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Tour d’horizon chez les poids lourds en action

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C’est déjà mars, on revient à l’heure avancée en fin de semaine et dans 10 jours on peut légalement ressortir nos motos. MétéoMédia prévoit un mercure à 15 degrés lundi prochain, l’eau d’érable va couler à flots dans la sucrerie de mon filleul Nicolas à St-Antoine-sur-Richelieu.

Traditionnellement il n’y a pas ou très rarement des galas de boxe majeurs en mars aux États-Unis, la place médiatique étant majoritairement occupée par le tournoi de basketball masculin de la NCAA, le March Madness.

Ce jamboree annuel, qui a été institué en 1939, il y a 87 ans, est profondément ancré dans les mœurs et us du public américain. L’an dernier, c’est 707 961 spectateurs qui ont rempli les estrades des amphithéâtres. La finale prévoit en accueillir 75 000 au Lucas Oil Stadium d’Indianapolis en plus des dizaines de millions de téléspectateurs.

Vous vous demandez sûrement où je veux en venir avec ça, c’est tout simplement pour mentionner que traditionnellement les promoteurs américains évitent de présenter des événements majeurs de boxe en mars à cause de ce tournoi de basket.

Je me souviens de discussions avec Showtime, HBO ou ESPN, quand on voulait leur vendre nos événement ils détestaient des propositions pour ce troisième mois de l’année, même provenant du Québec.

Nous on leur disait qu’ici c’étaient les mois d’avril et mai qu’on cherchait à éviter pour éviter les séries de la Coupe Stanley.

Donc on ne retrouve pas, encore cette année, aucun combattant de l’élite sur le ring durant le mois de mars, aussi je vais en profiter de faire un tour d’horizon des combats à l’horaire, dans la division reine de la boxe les poids lourds, en les classant pas ordre d’importance.

Je ne vais pas aujourd’hui me lancer dans des explications exhaustives des forces en présence, j’aurai le temps d’y revenir, mais je vais me risquer à prédire les résultats.

9 MAI : WARDLEY/DUBOIS, CO-OP LIVE ARENA, MANCHESTER

Le combat le plus significatif, dans tous ceux qui sont prévus, met encore en opposition deux Britanniques alors que le nouveau champion WBO, Fabio Wardley (20-0-1, 19 K.-O.), 31 ans, va combattre pour la première fois en championnat du monde et en même temps va défendre sa couronne contre le jeune vétéran de 28 ans et ex-champion IBF des lourds, Daniel Dubois (22-3-0, 21 K.-O.).

On sait que lorsque Wardley a pris la mesure de Joseph Parker, alors que le titre WBO intérimaire des lourds était à l’enjeu, il est devenu l’aspirant obligatoire à Oleksandr Usyk. Ce dernier a préféré abandonner la ceinture WBO plutôt que combattre Wardley, qui en a ainsi hérité.

Queensberry Promotions a réservé le Co-op Live Arena de Manchester pour sa présentation et soyez assuré, Turki Alalshikh n’est pas invité à la fête.

On retrouve, en confrontation deux géants de 6’5’’, 240 livres qui ensemble en 42 victoires ont obtenus 40 K.-O. Il n’y a aucun doute, on ne se rend pas à la limite des 12 rounds.

Daniel Dubois est plus expérimenté et est dans l’ensemble un meilleur boxeur; technique, vitesse, fondamentaux en général. Cependant, ses trois défaites l’ont été par K.-O. en 10, 9 et 5 rounds. Il y a donc une faille majeure de ce côté.

Un autre facteur : Dubois revient d’une défaite désastreuse en cinq rounds contre Usyk sans avoir eu la chance de se refaire une confiance.

Wardley, plus brouillon, est revenu plus d’une fois des abimes et d’une défaite assurée pour soudainement renverser la vapeur et littéralement assommer ses adversaires.

Le 9 mai, nous allons assister à une véritable course de démolition spectaculaire comme on en a longtemps présenté à l’exposition agricole de St-Hyacinthe. Mon opinion, après 9 ou 10 rounds du « Last Man Standing », ce sera Wardley qui restera érigé et qui conservera sa couronne WBO. Il ajustera alors la mire de son viseur pour la pointer dans la direction d’un autre compatriote, Tyson Fury.

