MONTRÉAL - Même les partisans les plus convaincus de pouvoir enfin célébrer la 25e conquête de la coupe Stanley de l’histoire du Canadien savaient que cette quête serait difficile.

 

À l’aube du troisième match qui opposera leurs favoris au Lightning de Tampa Bay, cette quête est passée de difficile à très difficile.

 

« Nous allons continuer de nous améliorer »

Comme l’ont prouvé les Bruins de Boston en 2011, une équipe n’est jamais vraiment dans le pétrin avant d’avoir encaissé un revers devant leurs partisans. Battus par les Canucks lors des deux premiers matchs disputés à Vancouver, les Bruins avaient gagné les matchs trois, quatre et six au Garden avant d’aller ravir la coupe des mains de Roberto Luongo et de ses coéquipiers des Canucks sous les yeux médusés de leurs partisans qui avaient ensuite saccagé le centre-ville de Vancouver histoire d’évacuer leurs frustrations.

 

Le Canadien n’est donc pas encore dans trouble.

 

Il est certainement en moins bonne posture qu’il ne l’était à ses retours de Toronto et Vegas alors que les séries l’opposant aux Leafs et aux Knights étaient égales 1-1. Il l’est beaucoup moins qu’après ses deux victoires arrachées à Winnipeg en route vers le balayage des Jets qui a suivi.

 

Mais il n’est pas dans la vase jusqu’aux genoux.

 

Il doit toutefois trouver une façon de gagner le match de vendredi sans quoi il s’enlisera dans la vase jusqu’au cou. Et du coup, la quête de rapatrier la coupe Stanley pour la première fois depuis 1993 passera de très difficile à improbable, voire à impossible.

 

Je sais! Le Canadien a comblé un recul de 3-1 en première ronde aux dépens des Maple Leafs de Toronto pour franchir la première ronde et se servir de cette remontée victorieuse comme tremplin qui l’a propulsé en grande finale.

 

Avantage Vasilevskiy

 

Mais au risque de décevoir les fans du Tricolore et de choquer ceux des Leafs, le Lightning forme une bien meilleure équipe de hockey que les Maple Leafs. Ils comptent sur des leaders aussi talentueux, mais avec beaucoup plus de caractère. Ils comptent sur une brigade défensive bien plus solide en défensive et bien plus menaçante en attaque. Ils comptent sur des joueurs de soutien bien plus efficace que ceux des Leafs.

 

Qu’est-ce que j’oublie?

 

Ah oui! Ils comptent aussi sur un bien meilleur gardien que les Leafs. Andreï Vasilevskiy est non seulement meilleur que Jack Campbell – c’est presque une insulte au gardien du Lightning de l’associer au portier des Leafs dans une même phrase – mais il est le meilleur gardien de la LNH au grand complet actuellement.

Il l’a prouvé plusieurs fois depuis le début des séries alors qu’il a su «sauver» ses coéquipiers qui ne l’avaient pas un soir donné ou qui ont simplement décidé de prendre congé un autre match donné.

 

Il l’a prouvé encore mercredi alors qu’il a offert une performance du tonnerre avec ses 42 arrêts. Bon! Les 43 tirs du Canadien n’étaient pas tous menaçants, mais Vasilevskiy a réalisé assez d’arrêts importants et opportuns pour empêcher le Canadien de gagner.

 

Après deux matchs, il a limité le Canadien à deux buts malgré 62 tirs. Pour l’instant, Vasilevskiy gagne le duel qui l’oppose à Carey Price.

 

Il faudra des buts ping-pong pour battre Vasilevskiy

De fait, Vasilevskiy a gagné ses dix derniers matchs face au Canadien. Au cours de cette séquence, il a signé deux jeux blancs, maintenu une moyenne de 1,69 but alloué par partie et une efficacité de 94,9 %.

 

Rien que ça!

