(RDS.ca) - La cycliste québécoise Genevière Jeanson a été suspendue à vie du cyclisme professionnel pour avoir échoué un contrôle antidopage lors du Tour de Toona en Pennsylvanie en juillet dernier.

De l'érythropoïétine -- ou EPO -- avait été détectée dans un échantillon de son urine. Cette substance est interdite depuis plus de dix ans par le Comité international olympique, tel que le rapporte le site internet spécialisé en sport et en santé Doctossimo. L'arrivée de l'EPO a marqué la fin du dopage artisanal.

L'érythropoïétine est Initialement destinée aux insuffisants rénaux ou aux patients souffrant de graves anémies. L'EPO artificielle a toutefois rapidement trouvé sa place dans l'arsenal dopant des athlètes de pointe parce qu'il est difficile à détecter.

Même si c'est durant le Tour de France 1998 que l'EPO a défrayé la chronique une première fois, son utilisation concernerait d'autres sports.


EPO hormone naturelle (extrait du site Doctossimo)

Au départ, l'EPO est une hormone naturellement fabriquée par les reins (80 %) et le foie (20 %). Elle stimule la fabrication par la moelle osseuse de globules rouges qui transportent l'oxygène vers les organes. En 1983, le laboratoire californien Amgen produit de manière industrielle de l'EPO de synthèse. Cette avancée scientifique est un pas de géant pour certains malades : insuffisants rénaux traités par hémodialyse, graves anémies. chez les nourrissons ou suite à des chimiothérapies anticancéreuses. En France, le produit n'est mis sur le marché via les officines hospitalières qu'en 1990 pour l'Eprex et en 1991 pour le Neorrecormon.

A cette époque, l'EPO n'intéresse pas encore les sportifs pourtant, les conséquences d'une augmentation de l'oxygénation du sang sont déjà bien connues. Les méthodes allaient de la systématisation des grossesses chez les athlètes de certains pays de l'Est dans les années 1950 (les bénéfices sur la quantité d'hémoglobine étaient maintenus alors que la grossesse était interrompue après 3 à 6 mois) à l'autotransfusion (prélèvement de sang réinjecté sous forme de purée de globules rouges quelques jours avant l'épreuve) dont la logistique reste lourde et les risques élevés. Mais avec le sulfureux médecin Francesco Conconi, l'EPO allait débarquer en force dans le cyclisme transalpin pour peu à peu s'étendre à de nombreux pays.


Infarctus, cancer… un jeu dangereux

L'EPO artificielle a été largement détournée de son usage initial pour offrir aux tricheurs une endurance à toute épreuve et des performances accrues. Avec l'étrange augmentation des résultats de certains athlètes, la suspicion est générale. Et malgré de nouvelles règles de l'Union Internationale Cycliste limitant le taux d'hématocrite à 50 % (volume de globules rouges sur le volume sanguin total), les fraudeurs ont rapidement trouvé la parade.

Cependant, il existe un revers de la médaille. L'usage d'EPO n'est pas anodin. Injecté trop rapidement, ses effets secondaires s'apparentent à un syndrome grippal… des symptômes retrouvés étrangement dans certaines affaires… Mais parfois, le dérapage est plus important : "En augmentant le nombre de globules rouges, le sang devient moins fluide.

A court terme, cet épaississement augmente le risque de formation de caillots sanguins, donc le risque de thromboses (infarctus ou attaques vasculaires cérébrales)" précise le Pr. Michel Audran, professeur à la faculté de pharmacie de Montpellier (Hérault) et expert auprès du Conseil de lutte et de prévention du dopage (CPLD). Ces effets secondaires obligent d'ailleurs les sportifs dopés à prendre de l'aspirine ou des anticoagulants (qui fluidifient le sang). Malgré cela, plusieurs décès suspects surviennent durant les années 1990. A long terme, l'EPO entraîne des risques d'hypertension artérielle, voire de cancer de la moelle osseuse.


La prise d'EPO reste difficile à prouver

Malgré ces risques, l'EPO a séduit et séduit encore. Pour démasquer les tricheurs, le challenge de la lutte antidopage est loin d'être aisé. "L'Epo est une molécule qui a une très courte demi-vie. Au bout de trois jours, la molécule devient indétectable alors que ses effets perdurent 2 à 3 semaines. Pour les sportifs dopés qui ont passé des mois à augmenter le nombre de leurs globules rouges, il suffit d'arrêter quelques jours avant la compétition pour passer à travers les mailles du filet" nous précise Michel Audran.

Détecter l'EPO deux à trois jours après sa prise reste utile à l'occasion de contrôles inopinés. C'est possible depuis l'an 2000 grâce à un test urinaire mis au point par Jacques de Ceaurriz et Françoise Lasne, chercheurs du Laboratoire National de Dépistage du Dopage (LNDD). Capable de différencier l'EPO artificielle de l'EPO naturelle, ce test a prouvé son efficacité en étudiant les prélèvements d'urine réalisés lors du Tour de France 1998. Sur les 102 échantillons, 14 cas de fraudes avaient été révélés, mais les analyses trop éloignées de la compétition n'ont pas eu de suites.

Pour des contrôles durant les compétitions, les tests indirects permettent de repérer des échantillons suspects jusqu'à trois semaines après la prise d'EPO. La détection est alors basée sur des prélèvements sanguins. On mesure différents paramètres : l'hématocrite (volume de globules rouges sur le volume sanguin total), la présence de fer en excès dans le sang (car l'injection d'EPO nécessite une prise de fer pour la fabrication des globules rouges), etc.

Le Pr. Michel Audran précise que ces deux types de tests seront pratiqués lors des prochains jeux olympiques, tout comme ceux sur un autre dopant phare l'hormone de croissance.

L'EPO déjà dépassé ?

L'arrivée de nouvelles EPO inquiète les instances de la lutte antidopage.

-L'EPO delta est obtenue à partir de cellules humaines disposant des gènes de l'EPO, que l'on stimule in vitro. Sa forme serait ainsi plus proche de l'EPO naturelle. Annoncée comme imminente, le médicament en question Dynepo ne sera finalement pas commercialisé avant 2007 suite à des problèmes de brevet ;

-Une EPO de synthèse développée par les laboratoires Roche et baptisée Cera subit également les derniers tests dans l'indication d'insuffisance rénale en vue d'une commercialisation pour 2006 ;

Autre substance prometteuse, des peptides capables de mimer l'action de l'EPO appelé EMP (Erythropoietin Mimetic Peptide).

Stimulant les récepteurs spécifiques à cette hormone, elle induit la stimulation de la production de globules rouges. Baptisé Hematide, ce composé est en cours de développement par les laboratoires Affimax. Ce produit devrait prochainement être mis sur le marché.

"Mais la forme de ces composés reste différente de l'EPO naturelle. Leur détection dans les urines devrait ainsi être tout à fait possible" précise le Pr. Audran. Face aux avancées de la lutte antidopage, cet expert se veut optimiste. Vis-à-vis de l'EPO, sa principale crainte réside dans la mise au point d'enzymes ou de molécules capables de perturber la fiabilité des tests. Les partisans d'un sport propre devront faire face à plus d'un sale tour