L’écurie Mercedes s’en est bien sortie alors que la F1 a connu sa propre version du « deflategate » au Grand Prix d’Italie.

Non pas que je crois que l’écurie qui domine la présente saison ait tenté de tricher avec des pneus légèrement sous-gonflés sur la voiture de Lewis Hamilton (- 0,3 psi sur 19,5 psi) et Nico Rosberg (- 1,1 psi sur 19,5 psi).

Mais parce que la norme, en Formule Un, veut que le règlement soit respecté en tout temps. D’autres écuries ont affirmé avoir pris toutes les dispositions pour respecter à la lettre les réglages requis par Pirelli (19,5 psi pour les pneus arrière, 21 psi à l’avant).

Mercedes s’en est sorti via une zone grise du règlement : la pression des pneus était réglementaire au moment de la lecture par un ingénieur Pirelli, avant de baisser par la suite…

Ah, les zones grises du règlement. Une source d’inspiration sans fin pour les ingénieurs qui les recherchent et les exploitent.

En restant parfois en deçà de la légalité. Parfois en dehors…

Voici quelques exemples célèbres.

Une voiture qui s’affaisse

1981

Un nouveau règlement stipule une garde au sol minimum de 6 cm « à tout moment lorsque la voiture est en mouvement ». Gordon Murray, le concepteur des Brabham, se dit que cet espace ne peut être mesuré que lorsque la voiture est stationnaire dans les puits.

Humm. Et si la voiture pouvait s’abaisser en piste – ce qui est bénéfique sur le plan aérodynamique – puis se relever en revenant aux puits…

Murray a accouplé un système pneumatique à la suspension de sa voiture qui, à haute vitesse, était collée au sol par la pression des ailerons. Tadam!

Mais les autres écuries ont rapidement décelé l‘astuce et, après deux victoires dominantes de la Brabham (avec Nelson Piquet), ont commencé à copier l’idée de Murray.

À la mi-saison, toutes les écuries avaient leur propre système et la FISA (Fédération internationale du sport automobile) a constaté qu’il était impossible de contrôler ce règlement. C’est désormais « au point de mesure dans les puits » que la distance de 6 cm devait être respectée…

Murray aura évité toute sanction (sa voiture ne respectait certainement pas l’esprit du règlement) en étant copié par tous.

À noter que le règlement actuel impose une planche sous la voiture pour la tenir éloigner du sol.

Faux refroidissement des freins

1982

Grand Prix du Brésil, deuxième étape du championnat du monde. Nelson Piquet (écurie Brabham) et Keke Rosberg (Williams) terminent 1er et 2e. Avant d’être disqualifiés.

Le contexte : les écuries britanniques (Williams, Brabham, Lotus) utilisent des moteurs atmosphériques alors que les grands constructeurs (Ferrari, Renault) disposent de moteurs turbo plus puissants.

Comment combattre un manque de puissance? Par l’ingéniosité. En exploitant par exemple une zone grise du règlement.

À l’époque, les écuries avaient le droit, à la fin d’un Grand Prix, de refaire le plein de tous les liquides (huile, lubrifiant, liquide de refroidissement, etc.) sur la voiture avant de passer à la pesée officielle.

Un brillant cerveau a pensé à créer un système de refroidissement par eau pour les freins. Évidemment un système bidon.

On versait de l’eau dans le réservoir de ce système avant la course. Une fois le départ donné, on se débarrassait de ce surpoids dès que possible et la voiture roulait ainsi sous le poids minimum. Puis, après la course, on remplissait (légalement) ce réservoir d’eau. Et voilà.

Protêt des grands constructeurs dès l’arrivée de la course à Rio, disqualifications des deux premiers, protestation des écuries britanniques sous forme de boycott du Grand Prix de Saint-Marin. Ce fut le début de l’affrontement entre FISA et FOCA (association des écuries).

Des billes dans le réservoir

1984

L’écurie Tyrrell ne dispose pas d’un moteur turbo comme les écuries de pointe. Son V8 Cosworth de 2994 cc n’offre que 510 ch versus les 700 ch des V6 1,5 litre. Un sérieux handicap.

Après la belle 2e place de Martin Brundle sur sa Tyrrell au Grand Prix de Detroit en juin, l’inspection technique d’après course révèle une anomalie.

Le réservoir contient des petites billes de métal, qui permettent évidemment à la voiture de respecter le poids minimum à l’inspection d’après course. Après avoir roulé une bonne partie du Grand Prix sous le poids minimum, il va sans dire.

Ces petites billes avaient été déposées dans le réservoir d’essence lors d’un arrêt tardif en course afin de réalimenter un système d’injection d’eau servant à refroidir le moteur.

On soupçonne aussi Tyrrell d’utiliser un additif dans l’essence.

La sanction? Énorme : l’engagement de l’écurie au championnat est annulé. Tous les résultats obtenus jusqu’à la décision de la Cour d’appel de la FIA au mois d’août sont effacés. Tyrrell est exclue des trois dernières courses de la saison.

Un double réservoir

2005

Le règlement: la voiture doit peser au moins 600 kg sans essence à bord (la FIA se réserve le droit de pomper l’essence contenue dans le réservoir).

À l’issue du Grand Prix de Saint-Marin, les trois premières voitures à l’arrivée passent à l’inspection technique, pompage d’essence inclus. Elles sont légales.

Puis le délégué technique (à la suggestion d’une autre écurie ?) se met le bras dans le réservoir de la BAR de Jenson Button (3e) et constate la présence d’un deuxième réservoir (ce qui n’est pas illégal en soi). Une fois ce réservoir vidé, la voiture ne pèse que 594,6 kg.

Donc, à vide, la voiture était sous le poids minimum.

Aussitôt convoquée par les commissaires sportifs, l’écurie BAR croit posséder un bon argument. Chiffres en main, elle prouve que sa voiture n’a jamais roulé en bas de 600 kg durant la course, ce qui est sûrement véridique (il faut un minimum d’essence à bord, même toute juste avant un ravitaillement aux puits). BAR convainc les commissaires sportifs en fonction à Imola, qui ne pénalisent pas Button.

Mais c’est un argument fallacieux : si toutes les voitures ont pris le départ de la course avec (par exemple) 50 kg d’essence à bord, la BAR se trouvait 5,4 kg plus légère que toutes les autres ! Un avantage indu !

Et c’est ce que la Cour d’appel de la FIA a confirmé par une sanction assez sévère: disqualification du GP de Saint-Marin et exclusion des deux courses suivantes (Espagne et, ouch! Monaco).

Voilà pour ceux qui se sont faits prendre. Les autres…