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Les détours de la vie de Samuel Poulin

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Une température moyenne avoisinant les 30 degrés en janvier, un emplacement de choix à deux heures de Los Angeles et de plusieurs parcs nationaux ainsi qu’une scène culturelle locale vibrante : Bakersfield est un endroit où il fait bon vivre, sur papier, pour un hockeyeur.

Mais lorsqu’on est à plus de 4000 kilomètres de Montréal, le temps peut parfois s’avérer long quand il n’y a pas de membre de sa famille ou de fidèle ami à côtoyer, ne serait-ce que pour changer le mal de place, l’instant d’une soirée. Après avoir vécu cette vie pendant 52 matchs la saison dernière, l’attaquant québécois Samuel Poulin jugeait en avoir fait le tour.

C’est donc pourquoi il n’y a « pas pensé deux fois » à partir du moment où les Canadiens de Montréal lui ont offert un contrat d’un an, à deux volets, le 1er juillet dernier. Et même s’il savait que ses chances de percer la formation étaient minimes et qu’il passerait, en fin de compte, la totalité de la campagne avec le Rocket de Laval, Poulin s’est empressé de signer.

« J’ai été échangé (en décembre 2025, par l’organisation des Penguins de Pittsburgh à celle des Oilers d’Edmonton, NDLR) et j’ai trouvé ça dur d’être loin aussi longtemps de ma famille, de mes amis, a récemment raconté le jeune homme de 25 ans, en entrevue à RDS.ca, après un entraînement du Rocket à la Place Bell. [Bakersfield] c’est bien beau, il fait chaud, on est bien, mais je me sentais un peu isolé. C’est sûr que je voulais me rapprocher.

« Je ne tenais pas nécessairement à me joindre au Rocket, dans le sens je voulais être à une distance raisonnable de deux ou trois heures de route de la maison. Quand les Canadiens et le Rocket m’ont approché, c’était encore mieux, parce que c’est mon équipe de jeunesse. J’ai grandi ici. Les Canadiens, c’était un rêve, comme n’importe quel petit Québécois qui joue au hockey. C’était encore mieux que d’être proche de la maison. J’y étais pour jouer! »

Poulin a eu la chance de disputer deux rencontres préparatoires, marquant un but, avec le Tricolore avant d’être cédé, sans surprise, au Rocket. Il fait partie d’une imposante cohorte de nouveaux joueurs, mais il n’a pas mis beaucoup de temps avant de se sentir confortable.

« C’est une super belle gang. L’ambiance est déjà incroyable, même si ça fait juste quelques matchs qu’on joue, a-t-il avoué. Je suis vraiment emballé d’être dans cette organisation-là. J’y vais une journée à la fois, mais honnêtement, c’est le fun d’être à l’aréna, venir pratiquer, quand tu sais que les boys sont cools, que le coaching staff est le fun aussi. On travaille fort dans les pratiques. Il y a de la belle compétition, ça nous pousse juste à devenir meilleurs. »

Ce plaisir de sortir de la maison pour se rendre à l’aréna, c’est fondamentalement ce que recherche celui qui avait quitté les Penguins de Wilkes-Barre/Scranton pendant la saison 2022-2023 en raison de problèmes de santé mentale. Après avoir fait une sortie publique dans une vidéo sur Instagram en janvier 2025, il assure que « tout est vraiment plus stable ».

« J’ai retrouvé le plaisir de jouer au hockey comme lorsque j’avais sept ou huit ans, a expliqué Poulin. Comme lorsque tu es avec tes amis et que tu as du plaisir seulement à cause de ça. Ça fait vraiment du bien d’être dans cet état d’esprit là et de ne pas avoir à me pousser continuellement à aller à l’aréna, alors que ça ne me tentait tout simplement pas. »

« Je me sens ailleurs. Je suis content d’avoir vécu ça, d’une certaine manière, a-t-il ajouté. Ça m’a tellement appris de choses et j’ai beaucoup plus d’outils pour naviguer à travers tous les problèmes de la vie. Mon état d’esprit par rapport au hockey, c’est le jour et la nuit. »

Poulin ne regrette d’ailleurs pas un seul instant sa décision de quitter son équipe en plein cœur de saison et d’avoir ensuite partagé au monde entier la souffrance qui le tenaillait. Sa sortie a trouvé un écho chez monsieur et madame Tout-le-monde, et l’attaquant a reçu plusieurs témoignages de gens ordinaires qui se sont dits vraiment inspirés par ses propos.

« Au début, j’avais de la difficulté à mettre des mots sur ça et, surtout, à comprendre tout ce qui m’arrivait, a-t-il précisé. Il y a des athlètes connus qui n’ont aucune idée de qui je suis qui m’ont inspiré. En regardant leurs diverses publications sur les réseaux sociaux, ils m’ont ensuite inspiré à continuer d’en parler, à effectuer des démarches pour chercher à aller mieux et finalement, à consulter pour prendre soin de moi à 100 pour cent.

« Je me disais que si ces personnes-là ont eu un impact sur moi et qu’elles n’en ont aucune idée, de l’autre côté, je me disais que je pourrais faire la même chose pour quelqu’un que je ne connais pas, mais qui pourrait m’idolâtrer. Quand j’étais jeune, les joueurs des Canadiens, c’étaient des héros pour moi. Je me dis qu’il y a peut-être un jeune qui me regarde, qui a des problèmes de santé mentale et que mon exemple va l’inspirer à faire quelque chose, à aller chercher de l’aide. C’est important d’en parler pour montrer que ce n’est pas un signe de faiblesse, bien au contraire. C’est un signe de force et de combativité. »

Poulin y va une journée à la fois, et si son bien-être demeure au centre de ses priorités, il n’a toujours pas fait une croix sur son rêve de jouer de manière régulière dans la Ligue nationale de hockey. Jusqu’à ce jour, il a goûté à quinze rencontres éparpillées sur quatre campagnes.

« Je te mentirais si je te disais que mon but, c’était de ne pas [jouer] à Montréal. Je pense que c’est la réalité de plusieurs d’entre nous, ici à Laval, a conclu Poulin. Mais je vis dans le moment présent et, en ce moment, je suis à Laval, et mon énergie est à 100 pour cent ici pour aider cette équipe-là à gagner. Donc, présentement, les Canadiens, je n’y pense pas.

« Je veux mettre mon énergie à la bonne place et j’aurais beau penser aux Canadiens en ce moment, mais ça ne servirait à rien de dépenser de l’énergie pour ça. J’essaie juste d’être le meilleur coéquipier possible et le meilleur joueur possible pour aider le Rocket à gagner. »

Poulin ne sait évidemment pas jusqu’où tous ces détours de la vie vont le conduire, mais il y a toutefois une chose dont il est convaincu : il sera parfaitement outillé pour les emprunter.