 

Le Canadien et ses partisans ont appris à leurs dépens mercredi ce qu’un gardien au sommet de sa forme et de son art peut faire pour mener son équipe à la victoire. En fait, les joueurs du Tricolore ont vécu ce que Carey Price a fait vivre à répétition aux joueurs d’autres formations qui ont retraité au vestiaire après une défaite en se disant : «Simonac ! On les a mangés tout rond et on aurait dû gagner... »

 

« Le Canadien nous a dominés dans toutes les facettes du jeu ce soir. Particulièrement en deuxième période. À l’exception d’un joueur, nous n’avons pas joué au niveau que nous en sommes capables. Andreï est la pierre d’assise de notre équipe et il l’a prouvé encore ce soir. Nous aurions aimé lui rendre la vie plus facile, mais au contraire : on lui a compliqué les choses. Il est la seule raison qui explique notre victoire », a lancé le défenseur Ryan McDonagh en se tournant vers son gardien assis à sa gauche lors de la première vague d’entrevues d’après-match mercredi.

 

Douze ans, jour pour jour, après la transaction qui l’a fait passer du Canadien aux Rangers de New York – en compagnie de Chris Higgins, Pavel Valentenko et Doug Janik – en retour de Scott Gomez, Tom Pyatt et Michael Busto – McDonagh a contribué au seul but du Canadien alors qu’il a raté un dégagement pendant que lui et ses coéquipiers écoulaient un désavantage numérique. Nick Suzuki en a profité pour surprendre Vasilevskiy avec un tir anodin que le gardien n’a jamais vu arriver.

 

McDonagh s’est toutefois bien repris.

 

En toute fin de deuxième, c’est lui qui a profité du mauvais échange et de rondelle et d’un brin de nonchalance de la part de Shea Weber et Phillip Danault pour amorcer une poussée qui s’est complétée par le but de but de Blake Coleman, qui a plongé pour faire dévier une passe de Barclay Goodrow.

 

Un but marqué avec moins d’une seconde à faire à la période médiane que le Canadien avait totalement dominée et au cours de laquelle il avait nivelé les chances. Un but qui a fait très mal on en conviendra tous. Du moins j’espère…

 

Gaffes coûteuses, éveil de Suzuki

 

Le Canadien aurait effectivement pu gagner le deuxième match de la grande finale.

 

Le CH a réparé des erreurs en faisant des erreurs

Compte tenu du retour en forme, en force et en confiance de Nick Suzuki qui avait été éclipsé lors du premier match, considérant l’intensité déployée par le Canadien contre des joueurs des « Bolts » qui ne l’étaient pas du tout, ou pas assez pour rivaliser avec leurs adversaires venus de Montréal, considérant les 43 tirs cadrés sur la cage défendue par Vasilevskiy et les 67 tirs décochés, le Canadien aurait même dû gagner.

 

Mais il a perdu. Il a perdu en raison de deux erreurs bêtes sur les deuxième et troisième buts des «Bolts». Cette équipe est déjà tellement fort qu’il est suicidaire de lui offrir en cadeaux des occasions de marquer qu’ils transformeront facilement en buts. Bien plus facilement que les Leafs, les Jets et le Knights.

 

Gagner un match que tu aurais dû perdre, ça donne de la mine dans le crayon. Perdre un match que tu aurais pu et dû gagner, c’est susceptible de casser la mine du dit crayon.

 

Double défi pour Ducharme

 

Et c’est là le plus gros défi qu’aura à relever Dominique Ducharme dans la préparation de son équipe qui retrouvera ses partisans vendredi soir. Les 3500 qui les encourageront dans les gradins et les dizaines de milliers d’autres qui les encourageront autour du Centre Bell.

 

Ducharme peut-il apporter l'étincelle nécessaire

Ducharme devra arriver à faire oublier à ses joueurs qu’ils n’ont pas été en mesure de profiter du fait que le Lightning a disputé un très mauvais match mercredi soir. Leur pire match des séries selon les observations très honnêtes d’un membre de l’organisation.

