L'heure était à la vengeance pour Maya Joint et la Québécoise Leylah Fernandez a été sa victime.
Battue par Fernandez il y a une semaine, à Washington, Joint a pris sa revanche devant les partisans de Fernandez mardi, à l'Omnium Banque Nationale.
Joint a eu le dessus sur Fernandez en deux manches de 6-4 et 6-1 pour accéder au second tour à Montréal. Fernandez avait vaincu Joint en deux manches la semaine dernière, quelques jours avant de s'offrir le titre en finale.
Cette fois cependant, c'est Fernandez qui repart avec une certaine amertume. Après avoir joué quatre matchs en quatre jours de jeudi à dimanche dernier, elle est arrivée en sol canadien à 2 h du matin lundi et elle n'avait eu qu'une journée de repos avant de reprendre l'action. Elle a d'ailleurs blâmé les organisateurs du tournoi en raison de promesses non tenues en lien avec les horaires.
« Pendant la semaine à Washington, on a parlé un peu avec le tournoi et on a demandé si je pouvais jouer dans la soirée, surtout en arrivant vers la demi-finale et la finale, en sachant que ça allait être un peu difficile de récupérer assez vite », a révélé Fernandez, qui retenait difficilement ses larmes.
« Ces quelques heures de repos, ça aurait peut-être aidé un peu plus, spécialement l'aspect mental sachant que je suis arrivée vers 2 h du matin. Ils nous ont promis pour le match de nuit, puis ils ont changé d'idée pour des raisons politiques. Ça fait un peu de mal parce qu'on avait fait notre préparation en conséquence. Mais ce n'est pas que le changement de décision le problème, c'est la façon dont ils ont parlé à mon coach; ils lui ont demandé sur un ton sarcastique si 2-3 heures ça allait faire une grande différence. De moin point de vue, ça allait faire une grande différence. Peut-être que j'aurais gagné le match, peut-être que non, mais en 2-3 heures, je pourrais dormir un peu plus, ou avoir une meilleure récupération physique, une séance d'étirements, de massage. Ce sont des « what if », mais ça n'est pas arrivé. »
Elle admet aussi que cette frustration a peut-être un peu teinté négativement son état d'esprit durant la rencontre.
« Je pense que oui un peu. Mais j'ai parlé beaucoup avec mon équipe et ils m'ont aidé à mettre cette frustration de côté. La frustration vient surtout de mon niveau de jeu que j'ai montré sur le court. Je savais que ça allait être un match difficile, mais la manière que j'ai joué et que j'ai bougé sur le court, ce n'était pas beau à sentir et je suis sûre que ce n'était pas beau à voir non plus. Je pense que la frustration était plus dirigée vers mon niveau de jeu. »
Nonobstant ces questions logistiques, Fernandez est très déçue de la performance qu'elle a offerte à son retour à la maison.
« Je ne sais pas quoi en penser. C'était un match difficile et elle a joué un excellent match du début à la fin. Malheureusement, ce n'était pas mon cas. J'étais heureuse de me retrouver sur le terrain devant les partisans et de recevoir leur support, c'était incroyable. Ils m'ont supporté malgré mon très, très faible niveau de jeu. L'énergie était électrique et c'était un honneur pour moi. Mon niveau de jeu n'est pas représentatif de comment je me sentais et de ce que ça signifie pour moi de jouer à Montréal. »
« Il y a beaucoup de gens qui ont acheté des billets pour venir voir du beau tennis et je n'ai pas pu exécuter ça. Ce n'est pas vraiment la défaite le plus décevant, mais le niveau de jeu. Je suis déçue de ne pas avoir montré une meilleure attitude, celle d'un « vrai joueur professionnel » avec de la combattivité et la capacité de trouver des solutions, avec les bonnes bases. »
Une décision de la WTA, justifient les organisateurs
La directrice de l'Omnium Banque Nationale, Valérie Tétreault, a expliqué les raisons qui ont mené à cet horaire en confirmant que c'est la WTA qui avait le dernier mot et qu'aucune promesse n'avait été faite à Fernandez.
« J'ai pris la demande et ce que j'ai promis c'est que j'allais me battre, mais je n'ai pas gagné ma bataille, de dire Tétreault.