23 MAI : USYK/VERHOEVEN, PYRAMIDES DE GIZEH, ÉGYPTE

Le meilleur boxeur poids lourd de sa génération, le « Grand-Prince » d’Ukraine Oleksandr Usyk (24-0-0, 15 K.-O.), 39 ans, obtient l’opportunité d’une défense optionnelle pour la première fois depuis qu’il est devenu le champion de sa division en 2021, contre le « King of Kickboxing » de 36 ans, Rico Verhoeven (1-0-0, 1 K.-O. en boxe / 54-10-0, 16 K.-O. en kickboxing). Il est originaire des Pays-Bas.

Usyk qui détient toujours les couronnes WBC, IBF et WBA, défendra son trône WBC; Mauricio Sulaiman a confirmé que son organisation avait donné sa bénédiction. Les deux autres associations ne se sont pas encore prononcées.

Le dossier de Verhoeven dans sa spécialité est éloquent, invaincu depuis plus de 12 ans, avec 13 défenses de titre. Il est une véritable icône mondiale.

En analysant sa fiche, j’ai pensé au meilleur kickboxeur que j’ai vu à l’œuvre dans ma vie, Jean-Yves Thériault (69-7-0, 61 K.-O.), champion de 1980 à 1995 avec 46 défenses de titre! « Iceman » était son surnom alors qu’il a pour ainsi dire gelé 61 de ses adversaires.

Il y avait eu des discussions pour un combat entre Thériault et Mathew Hilton, un autre de mes favoris. Malheureusement ça ne s’est jamais produit, mais ça aurait été tout un feu d’artifice!

Thériault était tellement populaire et inspirant qu’il a incité notre Arturo Gatti national à livrer quelques combats de kickboxing avant d’entreprendre sa carrière pro en boxe.

Pour revenir à Verhoeven je suis allé voir quelques-uns de ses combats dans la toile et en son domaine il est impressionnant. Cependant ses 16 K.-O. en 54 victoires me laissent songeur : ce n’est pas un dangereux cogneur comme Jean-Yves l’était. Comment va-t-il se faire respecter sur le ring devant le champion?

De plus, l’histoire nous dit que seulement quelques champions de kickboxing ont réussi la transition et remporté un championnat de boxe. Caleb Plant, Chris Algieri, Troy Dorsey sont les seuls à avoir eu du succès, mais devant des adversaires marginaux.

Je n’ai aucun doute que le Néerlandais est un grand athlète, mais en Usyk il s’attaque à un futur immortel du Panthéon international de la boxe, un génie du ring, le meilleur en son genre. De plus on ne l’a jamais vu grimper entre les câbles sans une préparation et une motivation exemplaire.

Ça peut durer quelques rounds, l’Ukrainien est cérébral et a besoin de temps pour les ajustements, mais ça ne devrait pas durer plus de quatre ou cinq rounds.

L’événement aura lieu au pied des mystérieuses pyramides à Gizeh, en Égypte. On ne peut trouver plus spécial et exotique… à condition que l’Iran ne s’y invite pas.

11 AVRIL : FURY/MAKHMUDOV, TOTTENHAM HOTSPUR STADIUM, LONDRES

Après avoir annoncé sa retraite pour une troisième fois, le « Gypsy King » s’ennuyait encore chez lui à Morecambe à jouer l’homme de la maison pour sa femme Paris, la gardienne de ses enfants âgés de 3 à 16 ans et à poser devant les caméras de Netflix pour ses téléréalités.

D’ailleurs, la deuxième saison de « At Home with the Furys » doit être disponible en avril, en même temps que le distributeur numérique le plus écouté au monde va présenter son combat contre le géant Russo-Canadien Arslanbek Makhmudov (21-2-0, 19 K.-O.), 36 ans.

Ce sera le premier combat de Tyson Fury (34-2-1, 24 K.-O.) depuis son deuxième revers consécutif contre Oleksandr Usyk en décembre 2024.

