Pendant un moment au deuxième round, Kim Clavel ressemblait en tout point à la boxeuse qui était devenue championne du monde à l’été 2022. Avec une esquive de la tête, elle est passée sous le bras droit de Naomi Arellano Reyes avant de l’atteindre avec une combinaison savante.

 

L’ex-détentrice de la ceinture des poids mi-mouches du WBC était alors en parfait contrôle de la situation et plus rien ne semblait pouvoir l’empêcher de renouer avec la victoire, elle qui s’était inclinée par décision unanime des juges face à Yesica Nery Plata en unification en janvier dernier.

 

Mais soudainement au huitième round, le ciel a semblé vouloir tomber sur la tête de la favorite de la foule. Un coup de tête de son adversaire mexicaine a touché la paupière de son œil gauche et le sang s’est mis à couler. Assez pour considérablement déranger le travail de la Québécoise.

 

Au terme des dix assauts, le visage tuméfié de la principale intéressée ne rendait pas justice à la prestation qu’elle venait d’offrir et de l’effort qu’elle avait fourni pour survivre. Elle s’était en effet rapidement ressaisie pour l’emporter par décision unanime des juges, ce soir à la Place Bell de Laval, en finale d’un événement de Groupe Yvon Michel (GYM) présenté devant 2229 amateurs.

 

« Ça s’est passé en une fraction de seconde, a expliqué Clavel (17-1), qui a été donnée gagnante 98-92, 98-92 et 96-94 par les trois juges. Je me suis dit que je n’avais pas le choix de me battre jusqu’à la fin, même si je ne voyais absolument rien [de mon œil gauche] à cause du sang qui coulait. Je savais que ça ne serait pas chic, mais je voulais absolument aller chercher le combat. »

 

Après un premier round plutôt tranquille, l’ancienne championne s’est activée au deuxième entraînant avec elle une foule qui l’avait précédemment bruyamment accueillie pendant sa marche vers le ring. Pendant la première moitié de l’affrontement, Clavel a résolument dicté le rythme et lorsqu’elle ne le faisait pas, elle parvenait à toucher son adversaire en contre-attaque.

 

À partir du cinquième round et davantage par la suite, Arellano Reyes (9-3) a réussi à faire boxer Clavel sur les talons, mais cette dernière est néanmoins parvenue à tirer son épingle du jeu en réussissant simplement à placer les meilleurs coups. « C’est la meilleure cogneuse que j’ai affrontée depuis le commencement de ma carrière, a d’abord prévenu l’athlète âgé de 32 ans.

 

Il fallait que je garde les mains hautes afin de bien me protéger. Souvent, elle doublait son jab. Au final, j’avais les meilleurs coups et plus important encore, j’ai trouvé une manière de gagner. »

 

« Je suis contente et fière d’elle, a ajouté son entraîneuse Danielle Bouchard. Je le savais que ça serait un combat difficile, que ça serait un gros challenge mental et physique. Nous savions que Kim ne pourrait pas échanger coup pour coup et elle a fait tout un travail. Kim cherche toujours à repousser ses limites et ce combat [de ce soir] en était un. Ç’a en dit beaucoup sur qui elle est. »

 

Clavel a avoué qu’elle était passée par toute la gamme des émotions au cours de la journée, car elle redoutait le moment où elle devait remonter sur le ring où elle avait subi sa seule défaite en carrière. « J’ai eu besoin de tout mon courage, a-t-elle mentionné. Je me suis parlé comme c’est pas possible. La boxe, c’est dur. Ce n’est pas n’importe qui qui peut en faire. Ce n’est pas facile...

 

« On pratique ce sport par passion. Il fait parfois mal, mais tellement de bien en même temps. »

 

Normalement, Clavel devrait disputer son prochain duel en octobre, idéalement en championnat du monde. Le promoteur Yvon Michel a promis qu’il ferait tout en son pouvoir pour que cette rencontre au sommet soit tenue au Québec, mais il n’a cependant pas été capable de le garantir.

 

Le rêve de Bouchard reste en vie

 

La carrière de Sébastien Bouchard est loin d’avoir été un long fleuve tranquille en raison des blessures et d’autres facteurs hors de son contrôle. Mais à l’âge de 35 ans, le boxeur originaire de Baie-Saint-Paul s’est donné une dernière chance de réaliser ses rêves en boxe professionnelle.

