Soccer
soccerOpens in new window

La fascinante résurrection de « Jack Mac »

Publié le 

LAVAL – Le coup de sifflet de l’entraîneur Nick Razzaghi vient de signaler la fin de l’entraînement lundi matin au Stade Boréale. Pendant que ses coéquipiers quittent le terrain, Jack McInerney déloge un but et le pousse vers les lignes de touche. En revenant, il empoigne un sac de ballons., le passe par-dessus son épaule et prend à son tour la direction du vestiaire

« C’est le passage obligé pour toutes les recrues, n’est-ce pas Jack? », lui crie Razzaghi en riant. McInerney répond avec un subtil sourire en coin. Il est effectivement le petit nouveau dans l’environnement du Supra, mais il n’a rien d’une recrue ordinaire.

Le nom vous dit probablement quelque chose. Oui, c’est le même « Jack Mac » qui a porté les couleurs de l’Impact de Montréal lors des saisons 2014 et 2015. Il a aidé l’équipe à remporter le Championnat canadien, a marqué un but en Ligue des champions de la CONCACAF et a livré, à sa première année en Bleu-blanc-noir, des statistiques sensiblement similaires à celles de Marcio Di Vaio.

À 34 ans – le même âge que son nouvel entraîneur - il a plus de vécu chez les pros que tous ses coéquipiers combinés. Actif chez les professionnels depuis l’âge de 17 ans, il a joué un total de 175 matchs pour cinq clubs de MLS.

Mais comment diable s’est-il retrouvé là, dans une équipe qui ne compte qu’un seul autre trentenaire dans ses rangs, pour laquelle l’identité québécoise est un critère d’embauche, six ans après avoir joué son dernier match chez les professionnels?

L’histoire que l’increvable attaquant nous raconte, attablé à l’intérieur du Centre sportif Bois-de-Boulogne à Laval, est fascinante.

Cinq ans sans ballon

Peu de temps après être arrivé à Montréal dans un échange qui envoyait Andrew Wenger à l’Union de Philadelphie, McInerney s’est amouraché d’une Québécoise. Le couple a eu son premier enfant en 2016, entre la fin d’un passage du nouveau papa aux Timbers de Portland et le début d’un autre au Galaxy de Los Angeles.

McInerney se préparait à voir naître son troisième enfant quand la pandémie de COVID-19 est venue semer le bordel dans le déroulement des championnats sportifs partout dans le monde. Il était sans contrat et les options ne pleuvaient pas.

« Je ne voulais pas signer juste pour signer n’importe où et manquer la naissance de mon fils. J’ai décidé de rester à la maison pour attendre de voir ce qui pourrait se présenter à moi, mais il n’y a rien eu et je ne suis jamais reparti. »

Avant même d’avoir 30 ans, dans un pays qui n’était pas le sien, l’ancien golden boy du soccer américain est devenu un père au foyer. Et pendant les cinq années suivantes, il n’a pas touché à un seul ballon. Pas de match d’ancien, pas de ligue de bière. Il ne s’est même pas approché d’un terrain pendant deux ans, jusqu’à ce que sa fille aînée soit assez vieille pour commencer à jouer.

Il l’a inscrite au CS Saint-Laurent. Des parents l’ont reconnu et lui ont demandé de s’impliquer comme entraîneur. « Et tu sais ce que c’est, les ligues de jeunes, je me suis mis à rencontrer un paquet de monde, j’ai revu des anciens coéquipiers, je continue de me faire reconnaître. Et un jour, j’ai fait la connaissance de Rocco. »

Un don qui ne se perd pas

Ça a commencé comme une blague. Rocco Placentino, le président du Supra, a d’abord invité McInerney à venir jouer quelques matchs dans une ligue récréative. L’été suivant, il l’a convaincu de s’inscrire à temps plein, de vraiment faire partie d’une équipe.

« Après le premier match, Rocco me dit : ‘Écoute, tu peux encore jouer, tu es encore jeune. Viens voir nos médecins, ils vont t’évaluer et peut-être qu’on pourra t’inclure dans nos entraînements’. »

McInerney convient que les deux hommes ont trouvé l’idée « un peu folle » au départ. À la mi-juin, le Supra l’a renvoyé à la maison avec un programme intensif de course et d’entraînement physique. « J’étais misérable », dit-il en se rappelant les premières journées du projet. Mais peu à peu, la forme est revenue.

Après un mois, l’ancien numéro 99 de l’Impact a commencé à s’entraîner avec le groupe dirigé par Razzaghi. Son premier constat : « la capacité à trouver le filet, ça ne se perd pas, mais j’avais certainement perdu la touche avec la balle à mes pieds. » Puis dans une rencontre avec les entraîneurs, McInerney a mis cartes sur table.

« Je ne savais pas trop s’ils étaient familiers avec mon style de jeu. Alors je leur ai dit que je n’étais pas celui qui allait dribbler un gars un contre un ou effacer quatre adversaires en route vers le but, mais que s’ils avaient besoin d’un but, j’allais rôder autour de la surface et j’allais leur donner un but. »

Ça tombe bien, puisque c’est exactement ce dont le Supra avait besoin.

« Des buts. Des buts en fin de match », répond Razzaghi quand on lui demande ce qu’il attend concrètement de sa nouvelle arme.

« Il a assez rapidement pris le rythme, mais si on regarde sa carrière, ses forces c’est de sentir le jeu et être devant le but. Ce n’est pas un joueur qui a besoin d’être en top forme pour être efficace. C’est juste quelqu’un qui doit être capable de presser quelques minutes, rentrer dans la boîte et être assez lucide pour faire le bon choix de jeu sous pression. »

Un nomade sédentaire

McInerney est né au Tennessee, mais il a passé les premières années de sa vie dans les boîtes. La famille a souvent déménagé, de la Californie à l’Illinois en passant par le Colorado, au gré des différents emplois du paternel. Ainsi, le garçon ne s’est pas réellement posé avant que ses parents ne s’installent dans la banlieue d’Atlanta quand il avait 7 ans. Il y est resté jusqu’à 14 ans, quand il s’est exilé seul en Floride pour intégrer les équipes de jeunes du programme national américain.

Cette ligne du temps sert à illustrer que McInerney, même s’il est réticent à approfondir ses connaissances sommaires du français, cadre plus dans le projet identitaire du Supra qu’on pourrait le croire. Très bientôt, cet éternel nomade aura passé plus de temps au Québec que dans n’importe quel autre endroit où il a habité dans sa vie. Il a d’ailleurs enclenché le processus pour obtenir sa résidence permanente au Canada.

Il assure embarquer dans l’aventure du Supra sans égo et sans attente. Pour les six derniers rendez-vous restants au calendrier, il endosserait sans rechigner le rôle de « super substitut » que Razzaghi pourrait lui confier pour donner un peu de mordant à son équipe en fin de match.

« En espérant marquer deux ou trois buts dans ces six matchs et aider l’équipe à se qualifier pour les séries », ajoute-t-il avec la même confiance qui le caractérisait à l’époque.

Et à plus long terme?

« J’ai dit à Rocco que je ne m’étais pas tapé tout son programme de remise en forme pour jouer six ou sept matchs! On verra comment ça va. Je pense qu’on veut me tester pour voir ce qu’il me reste dans les jambes, mais le fait qu’ils soient prêts à m’envoyer sur le terrain, ça me dit qu’ils croient que je pourrais peut-être aider pour plus que ça. »