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Défi footballistique et dépaysement total au Bangladesh

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MONTRÉAL – Comment sort-on de sa zone de confort quand on parle cinq langues et que notre carrière nous a déjà mené en Argentine, au Chili, au Panama, en Grèce et au Belize? L’entraîneur de soccer québécois Julio Moreno s’est posé la question. Il a trouvé sa réponse au Bangladesh.

Moreno, un gars de Brossard qui a grandi sur les mêmes terrains que Patrice Bernier, Patrick Leduc et Gabriel Gervais, est installé dans son nouveau pays d’adoption depuis une douzaine de jours quand il nous accueille virtuellement dans son appartement. Il est 9 h 30 au Québec, 19 h 30 à Dacca, la capitale. Par la fenêtre derrière lui monte de la rue l’air de la prière de la nuit, l’un des cinq moments de recueillement quotidiens dans cette nation majoritairement musulmane.

Même pour un voyageur expérimenté comme lui, le dépaysement est total.

« Je veux dire, il y en a du monde! », s’étonne encore notre interlocuteur.

« Avant de venir ici, je travaillais au Belize, qui compte environ 400 000 habitants. Là, j’arrive dans un pays de 170 millions d’habitants... si c’est pas plus! Honnêtement, des fois je me demande s’ils ont bien compté! »

—  Moreno

Deux questions bien simples s’imposent quand quelqu’un ose emprunter une avenue aussi atypique : « pourquoi? » et « comment? ».

Plusieurs lecteurs se reconnaîtront dans la première réponse. Depuis le début de sa carrière d’entraîneur, Julio Moreno avait touché à un paquet d’aspects de son métier dans toutes sortes de conditions. Il avait redressé un programme universitaire à Sherbrooke, avait renoué avec ses racines chiliennes dans un rôle d’adjoint, avait accompagné d’anciens joueurs vedettes dans un mandat en Grèce, avait entraîné des équipes de jeunes filles au CF Montréal et avait remporté son premier championnat au pays de Michael Salazar.

Il était mûr pour un autre défi. « Je n’avais jamais été entraîneur-chef en première division. C’était mon objectif. J’avais été adjoint pendant dix ans et je me suis dit que c’était le moment. Je voulais prendre les commandes d’une équipe professionnelle en première division. »

Une erreur au Panama, un championnat au Belize Entrevue de Nicolas Landry avec l'entraîneur québécois Julio Moreno qui a entraîné dans plusieurs pays à travers le monde.

Puisque aucune porte ne s’est ouverte au Canada, Moreno a utilisé ses contacts. Comme un joueur qui envoie par courriel une compilation de ses plus beaux jeux à des recruteurs, il s’est connecté au réseau social LinkedIn et s’est glissé dans la messagerie privée de personnes d’intérêt. Un agent basé en Asie lui a éventuellement proposé le poste d’entraîneur du Chattogram City FC, un club bangladais nouvellement promu en première division.

« Je voulais vraiment sortir de ma bulle, aller essayer quelque chose ailleurs sur un autre continent et grandir en tant qu’entraîneur. J’aurais peut-être pu trouver autre chose si j’avais été plus patient, mais à ce moment-là c’était ma seule offre. Ils m’ont dit qu’ils avaient besoin de moi, j’ai dit : “Ok, je m’en viens!” »

« C’est toute une aventure! »

Quand Moreno est arrivé à destination, il s’attendait à opérer une transition fluide pendant laquelle il pourrait faire la connaissance de ses joueurs, les amener à un bon niveau de condition physique et leur présenter ses principes tactiques. Il a fait le saut quand il a réalisé que son équipe avait déjà un match de joué. Sans entraîneur et privé de ses cinq joueurs étrangers, Chattogram City a célébré son ascension en première division avec une défaite de 6-0.

Le nouveau « prof » s’est mis au boulot dans des conditions qui, franchement, l’ont impressionné. Son groupe s’entraîne sur un complexe qui héberge trois clubs de la ligue en plus de l’équipe nationale. À travers son regard expérimenté, les surfaces gazonnées passent le test. Il aime aussi la qualité qu’il retrouve dans son effectif, principalement composé de joueurs locaux en plus de deux Népalais, un Égyptien, un Nigérian et un Japonais.

Jusque-là, donc, rien pour déstabiliser le nouvel arrivant. Son adjoint a l’expérience du club et a longtemps joué dans le pays. Son aide facilite l’adaptation du Québécois.

« C’est sûr qu’il y a des trucs à changer, des habitudes culturelles qu’il faut améliorer, comme dans tous les pays. Mais honnêtement, pour le moment, la communication se fait assez bien. »

Il y a aussi des choses pour lesquelles rien ne peut vous préparer. L’une des réalités les plus inusitées de la nouvelle vie de Moreno, c’est que son équipe est basée, on vous l’a dit plus tôt, dans la capitale. La ville de Chattogram, qu’elle représente et où elle joue ses matchs locaux, est située à trois heures d’autobus au sud.

Ça, c’est quand il n’y a pas de trafic. Et Moreno ne passe pas par quatre chemins :

« Tu ne veux pas vivre le trafic ici! »

—  Moreno

Pour son premier déplacement, l’équipe est arrivée au stade dans les délais attendus. Mais le retour s’est fait en six heures, le double de la durée normale. « C’est long, mais les choses que je vois! », relativise Moreno. « La première chose qui m’a frappée, c’est quand j’ai vu un train passer avec plein de gens qui s’accrochaient sur le toit. Ils voyageaient comme ça, assis “sur” le train! »

Le grand nomade raconte aussi la fois où le chauffeur de l’autobus a pris la mauvaise sortie sur l’autoroute. « Il a décidé d’arrêter l’autobus et de reculer pendant un bon 200 ou 300 mètres. Des voitures passaient à côté, un autre autobus qui devait aller à 100 miles à l’heure nous a presque touchés. J’aurais pu mourir! »

« Je prends une chance en venant ici au Bangladesh, je vais te le dire! C’est toute une aventure », lance-t-il en constatant notre étonnement.

Son sourire transperce l’écran. Bien sûr, Julio Moreno aurait aimé trouver un poste dans une ligue mieux coté, dans un environnement qu’on associe davantage au sport qui fait battre son cœur. Mais à quelque part, ce « bordel total » qu’il a trouvé à l’autre bout du monde correspond d’une autre façon à tout ce qu’il recherchait.