 

Une observation que l’entraîneur-chef Jon Cooper a s’est assuré d’atténuer dans ses commentaires d’après-match.

 

« Nous n’avons pas joué à la hauteur de notre potentiel, mais vous ne viendrez pas me dire que mon équipe a simplement été mauvaise. On affronte un club qui est en finale de la coupe Stanley. Tu n’atteins pas la grande finale pas un coup de chance. On affronte une très bonne équipe de hockey et cette équipe, par la qualité du jeu qu’elle a offert ce soir, est responsable du fait que n’avons pu être aussi bons que nous sommes capables de l’être. On a dominé le premier match. Ils nous ont donné beaucoup plus d’opposition ce soir. Ce sera à nous de revenir plus fort lors de la troisième partie », que Cooper a indiqué mercredi.

 

Je veux bien...

 

Mais si le Canadien n’a pas été en mesure de venir à bout d’une équipe qui était « flatte » comme un Sprite qui avait passé la journée sous le soleil de Tampa, comment pourra-t-il y arriver alors que cette équipe devrait être nettement meilleure lors de la prochaine rencontre? Ne serait-ce que pour remercier son gardien?

 

Il faudra que Ducharme, à son retour derrière le banc, imite ce que Cooper a fait lors des deux premières parties et profite à son tour de l’avantage de la patinoire pour obtenir les confrontations les plus susceptibles d’aider la cause de son équipe.

 

Brayden Point et Nikita Kucherov ont été très ordinaires mercredi. On pourrait même indiquer que selon leurs paramètres d’efficacité, ils ont été très effacés. Presque absents.

 

Tout comme Steven Stamkos qu’on a vu attendre des passes qui ne sont jamais venues. Pour le reste, rien... ou pas grand-chose.

 

L’absence d’Alex Killorn prive l’attaque du Lightning d’un joueur qui est très utile non seulement pour sa contribution offensive, mais pour l’élan qu’il sait donner à ses coéquipiers en jouant avec un entrain et une énergie contagieuse.

 

Il faudra donc que Ducharme trouve et maintienne les combinaisons qui maximiseront les chances du Canadien d’éviter le retour en force des gros canons des Bolts. C’est là qu’on verra à quel point Jon Cooper est un fin stratège.

 

Luke Richardson a essuyé bien des critiques parce qu’il a été incapable de contrecarrer le plan de son adversaire. On a beaucoup parlé du manque d’expérience de Richardson. On a imputé à cette inexpérience, le fait qu’il ait terminé deuxième dans le duel de coach.

 

Le dernier changement favorisant Cooper a joué un rôle bien plus prépondérant dans l’équation que le manque d’expérience de Richardson.

 

Et c’est à Montréal, alors qu’il n’aura pas le dernier mot, qu’on pourra vraiment évaluer si Cooper est en mesure d’en passer des petites vites aux coaches du Canadien. Peu importe leur nom.

 

En plus de s’imposer face à son adversaire du Lightning qui est très expérimenté – Cooper compte le plus d’expérience en continu derrière le banc de son équipe en ce moment dans la LNH – Dominique Ducharme devra convaincre ses joueurs qu’ils sont vraiment en mesure de rivaliser avec ceux du Lightning.

 

Ce qui est impossible selon moi dans un contexte où les deux formations jouent à leur plein potentiel. Dans le cadre où les deux gardiens se dressent devant leurs buts comme ils en sont tous deux capables.

 

Mais si le Lightning ouvre ne serait qu’un petit brin la porte en disputant un match moins que parfait, le Canadien devra en profiter.

 

Car s’il perd vendredi et qu’il doit faire face à l’élimination lundi, la coupe Stanley effectuera alors sa seule visite de l’année au Centre Bell. Elle y sera pour être soulevée par le Lightning qui pourrait balayer la série. Dans l’éventualité d’une victoire du Canadien, la coupe suivra les deux équipes à Tampa pour le match cinq... mais n’en repartira pas!

 

Le Canadien n’a pas le choix : il doit gagner vendredi.