Makhmudov est l’exemple typique qu’il ne faut jamais abandonner un poids lourd de qualité même après d’amères défaites. En boxe, on est aussi bon que sa dernière performance et le « Lion » a démontré une discipline stratégique et une endurance qu’on ne lui connaissait pas en prenant la mesure à David Allen à Sheffield en octobre dernier, par décision en 12 rounds.

Fury, 37 ans, va être dirigé par son père John qui relève ainsi Sugar Hill Stewart, son entraîneur des neuf derniers combats. Leur association a débuté en février 2020 avec la victoire sur Deontay Wilder par K.-O. technique au septième round pour lui ravir la ceinture WBC.

Tout semble favoriser l’ancien champion du monde dans ce duel de mastodontes. Il n’y a pas de départements où Fury n’est pas supérieur, sauf peut-être la force brute, qui n’est pas une équation majeure à ce niveau.

On se souvient toutefois qu’un néophyte comme Francis Ngannou a fait visiter le tapis au « Gypsy King » et l’a poussé à une mince victoire par décision partagée. Je n’ai aucun doute que Makhmudov est un boxeur supérieur à Ngannou.

Mais si la logique est respectée, ce n’est pas toujours le cas en boxe, Fury devrait lever les bras vers le huitième round devant les 70 000 spectateurs au Tottenham Hotspur Stadium.

Il va ensuite inviter Fabio Wardley sur le ring et tenter de lui subtiliser sa ceinture WBO. Un autre stade rempli à capacité en perspective, au pays du Big Ben.

28 MARS : ITAUMA/FRANKLIN, CO-OP LIVE ARENA, MANCHESTER

Le dernier combat de poids lourd avec impact majeur sur la division qui est à l’horaire est celui opposant le prodigieux jeune prospect de 21 ans Moses Itauma (13-0-0, 11 K.-O.) au durable vétéran Jermaine Franklin (24-2-0, 15 K.-O.), 32 ans.

Itauma est un boxeur gaucher qui n’a jamais perdu un combat, ni amateur (20-0) ni professionnel. Il est passé chez les « Prize Fighters » en 2023 à 19 ans. Tous ses K.-O. se sont produits en moins de deux rounds, dont huit au premier.

À sa dernière sortie il a démontré un talent, des habiletés et de la puissance qui ne semblent pas avoir de limite alors qu’il a totalement oblitéré le vétéran Dillian Whyte (31-4-0, 21 K.-O.) en moins de 2 minutes.

Sa fiche de 13 combats est peut-être un peu trompeuse puisque le jeune Anglais a été partenaire d’entraînement de tous les meilleurs boxeurs poids lourds d’Angleterre; Tyson Fury, Daniel Dubois, Fabio Wardley entre autres, avec lesquels il a gagné beaucoup d’expérience.

Itauma pointe à l’horizon comme une comète, dont le rayon lumineux s’amplifie chaque jour, et s’apprête à collisionner la planète boxe pour faire subir à tous ses adversaires une destinée identique aux dinosaures d’il y a 65 millions d’années.

On a beaucoup comparé Itauma au jeune Mike Tyson au niveau de la peur viscérale qu’il inflige à ses adversaires avant le début des hostilités ainsi que la férocité de ses attaques des deux mains.

Jermaine Franklin fils, surnommé « 989 Assassin » est bien connu en Grande-Bretagne avec des défaites par décision en 2022 contre Dillian White et contre l’ancien champion du monde et médaillé d’or olympique Anthony Joshua l’année suivante.

Il a surtout été très décevant alors qu’on lui offrait une vitrine extraordinaire au Allegiant Stadium de Las Vegas en septembre dernier, contre Ivan Dychko, en sous-carte de Canelo/Crawford. Il a tout simplement été pathétique dans sa victoire incolore et sans saveur dans un festival d’accrochages et de bousculades.

Je ne vois pas en Franklin fils les qualités d’un James « Quick » Tillis, qui a été le premier à forcer Mike Tyson à se contenter d’une décision en 10 rounds, en 1986, à son 20e combat.

Ce sera une autre victoire expéditive, en trois ou quatre rounds tout au plus.

Bonne boxe.