BROSSARD – La vie est parfois drôlement faite. William Trudeau a commencé cinq saisons entre les quatre murs du complexe d’entraînement du Canadien, d’abord avec un rêve lointain en tête, plus tard avec l’espoir concret d’y être réinvité en cours d’année. Cet appel n’est jamais venu.
Il aura fallu un échange, puis un passage par le ballottage, mais Trudeau est finalement sur le point de jouer un premier match au Centre Bell. L’ancien numéro 84 du Rocket de Laval, qui porte désormais les couleurs des Predators de Nashville, vient d’être baptisé dans la Ligue nationale avec des missions contre les Stars de Dallas et les Maple Leafs de Toronto.
L’entraîneur-chef Andrew Brunette n’a rien confirmé, mais le natif de Varennes semble bien positionné pour aligner une troisième titularisation et affronter son ancienne équipe jeudi soir (19 h à RDS).
« C’est un jeune très compétitif, a dit Brunette. Il se bat pour chaque rondelle et il bouge bien. Je crois aussi qu’il a un plus grand potentiel offensif que ce qu’il démontre jusqu’à maintenant. Je crois qu’il est encore en train d’assimiler notre système, mais déjà on voit qu’il se bat pour ses coéquipiers et il travaille fort. On est chanceux de l’avoir. »
Trudeau était radieux dans le vestiaire des Preds mercredi. On le serait pour moins que ça. En fin de semaine dernière, après la victoire contre Dallas, le capitaine Roman Josi lui a remis le casque destiné au joueur du match. Hier soir, il a passé une bonne partie de sa soirée à tenter de contrer le trio de John Tavares et William Nylander. On est loin d’un vendredi soir à Utica ou d’un dimanche après-midi à Belleville.
Après avoir joué 275 matchs dans la Ligue américaine, les astres se sont alignés pour l’ancien choix de quatrième ronde du CH, qui avait d’abord été échangé aux Rangers de New York cet été en retour de Brett Berard. Il profite du moment sans entretenir la moindre amertume envers ses anciens patrons.
« Vous en parlez tout le temps à quel point il y a beaucoup de monde, beaucoup de défenseurs et aussi d’attaquants [avec le Canadien] et même à Laval, a-t-il rappelé aux journalistes venus prendre de ses nouvelles. J’ai été ailleurs et il y a eu un spot pour moi. »
« Moi, je croyais en mes chances, et je crois encore en mes chances, de jouer dans la Ligue nationale. Je n’irai pas jusqu’à dire que Montréal ne croyait pas en moi. C’est une question d’opportunité et de timing. Ce n’est pas partout la même situation qu’à Montréal », observe celui qui forme présentement la troisième paire d’arrières des Predators avec le Suédois Adam Wilsby.
Jonathan Marchessault se reconnaît dans l’histoire de Trudeau. Lui-même a dû manger son pain noir dans l’antichambre de la LNH avant que les Panthers de la Floride, puis les Golden Knights de Vegas ne lui offrent la plateforme pour s’établir en permanence dans la cour des grands.
« Maintenant dans le monde du hockey, c’est tout le temps “Ah, ce gars-là c’est un gros prospect”. On lui donne deux ans au collège, il s’en vient, il est rendu sur le deuxième trio, sur l’avantage numérique, il a toutes les chances du monde. Des gars comme Will, ça grind, ça grind et il a eu son opportunité. »
« C’est ça que ça prend des fois. Ça prend une organisation qui croit en toi, qui te donne une chance et toi tu la saisis. Je pense qu’il va être capable d’avoir une belle carrière. »
— Marchessault
Récemment, pendant le camp d’entraînement, Martin St-Louis avait disserté sur la précarité d’une place dans la Ligue nationale où, pour plusieurs joueurs, rien ne compte plus que ce que tu feras demain. « Entre jouer un match dans la LNH et devenir un joueur régulier, il y a encore un autre niveau », avait prévenu le pilote du Canadien.
L’avertissement pourrait s’appliquer à Trudeau, qui a encore beaucoup de travail à faire avant d’être à l’abri d’une rétrogradation. Mais il a certainement mérité qu’on le laisse profiter un peu de son moment.
« En général, je ne vois pas trop loin en avant et même en arrière. Je suis concentré sur le moment présent, je prends ça une journée à la fois. Il y a des décisions que ce n’est pas moi qui prends. Je me concentre sur ce que je peux faire. »