MONTRÉAL - La déception est normale. Elle est compréhensible.
Les victoires contre Tampa et Buffalo en première et deuxième rondes et encore plus le gain aux dépens des Hurricanes dans le premier match de la finale de l’Est avaient attisé le rêve un brin fou d’une 25e conquête de la coupe Stanley.
Les quatre revers consécutifs encaissés par le Canadien et surtout la manière dont le Tricolore a été bafoué par une Caroline qui n’avait rien de «sweet» ont donc brutalement ramené les partisans du rêve à la réalité.
Ces quatre revers au fil desquelles le Canadien a accordé 16 buts, en a marqué que cinq en plus de se contenter de 67 tirs en près de 14 périodes ont mis de l’huile sur le feu. Ils ont attisé les critiques à l’endroit des joueurs qui semblaient avoir abandonné. Des critiques sur Martin St-Louis à qui plusieurs reprochaient de ne pas avoir secoué ses joueurs en apportant des changements à sa formation.
Des critiques justifiées?
Pas vraiment! À mes yeux, les qualificatifs exagéré et même démesuré seraient d’ailleurs bien plus appropriés tant le Canadien a croisé une équipe qui lui était de beaucoup supérieure en matière d’expérience oui, mais surtout de cohésion, d’implication, de détermination.
Le Canadien a perdu contre une équipe qui s’est fait fermer la porte donnant accès à la finale de la coupe Stanley trois fois au fil des huit dernières années. Une équipe qui a pris les moyens et qui avait les moyens pour éviter de se river le nez sur cette porte une fois de plus.
Le Canadien a perdu contre une meilleure équipe et une équipe qui a mieux joué que lui. C’est aussi simple que ça.
Plutôt que de déplorer le fait que le Canadien n’a tiré que 89 fois en cinq matchs sur la cage défendue par Frederik Andersen, il serait peut-être plus approprié de reconnaître que les Hurricanes ont limité le Tricolore à 89 tirs en cinq matchs. Ce qui est un record, cela dit en passant.
Et voilà que les Canes accèdent à la grande finale avec une fiche de 12 victoires et un seul revers depuis le début des séries. Un exploit que le Canadien, en 1976, est le dernier à avoir réussi.
Comme quoi, c’est peut-être un brin ou deux plus les Hurricanes qui ont gagné que le Canadien qui a perdu…
Au bout du rouleau
C’était déjà un exploit pour le Canadien d’avoir atteint la finale. Oui, le Tricolore a tenu tête au Lightning et plus encore aux Sabres. Oui il a poussé ces deux séries à la limite des sept matchs. Mais ces septièmes parties, le Canadien les a volées. En fait non : Jakub Dobes les a volées.
Mais si Dobes assurait, après la victoire aux dépens des Sabres, qu’il se sentait prêt à disputer encore 40 parties, ses coéquipiers eux ne l’étaient pas. Ils ne l’étaient pas du tout.
Les petits gars avaient donné tout ce qu’ils pouvaient donner. Le gain de 6-2 en lever de rideau de la finale et le fait que les matchs deux et trois se soient décidés en prolongation, ont laissé miroiter le contraire. Mais ce n’était qu’un mirage. Le Canadien n’était simplement pas de taille avec les Canes.
Et non, ce ne sont pas le valeureux Brendan Gallagher ou le très populaire Arber Xhekaj qui auraient changé grand-chose à cette réalité. Encore moins son petit frère Florian.
Et ce n’est pas non plus la décision, par les officiels, de balayer du revers de la main la contestation logée par Martin St-Louis pour obstruction aux dépens de Jakub Dobes sur le premier but des «Canes» qui a changé le cours du match.
On pourra débattre 100 ans sans arriver à faire consensus sur cette contestation.
Mais il n’y aura aucun débat sur le fait que le Canadien a encore été dominé dès le début de la rencontre, qu’il a été blanchi 3-0 au premier tiers, dominé 15-4 au chapitre des tirs au but, et 8-2 au chapitre des bonnes occasions de marquer.
Le ton était donné. Avec les résultats qui ont suivi.
Les images qui résument le mieux le match qui a confirmé l’élimination du Canadien et le fait qu’il était au bout du rouleau sont les occasions ratées en première période par Alex Newhook et en période médiane – en attaque massive – par Cole Caufield. Le héros offensif des séries et le deuxième franc-tireur de la LNH au grand complet ont simplement été incapables de faire dévier la rondelle dans une cage pourtant ouverte devant eux.
