MONTRÉAL – Chaque journée s'amorce essentiellement de la même façon pour Viktor Lachambre. Dans le gymnase à 6 h 30 pour une heure de musculation.
S'ensuit un horaire à donner le tournis.
- 7 h 45 : déjeuner
- 10 h : début des cours en classe
- 12 h : dîner
- 13 h 15 : première réunion d'équipe
- 14 h 30 : entraînement sur le terrain
- 17 h : souper
Une fois rassasié, le Québécois participe à une deuxième réunion, avant de retraiter à sa chambre vers 20 h. L'ancien des Dynamiques du Collège Charles-Lemoyne ne tarde pas ensuite à éteindre les lumières. L'heure du dodo a été fixée à 22 h.
« C'est comme ça tous les jours... sauf les fois où on a trois heures de cours. »
Bienvenue dans la vie du quart-arrière no 1 de NFL Academy.
À Loughborough, en Angleterre.
Coaches‼️ Highlights from my first 2 NFL Academy games vs Hun School (ranked #1 prep in US) & Edgewater HS (ranked #13 in FL).
— Viktor Lachambre (@Vik_Lachambre18) September 5, 2025
Stats (1.5 games)
- 422 passing yds, 29/43 (67%), 3 TDs
- 141 rushing yds ( 8.6 yards per carry ) @_coachturner @georgereynolds_ @ECWagnac @jay_agenor pic.twitter.com/70JmtJ671j
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C'est dans cette localité située à une trentaine de minutes de voiture de Leicester, dans les installations sportives avantageuses de l'Université de Loughborough, que la NFL espère former sa relève internationale de demain.
Chaque année depuis sa création en 2019, l'académie offre à des athlètes de 16 à 19 ans provenant surtout d'Europe et d'Afrique une éducation secondaire à temps plein, parallèlement à un entraînement intensif au football américain, qu'ils aient ou non déjà pratiqué le sport.
Le but? Favoriser le développement du football à l'échelle mondiale, tout en créant une passerelle pour de jeunes talents internationaux susceptibles de gonfler les rangs d'effectifs de la NCAA, fournisseur officiel de la NFL.
Selon le dernier décompte de NFL Academy – qui a ajouté l'an dernier une antenne desservant la région Asie-Pacifique – 40 de ses anciens joueurs évoluent cet automne dans le circuit universitaire américain, dont 27 en division 1.
Lachambre, premier Canadien de l'histoire à se joindre au projet qui réunit cette année 68 joueurs originaires de 20 pays, compte devenir l'un d'eux d'ici deux ans.
Welcome to the #NFLAcademy @Vik_Lachambre18!
— NFL Academy (@NFLAcademy) April 18, 2025
🇨🇦 The quarterback will be the first Canadian to join the team based in Loughborough, UK.
Viktor will complete his academic studies and train at our elite facilities to prepare him to play games for our Europe-Africa squad. pic.twitter.com/ySxFo5CkT7
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Poursuivre son développement sur un autre continent n'était pas le plan A de Lachambre.
Comme de nombreux joueurs québécois de talent, le quart de 6 pi 4 po et 179 lb a eu le réflexe d'évaluer ses options aux États-Unis à la conclusion de sa dernière saison chez les Dynamiques, l'hiver passé.
Les programmes de North Crowley au Texas et de DeMatha au Maryland, deux puissants « high schools » aujourd'hui classés dans le top-25 au pays, lui ont d'abord dit non. Son statut de diplômé au Québec le rendait inadmissible à se joindre à eux.
Lachambre a ensuite fait comme les Maxence Leblanc, Jérémy St-Hilaire, Antoine Deslauriers et bien d'autres avant lui. Il s'est tourné vers de réputées écoles préparatoires habituées de recruter dans la Belle Province. Baylor et McCallie au Tennessee, ou encore Rabun Gap en Géorgie, entre autres, n'avaient toutefois aucune ouverture au poste de quart-arrière.
Lachambre se préparait donc à poursuivre son parcours dans le réseau collégial québécois avec le Phénix d'André-Grasset, envers lequel il s'était engagé, quand une soirée de gala a tout changé.
C'était en février dernier, au banquet annuel du RSEQ récompensant les plus méritants de la dernière saison de football scolaire provincial juvénile. Fort d'une campagne au cours de laquelle il a cumulé 2358 verges de gains par la passe, 786 par la course, et orchestré 33 touchés des siens, le meneur des Dynamiques a été sacré joueur par excellence du circuit de division 1.
Une récompense qui dès sa publicisation sur les médias sociaux, a tôt fait d'éveiller l'intérêt du coordonnateur offensif et entraîneur des quarts-arrière de NFL Academy, Clayton Turner.
« Direct après, il m'a texté sur Instagram », racontait Lachambre au RDS.ca en début de semaine.