 

De retour dans le ring pour la première fois depuis qu’il a dû se contenter d’un décevant verdict nul partagé contre Ricardo Lara en mars 2022 à Trois-Rivières, Bouchard (20-2-1, 9 K.-O.) a mis un tout petit peu de temps avant de se mettre en marche, mais il s’est néanmoins imposé après que son adversaire mexicain Fernando Altamirano Marquez eut abandonné à la conclusion du 6e round.

 

Après avoir passé les deux premiers rounds à jouer de prudence afin de retrouver ses repères, Bouchard a commencé à malmener Alramirano Marquez (11-2) dans les derniers instants du troisième assaut. À la reprise, le Mexicain s’est de nouveau retrouvé en danger et pour se tirer d’impasse, il n’a pas trouvé d’autre moyen que d’atteindre son rival durement sous la ceinture.

 

Le coup illégal a semblé couper les ailes de Bouchard, mais il s’est finalement ressaisi au sixième round en envoyant d’abord Altamirano Marquez au plancher à l’aide d’un puissant coup à la mâchoire. Le mi-moyen de Charlevoix a ensuite tenté désespérément d’arrêter le Mexicain, mais le coin de ce dernier a judicieusement décidé qu’il avait reçu assez de coups après six rounds.

 

« Je voulais revenir à mon ancien style, celui qui m’a aidé à atteindre l’élite, a déclaré Bouchard après sa victoire, sa première depuis mars 2023. Tout le monde sait que je veux avoir plaisir et plus le duel avançait, plus j’étais dans ma zone de confort. Je suis très heureux d’être de retour. »

 

La dernière fois qu’Emma Gongora (6-3) avait combattu au Québec, elle avait joué les trouble-fêtes en surprenant Martine Vallières-Bisson par décision unanime. La Française a encore une fois démontré beaucoup de hargne contre Caroline Veyre (4-0), mais la Montréalaise était trop forte et elle l’a emporté par décision unanime (80-72, 78-74 et 77-75). Gongora a notamment été coupée au-dessus de l’œil gauche au cinquième round et Veyre s’en est donné à cœur joie en visant continuellement ce point.

 

« J’ai essayé d’être la plus intelligente possible, mais c’était très difficile d’arrêter ses attaques parce qu’elle fonçait avec sa tête », a lancé Veyre après sa victoire.

 

Disputant un premier combat depuis sa défaite en duel éliminatoire des moyens de l’IBF en novembre 2021, Patrice Volny (17-1, 11 K.-O.) s’est assuré de retrouver le chemin de la victoire de belle façon en battant Abraham Juarez Ramirez (21-11-1) par arrêt de l’arbitre à 2:18 du 3e round. Volny a envoyé Juarez Ramirez au tapis avec une 60aine de secondes à faire au 3e round, mais l’arbitre a jugé que le Mexicain avait glissé. Dès la reprise des hostilités, le Québécois s’est rué sur son rival, l’a entraîné contre les câbles, puis lui a asséné une gauche au corps, dont Juarez Ramirez ne s’est jamais remis.

 

« J’ai été très patient, je voulais prendre mon temps, a mentionné Volny à sa sortie du ring. Mon rival s’est comporté exactement comme je l’avais vu sur vidéos. »

 

En lever de rideau, l’Albertaine Alexas Kubicki (6-1) n’a jamais su contrer les attaques constantes de Linda Contreras Ibarra (3-3-2) et s’est ainsi avouée vaincue par décision unanime (77-74, 77-74 et 77-75). Contreras Ibarra, dont la fiche était résolument trompeuse en raison de la qualité des adversaires qu’elle a affrontées en début de carrière, a porté les meilleurs coups pendant la quasi-totalité des huit rounds. Même si la Mexicaine a perdu un point à la fin du septième assaut, cela n’a eu aucune incidence sur le résultat final. Quant à Kubicki, dont le nom figurait au classement des mouches de trois de quatre grandes organisations de boxe professionnelle, ses espoirs d’obtenir un contrat avec Groupe Yvon Michel se sont sans contredit amenuisés ce soir.