de Jacques Doucet.

Nous avons tous fortement réagi à son décès puisque Jacques a marqué des générations d’amateurs de baseball au Québec. Sa voix est synonyme de baseball. Cette voix radiophonique était parfaite pour nous faire vivre, avec une précision remarquable, les faits et gestes des matchs des Expos.

On a l’impression que tout le monde a son histoire lorsqu’il est question de la première fois où il a entendu la voix de Jacques.

Dans la voiture avec son père. Sur le bord de la piscine. Avec une radio transistor dans le garage. Sur la galerie, tout simplement.

Mon histoire n’est pas différente des autres.

J’ai encore en mémoire des moments très précis de matchs qui, sur papier, n’avaient rien d’exceptionnel. Mais la description de Jacques, avec son complice Claude Raymond, transformait ces matchs en quelque chose de beaucoup plus grand.

Ils nous faisaient réfléchir.

Ils nous faisaient rire.

Et surtout, ils nous faisaient rêver.

Plus tard dans ma vie, je me suis retrouvé comme joueur professionnel dans l’organisation des Dodgers.

À mon premier camp d’entraînement, j’étais sur les terrains auxiliaires lorsqu’une surprise de taille s’est produite : Jacques et Claude sont venus me saluer puisque les Expos visitaient les Dodgers à Vero Beach, en Floride.

L’influence de ces deux grands hommes est inestimable pour moi.

Et eux, qui avaient déjà tant fait dans leur carrière, avaient pris le temps de venir me serrer la pince.

C’était ma première rencontre officielle avec Jacques.

Moi, j’avais l’impression de le connaître déjà.

Mais bon...

« Jacques laisse un legs incroyable » Antonin Besner s'entretient avec Marc Griffin pour commenter le décès de Jacques Doucet.

Échangé aux Expos, on m’invite à participer à la fameuse Caravane durant l’hiver 1991.

Cette tournée de quelques semaines m’a permis de réaliser à quel point Jacques, Claude et Rodger étaient des figures extrêmement populaires auprès du public.

Les conversations de baseball se sont enchaînées. Je me retrouvais à écouter leurs histoires, leurs anecdotes, leurs souvenirs.

Et je me trouvais franchement chanceux.

Je buvais leurs paroles.

Jamais, à ce moment-là, je n’aurais pensé qu’un jour je deviendrais moi-même analyste et que je me retrouverais assis à côté de ces hommes derrière un micro.

La vie nous réserve parfois de drôles de scénarios.

Après ma carrière de joueur, j’ai joint le groupe sélect des commentateurs des Expos qui comprenait Jacques, Claude, Rodger, Alain Chantelois, Dave Van Horne et Elliott Price, en plus d’amorcer ma carrière aux côtés de Michel Villeneuve.

Inutile de vous dire que j’avais des croûtes à manger pour être à la hauteur de ces grands communicateurs.

Jacques m’a accueilli à bras ouverts.

Il semblait sincère lorsqu’il m’a dit de ne jamais hésiter à venir le voir si j’avais des questions sur les Expos, sur le métier de commentateur ou si j’avais simplement le goût de jaser.

Et c’est là que j’ai commencé à découvrir l’homme derrière la voix.

Sa voix me donnait des frissons, bien sûr.

Mais sa sincérité m’impressionnait encore davantage.

Il avait un réel désir de faire du bien autour de lui. Et ça, ça ne s’apprend pas dans un livre de communications.

Les années passent et, au tournant de l’an 2000, je me retrouve au micro des Expos aux côtés de Jacques.

Je m’en souviendrai toujours.

Un match au Wrigley Field, à Chicago.

J’avais atteint des niveaux inimaginables comme joueur et j’en étais extrêmement fier. Mes débuts comme analyste à TQS avec Michel Villeneuve m’avaient également fait tomber en amour avec le métier.

Mais quelque chose d’unique était en train de se produire.

Je ressentais plus qu’une simple fierté.

Je me retrouvais aux côtés de la voix du baseball.

Et pendant quelques secondes, la Terre a arrêté de tourner et mon sang a cessé de circuler dans mes veines lorsque Jacques a amorcé le reportage ainsi :

« Bon après-midi, mesdames, messieurs! En direct du Wrigley Field de Chicago, ici Jacques Doucet en compagnie de Marc Griffin! »

—  Jacques Doucet

Ça a frappé dur.

Très dur.

Parce que derrière ces quelques mots, il y avait des années de souvenirs.

Le petit garçon qui écoutait les Expos était toujours là quelque part.

Sauf que cette fois, il était assis à côté de Jacques Doucet.

Et ça restera l’un des grands moments de ma vie.

Les années suivantes, notre complicité est devenue évidente.