« Il a présenté le programme, m'a posé quelques questions, puis on s'est fixé un rendez-vous pour une rencontre sur Zoom. »
Les présentations, auxquelles participait tout le personnel d'entraîneurs, ont duré une trentaine de minutes, après quoi Lachambre et Turner sont entrés dans le vif du sujet.
« Depuis qu'il (Turner) est arrivé à NFL Academy, il a toujours voulu être un quart-arrière dual-threat (double-menace par la passe et la course, NDLR). Tout le livre de jeux était prêt pour moi. Ils allaient m'impliquer autant par la passe que par la course. »
Lachambre a été charmé. Non seulement le livre de jeux s'adapterait aux atouts qu'il souhaitait exposer aux programmes de la NCAA, il allait de plus les peaufiner sous le mentorat d'entraîneurs chevronnés.
.@_coachturner learned from some of the very best during his time at @CanesFootball 🇺🇸
— NFL Academy (@NFLAcademy) September 3, 2025
Now he's teaching our next generation of elite athletes! pic.twitter.com/9djGJdkNp1
Turner, d'une part, a déjà joué dans la NCAA aux postes de quart-arrière et de receveur. L'entraîneur-chef Steve Hagen a pour sa part occupé des postes d'entraîneur adjoint chez les Browns de Cleveland et les Jets de New York, en plus d'avoir dirigé dans une douzaine d'universités, notamment Notre-Dame et North Carolina.
« Leur savoir, ça m'a vraiment attiré. »
Tout comme les armes offensives qu'il allait avoir dans son arsenal. Selon son décompte, deux de ses receveurs ont déjà reçu des offres de division 1, tout comme quatre de ses joueurs de ligne offensive.
« Ça m'a aussi convaincu parce que je me suis dit que si je faisais bien, j'allais me faire remarquer par ces universités qui regardent déjà ces joueurs-là. Ils vont peut-être se demander : "C'est qui ce quart-arrière-là?". »
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Lachambre et ses coéquipiers – dont deux sont québécois : Zian Iseghohi et Andrew Gomon – ont jusqu'à maintenant joué deux des neuf matchs à leur calendrier.
Le premier, disputé à Dublin contre The Hun School of Princeton, une école préparatoire américaine du New Jersey, s'est soldé par un gain de 34-21 au cours duquel le Québécois a lancé trois passes de touché.
It was the perfect way to start the season.
— NFL Academy (@NFLAcademy) August 23, 2025
1st Drive. 1st Touchdown. ✅@Vik_Lachambre18 @Vili_Haapasalo @Stan_pichon1 @nathanKmorris pic.twitter.com/P06HYPxLem
Le deuxième a été, disons... pas mal plus compliqué.
Lors d'un déplacement transatlantique à Orlando en Floride pour y affronter Edgewater High School, NFL Academy n'a pas fait le poids. Défaite sans appel de 42-7.
« La vitesse en Floride, c'est n'importe quoi », a vite constaté Lachambre, néanmoins heureux de s'être frotté à pareil niveau. Car là réside un autre des principaux avantages de jouer pour NFL Academy : affronter les meilleurs sur certaines des plus grandes scènes.
Dans moins d'un mois, le 8 octobre, la sélection internationale accueillera sur la pelouse du Tottenham Hotspur Stadium les Raiders de St. Thomas Aquinas, une institution de Fort Lauderdale en Floride décorée de trois titres nationaux, 16 championnats d'État, et actuellement classée 9e aux États-Unis.

C'est cependant le duel du 17 octobre, à Bradenton en Floride, que Lachambre attend le plus impatiemment. Ce jour-là, les académiciens de la NFL rendront visite à IMG Academy, une autre superpuissance du football secondaire américain qui au moment d'écrire ces lignes occupe le 5e rang à l'échelle nationale.
« C'est leur Senior Night, donc ils pensent peut-être que ce sera un matchup facile. Si je fais bien contre cette équipe-là, je suis sûr qu'il y aura des universités de division 1 qui vont s'intéresser à moi. »
Jusqu'à maintenant, Lachambre affirme recevoir de l'intérêt de la part de programmes comme Princeton, Dartmouth, Rice et plus récemment South Florida, en attendant de recevoir sa première offre de bourse d'études.
« Pour les joueurs internationaux qui évoluent hors des États-Unis, c'est vraiment plus lent comme processus, signale-t-il. Quand tu reçois finalement ta première offre, ça brise la glace, tu peux en recevoir une dizaine. Mais c'est d'obtenir la première qui est le plus difficile. »
Lachambre a bon espoir que cela se matérialisera cette année. La récente réussite de Sam Fenton, qui est devenu le premier quart-arrière britannique à se joindre à un programme de division 1 de la NCAA (South Florida) après son stage de formation à la NFL Academy, lui inspire confiance.
C'est possible pour un quart-arrière de passer par Loughborough pour accéder à la NCAA et ainsi s'approcher de son rêve.
« Je suis prêt à tout sacrifier pour aller dans la NFL. Même vivre de l'autre côté de l'océan, loin de ma famille. »






