SHERBROOKE – À première vue, Olivers Murnieks a tout du jeune prodige qui, grâce à son talent, s’est tracé une longue ligne droite vers le succès pérenne. Il jouait avec et contre des hommes à l’âge de 14 ans, a égalé une marque partagée par Connor McDavid, Sidney Crosby et Connor Bedard à 16 ans et pourrait être un choix de première ronde dans la Ligue nationale à 18 ans.
Mais le nouvel attaquant des Sea Dogs de Saint John n’a pas accompli tout ça sans devoir apprendre de douloureuses leçons en chemin. En entretien avec RDS, le Letton qui s’est mis sur la mappe au dernier Championnat du monde junior s’est confié sur les épisodes d’adversité qui ont forgé son caractère.
Murnieks avait 15 ans quand il a frappé son premier mur. « De 10 à 14 ans, personne n’osait me contrarier, raconte-t-il avec une franchise rafraîchissante. J’étais toujours le meilleur joueur de mon équipe. Si je faisais une erreur, il n’y avait pas de conséquence. »
Quand il s’est engagé avec le HK Mogo, un club de première division dans son pays natal, Murnieks s’est retrouvé sous les ordres de l’entraîneur Girts Ankipans, qui avait jadis dirigé le Dinamo de Riga en KHL. « Je savais qu’il était dur parce que mon frère avait déjà joué pour lui, mais on m’avait dit qu’il s’était calmé un peu. Ça a été une expérience... différente! »
En saison régulière, l’adolescent a surtout été utilisé au sein des deux premiers trios de l’équipe. Mais en séries, ses performances ont décliné et son capital de sympathie auprès de son entraîneur a suivi la même courbe. « Au troisième match de la demi-finale, je suis descendu sur le troisième trio. Ça ne m’a pas dérangé, je voulais juste aider l’équipe. J’ai commencé la finale sur le premier trio, mais à partir du troisième match de la série, je n’ai plus joué. »
« Du premier trio aux gradins, ça fait une bonne histoire, n’est-ce pas? », arrive-t-il à dédramatiser avec le recul.
La pilule a bien passé parce que Mogo a éventuellement remporté les grands honneurs et Murnieks a aussitôt redirigé son attention sur les Championnats du monde des moins de 18 ans pour lesquels il avait été convoqué. Mais il n’a jamais oublié ce jour où il a été confronté à la rude réalité : « Si tu ne joues pas bien, tu vas juste finir par être mis de côté. Ça ne m’était jamais arrivé avant. Ça m’a ouvert les yeux et aujourd’hui j’en suis très reconnaissant. »
Le plus haut, le plus bas
Murnieks s’est fait connaître du grand public l’hiver dernier à Ottawa. Au Mondial junior, il faisait partie de cette belle bande de négligés qui ont renversé les hôtes en ronde préliminaire. L’expérience a été particulièrement marquante pour lui parce que malgré son jeune âge, il s’est vu confier un rôle de premier plan dans les succès offensifs de l’équipe qui a aussi donné la frousse à la Suède en quarts de finale.
« Je n’ai jamais joué dans un tournoi plus incroyable que celui-là », s’émerveille-t-il encore plusieurs mois plus tard.
À la fin des courses, il avait amassé quatre points en cinq matchs, une récolte que seulement six joueurs avant lui avaient pu égaler, au même âge, dans l’histoire de la compétition.
Murnieks a quitté la capitale canadienne sur un nuage dont il est toutefois rapidement tombé. Quelques mois plus tard, il a rejoint son équipe nationale, cette fois pour participer aux Mondiaux U18. Il s’attendait à y faire la pluie et le beau temps, mais il a passé le tournoi sous un gros nuage gris.
« J’ai été horrible à ce tournoi, rien n’a fonctionné pour moi. Les séries avec mon équipe junior avaient pris fin le lundi et je crois que notre premier match contre la Norvège était le mardi. J’étais vraiment fatigué, je sentais que je n’avançais pas sur la glace et j’ai commencé à perdre patience. Si je ratais une passe ou une occasion de marquer, je me fâchais. »
« J’avais l’impression de laisser tomber mon pays. Et une fois, j’ai commis l’erreur d’aller lire quelques commentaires à mon sujet. Disons que ce n’était pas très flatteur. Ça m’a mis dans tous mes états. C’est une autre leçon que j’ai apprise cette fois-là. Ça ne sert à rien de se laisser affecter par des gens qui ne savent pas de quoi ils parlent. Maintenant, si je connais un ou deux mauvais matchs, j’essaie d’oublier ça et j’avance. Je ne m’apitoie plus sur mon sort. »
Devancer Girgensons
La saison dernière, Murnieks évoluait avec les Musketeers de Sioux City en USHL, le meilleur circuit junior aux États-Unis. Durant le temps des Fêtes, son coéquipier en équipe nationale Eriks Mateiko a commencé à lui vanter les mérites de l’organisation des Sea Dogs. Puis vers la fin de l’année, son agent l’a mis au parfum de l’intérêt de certaines équipes canadiennes à son endroit.
Il a commencé par se dire que le gazon n’était pas nécessairement plus vert chez le voisin. Il savait qu’il serait apprécié à sa juste valeur à sa deuxième saison avec les Musketeers. Un changement de scénario ne lui offrait aucune garantie.
« Mais plus je prenais le temps d’y penser, plus cette possibilité devenait attrayante pour moi », explique-t-il. À l’aube de sa première année d’admissibilité au repêchage de la LNH, il s’est dit que la Ligue canadienne de hockey lui offrirait une meilleure visibilité auprès des recruteurs. Finalement, il a été repêché par les Sea Dogs au sixième rang du repêchage européen.
Ses inquiétudes quant aux responsabilités qu’on lui confierait se sont vite dissipées. Comme c’était le cas à Sioux City, c’est vers lui qu’on se tourne à Saint John quand on a besoin d’un gros but ou de remporter une mise en jeu importante. Son nouveau coéquipier Zachary Morin est à ce point impressionné qu’il le décrit comme une version 2.0 de Mateiko, qui poursuit aujourd’hui son apprentissage dans l’organisation des Capitals de Washington.
« Je crois qu’on est des joueurs différents, réagit timidement Murnieks lorsqu’on le confronte à cette comparaison. [Mateiko] est plus gros et plus fort que moi. C’est un attaquant de puissance avec un lancer foudroyant. Je me vois plus comme un joueur polyvalent qui peut faire plein de petites choses pour aider son équipe. »
Parmi ses principaux atouts, l’attaquant de 6 pieds 1 pouce et 190 livres énumère sa prise de décision, son talent de fabricant de jeu (il a un but et huit mentions d’aide en dix matchs cette saison) et sa capacité à s’adapter à différentes situations. Dans son premier relevé publié lundi, la Centrale de recrutement de la LNH lui a assigné une cote de C, ce qui veut dire qu’elle le considère comme un espoir de quatrième ou cinquième ronde au prochain repêchage.
Murnieks a d’autres plans. Son objectif avoué est de devenir le Letton sélectionné le plus tôt à l’encan de la LNH. La distinction appartient pour l’heure à Zemgus Girgensons, que les Sabres de Buffalo avaient choisi avec le 14e choix en 2012.