Les traits tirés des joueurs du Canadien, le fait qu’ils n’arrivaient plus à contenir, ne serait-ce qu’un peu, leurs adversaires et encore moins à les devancer dans des courses pour des rondelles libres, tout ça prouvait sans l’ombre d’un doute qu’ils étaient à bout de ressources. À bout de force.
Lorsque les petits gars défileront devant les journalistes dimanche, avant de partir profiter de vacances bien méritées, ils lèveront le voile sur bien des petits et gros bobos, peut-être même des blessures qui les auraient gardés hors de la formation en saison régulière, qui aideront à comprendre pourquoi ils n’étaient pas même en mesure de tenter de rivaliser avec leurs adversaires de la Caroline.
La fenêtre s’ouvre à peine
La déception est normale. Elle est compréhensible.
Mais cette déception, une fois dissipée, permettra aux joueurs du Canadien et à leurs favoris surtout de réaliser que la fenêtre d’opportunité pour enfin se rendre à une 25e coupe Stanley s’ouvre à peine.
L’huile jetée sur le feu pour attiser les critiques qui ont déferlé au cours des derniers jours sera ensuite bien mieux utilisée.
« J’espère que l’expérience acquise par les gars dans cette série servira à mettre de l’huile sur le feu dès l’an prochain », a d’ailleurs affirmé un Martin St-Louis qui semblait aussi vidé que ses joueurs.
« Il y a tellement plus de positif à tirer de notre parcours en séries que le résultat du match de ce soir. On est rendu au mois de juin, ça fait sept semaines qu’on vit une expérience sensationnelle. Vous ne pouvez pas imaginer le plaisir que nous avons eu ensemble. Je me souviens la première fois que j’ai été éliminé. C’était en deuxième ronde. Assis dans l’autobus, j’étais en colère. Je me disais que je devrais disputer 82 matchs l’année suivante avant de pouvoir retrouver ce plaisir des séries », a témoigné St-Louis.
Après avoir répété qu’il est impossible de créer artificiellement, l’expérience dont ses joueurs ont profité en séries et surtout l’apprentissage qui en découle, l’entraîneur-chef du Canadien a assuré qu’il avait appris lui aussi.
Quoi au juste?
St-Louis lèvera peut-être le voile dans quelques mois. Car oui, il doit apprendre lui aussi. Rod Brind’Amour n’avait gagné qu’une des 13 parties qu’il avait dirigées en finale d’association avant de croiser le Canadien.
Le voilà rendu à quatre victoires de la coupe Stanley, 20 ans après l’avoir soulevée à titre de capitaine des Hurricanes.
Cela dit, à ceux et celles qui martèlent et martèleront qu’il se devait de modifier son alignement, je vous pose la question suivante : croyez-vous vraiment que Martin St-Louis a refusé de faire appel aux 18 patineurs qu’il croyait être les meilleurs pour lui donner une chance de gagner?
Il faudrait être vraiment malhonnête pour répondre oui!
La tâche de rendre les décisions de l’entraîneur-chef plus difficile à prendre l’an prochain si le Canadien retourne dans le carré d’as revient à Jeff Gorton et son directeur général Kent Hughes.
Car s’il est vrai qu’il manquait de l’expérience au sein de la formation du Canadien, il manquait bien plus un deuxième centre digne de ce titre. Un deuxième centre qui aurait non seulement moussé les chances d’Ivan Demidov de se distinguer à cinq contre cinq, mais aurait aidé Nick Suzuki et le premier trio à se dégager des griffes des Hurricanes.
Maintenant que Martin St-Louis et ses joueurs ont mis un terme à leur saison, le duo Gorton-Hughes commence la leur.
Ils ont déjà accompli beaucoup au fil des dernières saisons mortes en concoctant un noyau qui est un joyau en matière de talent et un plus gros joyau encore en matière de rapport qualité-prix!
Un vrai deuxième centre, un troisième trio avec plus de mordant offensif, un quatrième trio avec plus de mordant tout court, un sixième défenseur à qui les entraîneurs feront confiance plus de huit à dix minutes par match, voilà ce qui devrait être à l’ordre du jour pour l’état-major du Canadien pour les prochains mois.
Sans oublier le repêchage, bien sûr. Mais comme le Canadien n’est plus en mode construction, mais bien en mode finition, la quête de joueurs capables de s’imposer maintenant est plus importante que celle de renflouer la banque d’espoirs.
Ça tombe bien, les spécialistes de la météo nous annoncent un été moche. Gorton, Hughes et leurs adjoints pourront passer plus de temps au bureau.
Bon été!











