TOKYO, Japon - « Reporter les Jeux olympiques, ce n'est pas comme décaler un match de soccer au samedi suivant », a prévenu ce week-end Thomas Bach, le président du Comité international olympique (CIO), pour souligner le défi auquel les organisateurs risquent de faire face en cas de report du plus grand événement sportif mondial.

Voici quelques exemples pour donner une idée de l'ampleur du casse-tête.

Le calendrier des compétitions

Tout dépend de la durée d'un éventuel report, mais rajouter des JO dans un agenda sportif 2021 déjà bien rempli serait un cauchemar logistique.

Car l'été prochain s'annonce d'ores et déjà très chargé: les championnats du monde d'athlétisme et de natation y sont programmés, comme l'Euro de football, déjà reporté à l'an prochain.

La légende américaine du sprint Carl Lewis a suggéré d'organiser les Jeux d'été en 2022, en même temps que ceux d'hiver à Pékin, afin de créer une « année de célébration olympique ».

La gestion des sites

Pour les Jeux de Tokyo, 43 sites ont été prévus, certains construits pour l'occasion, parfois temporairement, d'autres réaménagés. Mais tous poseraient des problèmes en cas de report.

Selon le CIO, « plusieurs sites indispensables pour les Jeux pourraient ne plus être disponibles ensuite ». 

C'est par exemple le cas du nouveau stade olympique de Tokyo, d'une capacité de 68 000 places, qui doit accueillir des concerts et d'autres compétitions sportives après les Jeux. Des événements qu'il faudrait reprogrammer eux aussi en cas de report des JO.

Les infrastructures sportives ne sont pas les seules concernées. Les organisateurs ont ainsi réservé cet été l'imposant Tokyo Big Sight, immense palais des congrès et des expositions, pour en faire une gigantesque salle de presse pendant les Jeux.

Or ce site accueillant parmi les plus grands salons professionnels d'Asie est réservé de nombreux mois à l'avance. Trouver des dates libres ou convaincre les organisateurs d'autres événements de changer de date pourrait être très compliqué.

Le village olympique

Composé de 21 tours de 14 à 18 étages, le village olympique a été construit sur un terrain à forte valeur immobilière, avec vue sur la baie de Tokyo et son célèbre Rainbow Bridge.

À l'issue de la compétition, le village olympique doit être reconverti en milliers d'appartements haut de gamme qui seront revendus ou mis en location. 

Selon les promoteurs du site, 4145 appartements doivent être vendus. Sur un premier lot de 940 logements mis en vente dès l'été 2019, la plupart ont déjà été achetés, selon la presse locale. 

Aussi un report entraînerait un retard dans le réaménagement du site et de lourdes incertitudes sur les contrats de propriété déjà signés.

L'hébergement

« La question des millions de nuits d'ores et déjà réservées dans les hôtels est très difficile à gérer », a souligné le CIO. 

Avant la pandémie de coronavirus, le problème portait sur le manque de capacité hôtelière. Il était question de mettre à quai un navire de croisière pour y remédier.

Les chambres d'hôtel à Tokyo ont été pour la plupart réservées depuis plusieurs mois, obligeant beaucoup de visiteurs à payer d'importants montants à l'avance, sommes risquant désormais d'être perdues.

Pour l'industrie hôtelière, le scénario d'un report représente une incertitude supplémentaire, dans un contexte touristique déjà catastrophique du fait de la pandémie.

Quels points positifs?

Paradoxalement, un report à la fin d'année 2020 pourrait résoudre l'un des gros points noirs qui pesaient sur les Jeux de Tokyo avant le coronavirus: la chaleur étouffante de l'été japonais. 

Cela pourrait notamment permettre de faire courir le marathon dans la capitale plutôt que dans la ville de Sapporo, à l'extrême nord du Japon, la solution qui avait été décidée unilatéralement par le CIO à l'automne dernier pour protéger la santé des athlètes. 

D'un autre côté, envisager des Jeux en automne fait courir le risque de se retrouver en pleine saison des typhons, une situation vécue lors de la Coupe du Monde de rugby l'an dernier au Japon.

Un report pourrait également permettre aux différentes fédérations de disposer du temps nécessaire pour mener des épreuves qualificatives, dans des conditions satisfaisantes pour tous les athlètes, répondant ainsi aux attentes de ces derniers.