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Le Supra est à un cheveu de gagner son pari

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LAVAL – Pour un gars de 24 ans, Sean Rea a vu du pays. Le FC Supra du Québec est le troisième club qu’il représente en Première Ligue Canadienne. Il a aussi passé une saison en MLS avec le CF Montréal.

Son parcours l’a endurci aux médisances, mais il ne l’a pas rendu sourd. Et donc les critiques envers la validité du projet dont il est devenu le visage il y a un peu moins d’un an, il les a entendues.

« Partout où j’ai joué, il y avait des doubters et des haters pour dire que l’équipe n’était pas bonne. Mais encore plus ici, parce que la communauté foot de Montréal est très présente », interprétait Rea après l’entraînement vendredi.

Qu’a-t-il entendu exactement? « Qu’on avait beaucoup de gars [du CS] Saint-Laurent, qu’on avait des gars du semi-pro ou des gars en fin de carrière. C’était toujours du négatif, du négatif. Tout le monde dans le vestiaire, on sait qu’il y a du monde qui pense ça de nous. »

« Pas que je les écoute, mais il y avait plein de gens qui disaient qu’on avait beaucoup de joueurs à leur première année pro, lui fait écho son coéquipier et ami Alessandro Biello. On disait aussi des gars comme moi ou Sean qu’on avait accédé à des environnements quand même de haut niveau, mais qu’on n’avait pas été capables de rester là. »

L’ambition sans complexe des fondateurs du Supra a en effet été rencontrée avec beaucoup de scepticisme. Le président Rocco Placentino a visé une participation aux éliminatoires dès l’An 1 du projet. En guise de comparaison, l’Atlético Ottawa a terminé au dernier rang du classement à sa première année complète d’existence. Vancouver FC n’a pas fait mieux qu’une septième place (sur huit équipes) durant ses trois premières saisons.

Le Supra, quant à lui, est à un cheveu de gagner son pari. Avec une journée à compléter au calendrier de la saison régulière, il occupe le cinquième rang du tableau, deux points seulement derrière la dernière équipe provisoirement qualifiée. S’il gagne dimanche à Halifax et que Vancouver ne peut obtenir les trois points à Calgary.

Sur papier, le scénario est réaliste. Le Supra a battu Halifax deux fois cette saison et devance le club des Maritimes par sept points au classement. À l’autre bout du pays, Vancouver devra se frotter à un adversaire qui bataille pour conserver son premier rang au général.

Comment l’équipe qui joue ses matchs locaux à Laval a-t-elle réussi ce qui peut déjà être considéré comme un tour de force? Rea n’en démord pas : la sauce locale dans laquelle Placentino a voulu enrober sa vision a été un atout bien plus qu’une contrainte.

« On a quelque chose à prouver pour vrai. Tu joues pour toi, mais aussi pour ta famille, tes amis, tout le monde qui est ici. En plus, beaucoup des gars ici, on avait joué ensemble à moment donné. Ça facilite un peu la tâche sur le terrain. Quand je suis allé jouer à Winnipeg, ça m’avait pris un peu de temps pour me mettre dedans. Ici, je connaissais déjà huit ou neuf gars en arrivant. On s’est tous compris très rapidement. »

« Je suis venu pour gagner des trophées »

La saison du Supra n’a pas été un long fleuve tranquille. Le directeur sportif original, Mateo Cabanettes, a été congédié à la mi-août. L’entraîneur-chef Nick Razzaghi a subi le même sort le mois suivant.

Les deux postes ont été comblés par Kyt Selaidopoulos. Son arrivée a engendré des résultats instantanés. Sous ses ordres, le Supra n’a toujours pas perdu, gagnant trois de ses quatre matchs. Devenues l’ombre d’une illusion, les séries sont redevenues atteignables grâce à ces résultats.

Artisan de l’ombre des succès du Forge de Hamilton, où il a travaillé pendant près de six ans avant d’être recruté par Placentino, Selaidopoulos a, avec rigidité et intransigeance, rehaussé l’exigence chez le Supra. « Je veux que la victoire devienne une dépendance ici », met-il au clair aux abords d’un terrain d’entraînement tout juste déserté par ses joueurs.

Dans ses fonctions, Selaidopoulos n’entend parler que de séries depuis que ses méthodes ont fait renaître un espoir mathématique d’y participer. Chaque fois, il précise que son regard est davantage porté vers 2027 et que chaque petit gain dans son nouveau quotidien s’inscrit dans cette vision à long terme.

Cette stratégie de communication est compréhensible, mais elle est plus difficile à gober cette semaine, alors qu’une récompense immédiate pend au bout du nez de ses joueurs. On lui soumet cette théorie. En insistant un peu, il finit par céder.

« Dimanche, on joue pour le résultat. C’est ça, ma citation », dit-il en souriant.

Puis, plus sérieusement : « Je ne suis pas venu ici pour profiter de ma piscine l’été. Je suis venu pour gagner des trophées. C’est ma mentalité. C’est ce que moi je veux et je veux que mon entourage, que mes joueurs pensent de la même façon. C’est pas à cause qu’on est une équipe d’expansion qu’on ne peut pas gagner. Pourquoi pas? »

Ses paroles seront de la musique aux oreilles de Sean Rea.

« Il a un projet à construire et c’est vrai que c’est juste la première année, nous disait un peu plus tôt le meneur de jeu du Supra. Ça ne serait pas normal de faire les séries dès cette année parce que ce n’est jamais arrivé. Mais même si ce n’est pas l’objectif numéro un dans le grand projet sportif, les joueurs, c’est pour ça qu’on joue. »

« Le coach et le staff peuvent préparer le projet pour l’année prochaine et tout, mais pour moi en tout cas, ce sont les séries qui sont le plus important en ce moment. »