« J'étais en communication pendant son dernier week-end en action à Washington avec les gens de son équipe. J'ai reçu la demande pour qu'elle puisse jouer en soirée. Après c'est mon rôle d'avoir les discussions avec la WTA et j'ai poussé le plus possible pour qu'elle puisse avoir ce qu'elle souhaitait. Mais au niveau de l'horaire, je dois suivre le protocole qui a été mis par la WTA. Le rôle de la WTA est de suivre ce qui assure d'être le plus juste possible pour les joueuses. Leylah se retrouvait dans une situation un peu compliquée parce qu'elle arrivait avec pas mal de retard par rapport à sa moitié de tableau qui avait déjà joué le premier tour dès dimanche. D'habitude quand il y a du retard comme ça, on se doit de jouer le plus tôt possible dans la journée. On a poussé pour que ce ne soit pas au moins le premier match de la journée à 11 h. Ce n'était pas possible en soirée du côté de la WTA, c'est leur décision. »
Une partie du problème vient du fait que le calendrier a récemment changé : le premier tour de l'Omnium BN, un tournoi de la série 1000, s'amorce en même temps que le jour final de compétition à Washington, soit le dimanche. Malheureusement pour Fernandez, c'est aussi précisément le dimanche que les joueuses dans sa portion de tableau devaient commencer leur parcours et selon Tétreault, le fait qu'elle ait obtenu congé lundi de surcroît était déjà une exception.
« Je comprends sa frustration. C'est la première fois qu'on vit ce nouveau calendrier. Une de nos inquiétudes, c'était cette journée du tournoi à Washington qui se termine le dimanche alors que notre tableau principal commence le dimanche. On l'a vu avec les deux finalistes qui ne font pas partie des 32 têtes de série (et qui ne sont donc pas exemptées du premier tour, NDLR). Il y aura de sérieuses discussions à avoir avec les différents circuits afin de savoir quelles sont les pistes de solution. Leylah se retrouve en plus dans une situation où c'est son tournoi à la maison, qui arrive une fois à chaque deux ans. Elle jouait le tournoi à Washington, mais celui qui comptait probablement le plus pour elle, c'est celui de Montréal. On a un calendrier qui ne l'a pas avantagée et on va mettre de la pression pour la suite. On est un tournoi 1000. La priorité devrait être les tournois 1000 et non 500. »
Tétreault a ajouté ne pas avoir été « nécessairement surprise » de la réaction de Fernandez en raison de la déception qu'elle venait de vivre avec la défaite au premier tour.
« On le savait que ça allait être difficile pour elle, c'était une évidence, en n'ayant pas beaucoup de temps pour récupérer et repartir la machine, s'ajuster à la surface... Jouer chez soi, des fois on n'est pas dans même état d'esprit qu'un autre tournoi et probablement qu'elle avait ça en tête et c'est normal qu'elle se dise que quelques heures supplémentaires ça l'aurait peut-être aidé. »
La directrice a par ailleurs expliqué que la discussion sur un « ton sarcastique » à laquelle a fait référence Fernandez impliquait son entraîneur qui est aussi son père et un employé de la WTA, mais non pas de Tennis Canada.
« J'ai eu une conversation avec Leylah directement dimanche et je sais que la WTA a eu une longue conversation avec son père avant ma conversation avec Leylah. Pour avoir entendu un peu les commentaires de Leylah, je pense qu'il y a un peu de confusion dans quelle conversation était relatée, mais c'était la conversation un peu plus difficile entre le père de Leylah et la WTA. »
Fin expéditive pour Fernandez
À Montréal, Joint a mis fin au match en 1 heure et 15 minutes de jeu. Joint a brisé Fernandez six fois, alors que la représentante canadienne n'a réussi que trois bris de service. L'Australienne a excellé en retour de service et elle a souvent menotté Fernandez.
Mardi sur le Central, Fernandez a semblé perdre ses repères en fin de première manche, quand elle a été brisée au 10e jeu de la manche, ce qui a permis à Joint de prendre le contrôle de la rencontre.
Fernandez a ensuite perdu les quatre premiers jeux de la seconde manche, avant de reprendre vie au cinquième jeu pour réduire son retard à un bris.
Mais un bris de service de Joint dès le jeu suivant lui a ouvert la porte vers la victoire.





