Cinquante-six secondes. C’est tout le temps que Tammara Thibeault a passé dans une arène de boxe professionnelle au cours de la dernière année. Pour la Québécoise âgée de 29 ans, qui s’apprête à disputer son premier combat de championnat du monde, samedi soir à Orlando, en Floride, il ne s’agit pas d’une préparation qui peut être qualifiée d’idéale.
À sa défense, Thibeault (4-0, 3 K.-O.) aurait normalement dû affronter Nadja Jesus Santos en avril, à New York, mais la Brésilienne n’avait pas été en mesure d’obtenir son visa à temps. Un concours de circonstances sur lequel elle n’avait évidemment aucun contrôle.
Mais qui a dit que la boxe d’aujourd’hui ne se vit que par le truchement des rangs payants? Faute d’opportunité, la Shawiniganaise s’est tournée vers les rangs amateurs, où elle a encore « des objectifs et des choses à accomplir ». Elle a livré six combats, dont un contre la championne du monde en titre des plus de 80 kilos, ce qui lui permet d’affirmer avec conviction qu’elle sera au sommet de son art face à l’Australienne Desley Robinson samedi.
« J’ai été extrêmement occupée, a expliqué Thibeault lors d’un entretien en visioconférence avec RDS.ca, mercredi. J’ai l’impression que j’ai progressé et que je continue à progresser. Ç’a été bon pour moi, parce que le niveau est très haut dans la boxe féminine chez les amateurs. Des défis, je n’en manque pas! Des opportunités pour progresser et m’améliorer non plus! Je suis très assidue, motivée et persévérante. Je veux apprendre et m’améliorer. »
« Et c’est bon que je l’aille vu (la progression de la boxe féminine chez les amateurs, NDLR) deux ans avant les Jeux, a continué celle qui ambitionne d’ailleurs de prendre part au rendez-vous olympique de Los Angeles, en 2028. Ça met en perspective les choses et ça m’a motivée encore plus. Je trouve ça super intéressant. Je vois comment ça évolue rapidement et je veux faire partie de cette vague-là, encore. Je ne veux pas que la boxeuse que je suis aujourd’hui soit la boxeuse que je vais être dans un, deux ou encore trois ans. »
« C’est pour ça que je suis hyper motivée. Je suis hyper willing d’apprendre et de faire des erreurs. Je pense que c’est une grosse chance que j’ai. Je sais que je vais faire des erreurs. Je veux essayer des choses. Je veux voir ce qui marche et ce qui ne marche pas. Je veux ajouter des outils, et pour en ajouter et les maîtriser, il faut faire des erreurs. Ça fait partie de la game et de la progression. Je pense que ça va m’aider à être une meilleure athlète. »
Et c’est visiblement parce qu’elle a eu l’occasion d’en découdre avec quelques grosses pointures de la boxe amateur pas plus tard qu’en juin, en Chine, que Thibeault ne semble guère impressionnée par Robinson (12-3, 4 K.-O.). Cette dernière est championne unifiée IBF-WBO des poids moyens depuis son gain sur sa compatriote Chloe Chaos, en avril 2025.
Robinson a depuis défendu ses ceintures contre Logan Holler, en octobre 2025, puis face à Mary Spencer, en mai 2026. L’Australienne avait alors totalement dominé la Canadienne, mais encore là, Thibeault ne pense pas qu’il est possible de tirer de grandes conclusions.
« C’était un bon combat contre Mary, mais je pense que mon niveau de boxe et mon expérience, ça va être un gros défi pour elle, a affirmé la gauchère. Aujourd’hui, elle est championne du monde. Je suis très consciente de ça. Je suis très consciente que je suis la challenger, mais ça ne me fait pas peur. En fait, je pense que c’est mieux pour moi (rires). »
« Je n’ai rien à perdre. J’ai tout à gagner d’être ça (l’aspirante, NDLR), donc je n’ai rien à perdre, a-t-elle poursuivi. Je vais embarquer dans le ring comme si c’était une championne du monde et avoir la meilleure version de moi. Je m’attends à avoir la meilleure version d’elle, mais c’est mon expérience et c’est ma boxe. Ça va être un très gros défi pour elle. »
Un avis résolument partagé par les preneurs aux livres, qui favorisent largement Thibeault pour l’emporter. À vrai dire, rares sont ceux qui s’imaginent le moindrement que Robinson pourra l’empêcher de devenir la quatrième championne de la boxe québécoise, en ce moment, aux côtés de Leïla Beaudoin (intérimaire), Caroline Veyre ainsi que Kim Clavel.





