C’est ce soir à Las Vegas que Zuffa Boxing présentera le premier d’une série de douze galas de boxe qui pourraient changer à jamais le visage de l’industrie. Les ambitions de la créature de Dana White et Turki Al-Sheikh sont claires : anéantir la compétition pour s’assurer le contrôle planétaire du sport. Survol de la situation en quatre grandes questions.
Qu’est-ce que Zuffa Boxing?
Une compagnie de promotion créée en juin dernier par le président de l’UFC, Dana White, et le président du conseil d’administration de l’Autorité générale pour le divertissement d’Arabie saoudite, Turki Al-Sheikh, impliqué en boxe depuis un peu moins d’une décennie.
Sous son impulsion, mais surtout en raison des moyens financiers quasi illimités dont il dispose, Al-Sheikh a organisé de nombreux événements majeurs ces dernières années. Pratiquement tous les grands noms s’y sont battus à un moment ou un autre : Oleksandr Usyk, Jai Opetaia, Artur Beterbiev, Saúl « Canelo » Álvarez et Naoya Inoue, notamment. Tous les membres de l’actuel top-10 des meilleurs « livre pour livre » de The Ring y sont déjà allés.
Propriété de la société mère de l’UCF, TKO Group Holdings, et d’une entreprise appartenant au fonds public d’investissement de l’Arabie saoudite (PIF), Zuffa Boxing a des ambitions explicites quant à la place qu’il entend occuper dans l’industrie : « Nous allons tous les écraser, voilà ce que nous allons faire », a lâché White lors d’une entrevue avec Bloomberg.
Quels boxeurs seront les têtes d’affiche?
À l’exception d’Opetaia, champion des poids lourds-légers de l’IBF, il n’y a présentement aucune vedette qui s’est jointe à Zuffa Boxing. Des pourparlers seraient en cours avec Usyk, champion incontesté des lourds depuis juillet dernier, mais il vient de célébrer ses 39 ans.
Pour le moment, il s’agit d’un mélange de vétérans dont les noms peuvent évoquer quelque chose aux oreilles des amateurs – Carlos Ocampo, Jose Valenzuela, Serhii Bohachuk et Oleksandr Gvozdyk – et de jeunots en pleine ascension – Callum Walsh, Cain Sandoval et Austin Deanda. Ocampo et Walsh s’affronteront d’ailleurs en finale du premier événement.
À terme, Zuffa Boxing espère mettre environ 200 boxeurs sous contrat afin de présenter des événements régulièrement selon le modèle de l’UFC. En entrevue avec RDS.ca il y a quelques semaines, l’entraîneur québécois établi en Floride Jessy Ross Thompson précisait que plusieurs chances seront données à de jeunes boxeurs de montrer toute leur expertise.
Comment cela fonctionnera-t-il?
Pour le moment, douze galas sont prévus, dont au moins quatre qui auront en tête d’affiche parmi les plus grands noms du sport. Les trois premiers événements – 23 janvier, 1er et 13 février – seront organisés au META Apex de Las Vegas, qui peut accueillir 1000 spectateurs.
Zuffa Boxing opérera en marge des organismes de sanction historiques – WBA, WBC, IBF et WBO – en ayant ses propres champions et ses propres classements. Les amateurs n’auront ainsi plus à se demander qui est le « vrai » champion, mais d’un autre côté, ne pourront plus tourner en dérisions tous ces titres « intercontinentaux » ou « internationaux » de ce monde.
« Si vous regardez l’UFC, non seulement son succès, mais aussi sa pérennité, j’ai pris tout ce que j’aimais et tout ce que je détestais dans la boxe, et c’est comme ça que nous avons construit l’UFC. Donc si cela fonctionne pour l’UFC, cela devrait fonctionner pour la boxe », a déclaré Dana White au cours d’une conférence de presse un peu plus tôt cette semaine.
Quelles sont les chances de succès?
Ce n’est pas la première fois qu’une entité cherche à prendre le contrôle du sport. Premier Boxing Champions (PBC) est le dernier en lice. En 2015, PBC avait frappé un grand coup en mettant plusieurs vedettes de l’heure sous contrat, mais n’était cependant pas promoteur.
Et après avoir présenté ses événements sur les grands réseaux généralistes américains, PBC est maintenant cantonné à une diffusion plutôt marginale sur Amazon Prime Video. Les galas de Zuffa Boxing seront présentés sur Paramount+, tout comme ceux de l’UFC.
Il est toutefois important de noter que le contexte a énormément changé depuis une décennie. Des diffuseurs comme HBO, Showtime et ESPN ont tous abandonné la boxe et les grands promoteurs comme Top Rank et Golden Boy Promotion s’en trouvent fragilisés.
La mise à jour attendue du Muhammad Ali Boxing Reform Act changera également la donne et certains observateurs mettent déjà en garde le milieu comme quoi l’application de la recette de l’UFC au milieu de la boxe est loin d’être une bonne nouvelle pour les athlètes. Mais l’industrie ayant déjà un genou au tapis et qu’un sauveur se pointe le bout du nez, la plupart paraissent vouloir donner une chance au coureur au lieu de regarder le train passer.