Pendant une période de cinq ans, j’ai probablement passé plus de temps avec Jacques qu’avec quiconque.

Des centaines de parties de racquetball et de tennis lorsque nous étions sur la route. Les soupers dans le Village italien de Chicago. Les fameux steaks à New York.

Et surtout, toutes ces conversations qui n’avaient souvent rien à voir avec le baseball.

Jacques m’a présenté à plusieurs commentateurs des autres équipes, dont ses bons amis Harry Caray et Vin Scully.

Jacques était fier de dire qu’il travaillait avec le plus jeune analyste du baseball majeur.

Moi, j’étais surtout fier de travailler avec lui.

J’ai tellement appris à ses côtés.

Il n’hésitait pas à me corriger et à me conseiller. Il tenait à ce que chaque reportage soit impeccable et des plus professionnels.

Jacques commençait chaque match de la même façon.

Il avait ses cartons pour le guider et son texte qui faisait référence au match de la veille et qui mettait la table pour celui du soir.

Ce texte était toujours réfléchi, précis et parfaitement préparé.

Il ne laissait pas grand-chose au hasard.

Lorsque nous nous rendions au stade à l’étranger ou lorsque j’arrivais au Stade olympique pour les matchs à Montréal, il me demandait chaque fois si j’étais d’accord avec lui ou s’il n’y avait pas d’erreur.

Jacques Doucet, la voix du baseball au Québec Reportage de Yannick Plante sur la vie de Jacques Doucet, qui s'est éteint à l'âge de 86 ans.

En plus de 700 matchs ensemble, je ne me souviens pas d’une seule fois où je lui ai fait modifier quoi que ce soit.

Et ça, c’est probablement le plus beau compliment que je puisse lui faire.

Parce que Jacques ne cherchait pas simplement à parler de baseball.

Il voulait valoriser la langue française. Il en était d’ailleurs un grand ambassadeur!

Nous avons eu une multitude de discussions très profondes sur nos vies respectives.

Pour Jacques, pas question de rater un seul match.

Cette vie de commentateur de baseball n’était cependant pas toujours compatible avec une vie de couple idéale ou avec une vie de famille.

Il me le répétait souvent : ne pas refaire les mêmes erreurs que lui.

Pendant cette période, j’ai connu Martine et Johnny, ses enfants, ainsi que sa magnifique conjointe, Corrie.

Jacques a trimé dur.

Il a sacrifié beaucoup, beaucoup de choses.

Mais la complicité qu’il avait avec ses enfants devenus adultes était de toute beauté.

Et son ange, Corrie, qui a été à ses côtés jusqu’à son dernier souffle, était pour lui son match parfait.

Jacques a obtenu une multitude de prix honorifiques, tous amplement mérités.

Sauf celui du Temple de la renommée à Cooperstown.

Et ça, il faut bien le dire.

Ça me dérange.

Parce que lorsqu’on parle de l’histoire du baseball, Jacques Doucet n’est pas simplement un homme qui a commenté des matchs.

Il a raconté une partie de notre histoire.

Il a accompagné plusieurs générations.

Il a été la voix des Expos pour des milliers, voire des millions de Québécois.

Nous savons tous que Jacques méritait cette reconnaissance.

J’ai confiance qu’un jour, son nom sera à jamais gravé sur les murs du Temple du baseball.

Mais le vrai prix, mon cher Jacques, tu l’as déjà gagné.

Le prix d’un public qui t’a apprécié encore plus que tu pouvais te l’imaginer.

Un public qui ne t’a jamais considéré comme une simple voix derrière un micro.

Tu faisais partie de nos vies.

Tu étais dans nos voitures, dans nos cuisines, dans nos garages, dans nos salons.

Tu étais là lorsque nous étions enfants.

Tu étais encore là lorsque nous sommes devenus parents.

Et, pour plusieurs d’entre nous, tu étais devenu un membre de la famille sans jamais avoir demandé la permission d’y entrer.

Ta voix était ta signature.

Mais ta générosité et ta simplicité étaient encore plus impressionnantes.

C’est probablement pour cette raison que ton départ fait aussi mal.

Parce qu’on ne perd pas seulement une grande voix du baseball.

On perd quelqu’un qui nous accompagnait depuis tellement longtemps qu’on avait fini par croire qu’il serait toujours là.

Et je suis pas mal convaincu que quelque part sur un carton, c’est indiqué ceci :

Alors pour nous, c’est tout pour l’instant. Au nom de tous les amateurs des Expos, des amateurs de baseball et de tous ceux qui ont croisé mon chemin, ici Jacques Doucet qui vous remercie d’avoir été des nôtres et qui vous donne rendez-vous, un jour, à Cooperstown. Encore une fois, la marque finale, 1940-2026.

Ici le réseau radiophonique du baseball des Expos!