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Le long fleuve pas toujours tranquille de Leïla Beaudoin

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Leïla Beaudoin (Photo Eye of the Tiger)

Dans quelques jours à Miami, en Floride, Leïla Beaudoin sera l’une des têtes d’affiche de l’un des plus gros événements de pugilat de l’année, alors que le fantasque boxeur-promoteur Jake Paul se mesurera à l’ancien champion poids lourd Anthony Joshua.

De son côté, la Québécoise affrontera en demi-finale la détentrice des titres WBA, IBF et WBO des super-plumes Alycia Baumgardner, dans ce qui sera évidemment le combat le plus difficile de sa carrière. Une carrière à laquelle elle a songé à renoncer il y a quelques années après le décès de son ex-conjoint dans des circonstances hautement dramatiques.

« Je boxais amateur à ce moment-là et je passée tout près d’arrêter de boxe parce que c’était extrêmement difficile pour moi. Jimmy aurait préféré que j’arrête de boxer parce que c’était compliqué, il aurait aimé ça qu’on ait une vie un peu plus standard, mais il ne me l’aurait jamais demandé. Donc moi, quand ça, c’est arrivé, ç’a été tough pour moi de continuer à boxer, a rappelé la jeune femme originaire de Témiscouata-sur-le-lac, vendredi après-midi, lors d’une visioconférence avec quelques représentants de médias québécois.

« La chose qui m’est venue en tête quand on a eu le combat [contre Baumgardner], j’étais avec mon chum actuel dans l’auto, puis je suis devenue les yeux pleins d’eau. J’ai dit : “tu sais, en 2018, quand j’étais au plus profond de ce que je pouvais être, que j’étais à terre, que j’étais une larve, que je pleurais, que je ne valais rien de bon et que je voulais arrêter de boxer... je n’aurais jamais pensé que cette Leïla-là serait là aujourd’hui.” »

Beaudoin (13-1, 2 K.-O.) est passée chez les professionnelles avec Eye of the Tiger l’année suivant la mort de son ancien ami de cœur, mais encore là, elle a dû enchaîner les épreuves : défaite inattendue à son 10e combat pendant un gala organisé par son promoteur au Mexique et annulation de plusieurs duels qui ont mis en lumière la précarité financière des athlètes qui exercent ce sport en début de carrière. Elle a tout vu ou presque.

Le choc qu’elle livrera à Baumgardner (16-1, 7 K.-O.) aurait d’ailleurs dû avoir lieu le 14 novembre, mais la soirée a été reportée après que le premier adversaire pressenti pour affronter Paul – l’érudit Gervonta Davis – eut été écarté à la suite d’allégations de violence conjugale. Une situation trop souvent vécue pour déstabiliser la droitière âgée de 29 ans.

« J’avais attrapé un virus avant qu’on sache que ç’allait être reporté. Je me suis dit que rien n’arrive pour rien d’autant plus que j’ai eu une bonne grippe cette semaine-là. Je me suis dit que c’était une chance que le combat soit reporté, a expliqué Beaudoin. À vrai dire, je pense que je suis bien positionnée. J’ai eu plus de temps pour perfectionner ce qu’on veut faire. »

La Québécoise sait pertinemment qu’elle devra être au sommet de son art pour vaincre l’Américaine âgée de 31 ans, qui s’est établie comme l’une des meilleures boxeuses « livre pour livre » de la planète ces dernières années. Comme Beaudoin, Baumgardner a subi un revers-surprise en début de carrière – qu’elle a vengé par la suite – à son septième combat.

Devenue championne du WBC après avoir battu Terri Harper en 2021, elle a ensuite enchaîné les victoires – contre Mikaela Mayer et Elehm Mekhaled, notamment – pour s’approprier toutes les ceintures de sa catégorie. À noter qu’elle a abandonné celle du WBC il y a quelques semaines pour pouvoir affronter Beaudoin dans des rounds de trois minutes.

« Ça fait plusieurs années que je regarde Alycia se battre. Ça fait longtemps que je l’ai dans ma ligne de mire, a avoué Beaudoin. Je ne pensais même pas que le combat allait arriver, parce que je pensais qu’elle allait laisser aller ses titres pour monter de catégorie. C’est donc normal qu’elle soit la favorite, ç’aurait été bizarre que ce soit l’inverse. J’ai envie de prouver ma valeur. En juin, plusieurs personnes pensaient que j’allais perdre contre Mekhaled. J’ai également une motivation supplémentaire quand les gens doutent de moi. »

« Pour battre une championne comme Baumgardner, ça prend une tête froide, une bonne préparation, une bonne équipe, un coach en or (Samuel Décarie-Drolet, NDLR) et tout ça, je l’ai. J’ai vraiment tout ce qu’il faut pour la battre, a-t-elle continué. Ça s’enligne pour être un jeu d’échecs avec des rounds de trois minutes. Ça va être un combat beaucoup plus tactique et beaucoup plus technique qu’un combat habituel avec une guerre de tranchées. »

Beaudoin prévient également qu’il ne faut pas trop se fier au passé, alors qu’elle a parfois eu certaines difficultés à maintenir le rythme dans des combats plus les rounds défilaient.

« Mon coach m’a fait réaliser que j’étais aux études à temps plein (en soins infirmiers, NDLR), que j’ai passé les examens de l’ordre, que je suis devenue infirmière et que j’ai fait toute ma carrière professionnelle à temps plein en même temps que mes études, a-t-elle souligné. Ce n’est qu’à partir du mois de mai l’année passée que j’ai pu mettre tous mes efforts dans la boxe. On l’a vu dans mon combat contre Mekhlad, j’ai beaucoup progressé. »

Beaudoin a en effet réussi à arrêter la Française au 6e round du duel qu’elles ont disputé en juin dernier à Québec. Cette même boxeuse avait fait la limite face à Baumgardner en 2023, mais toute comparaison pourrait s’avérer boiteuse en raison des rounds de trois minutes.

Chose certaine, Leïla Beaudoin assure à qui veut l’entendre qu’elle est prête à relever ce défi et profiter de l’occasion exceptionnelle de se battre devant des millions et des millions d’amateurs en raison de la diffusion sur Netflix. Lorsqu’elle marchera vers le ring, elle ne sera pas rongée par le stress comme certains folliculaires osent l’affirmer. Non, elle sera plutôt propulsée par la fierté de ne pas avoir arrêté quand elle aurait été excusée de le faire.