GANGNEUNG, République de Corée - Il n'y a rien de plus cruel pour un athlète amateur que de passer si près de son objectif sans parvenir à concrétiser le rêve de toute une carrière.

Après des Jeux olympiques en-deçà de ses attentes à Sotchi en 2014, Alex Harvey croyait avoir tous les outils pour finalement devenir le premier Canadien à gagner une médaille en ski de fond masculin.

Samedi, il est passé à moins de sept secondes du podium au 50 kilomètres en style classique, sa dernière course olympique en carrière. Il a caché ses émotions pendant un moment, puis elles ont pris le dessus quand son père, Pierre Harvey, est venu lui faire l'accolade.

« Ça reste que c'est mon meilleur résultat aux Jeux, avait dit Harvey quelques instants plus tôt. Ç'a été une super belle course. Je ne peux pas digérer le résultat, je peux seulement l'accepter. Je n'ai pas à être déçu, je n'ai pas de regret. Il faut l'accepter. C'est la vie, c'est le sport. Ça prend quelqu'un qui termine quatrième. »

Harvey a brillé en réussissant quatre top-10 en cinq épreuves aux Jeux de PyeongChang. Malheureusement, on risque de se souvenir plus longtemps de cette quatrième place et du fait qu'il n'aura jamais gagné de médaille olympique que de sa victoire au 50 km style libre aux Mondiaux l'an dernier.

Deux jours plus tôt, la patineuse de vitesse courte piste Marianne St-Gelais voyait son parcours olympique prendre fin à la suite d'une élimination prématurée en quarts de finale du 1000 m. Ce résultat faisait suite à deux autres éliminations rapides au 500 m et au 1500 m, ainsi qu'à une disqualification crève-coeur au relais 3000 m.

St-Gelais a pris son temps avant de remplir son devoir auprès des membres des médias. Cela ne l'a pas empêchée d'éclater en larmes en revenant sur ses Jeux à PyeongChang.

« Dis-moi une blague, fait quelque chose », avait-elle déclaré en se retournant vers l'attaché de presse de l'équipe de courte piste dans l'espoir de reprendre le dessus sur ses émotions.

« C'était important de rester concentrée pendant les Jeux, de ne rien échapper, a ensuite dit St-Gelais, qui accrochera ses patins après la présentation du Championnat mondial à Montréal du 16 au 18 mars. Maintenant, c'est terminé. Je n'ai plus rien à quoi m'accrocher dans l'immédiat. Tout lâche. »

St-Gelais avait mérité l'argent sur chaque distance individuelle aux derniers Championnats du monde. Moins d'un an plus tard, elle n'a jamais été dans le coup aux Jeux olympiques.

Sa coéquipière Valérie Maltais était également émotive après son élimination en demi-finale du 1000 m. Elle fera la transition vers le longue piste au cours de l'été pour aller rejoindre son copain Jordan Belchos à Calgary.

On ne lui souhaite pas de le découvrir, mais le longue piste peut être tout aussi ingrat que le courte piste. Parlez-en à Alex Boisvert-Lacroix, qui a finalement participé à ses premiers Jeux à l'âge de 30 ans et dont l'expérience à PyeongChang a duré moins de 35 secondes.

Boisvert-Lacroix, qui avait remporté deux fois le 500 m au circuit de la Coupe du monde cette saison, s'est contenté du 11e rang sur cette distance à l'Ovale de Gangneung alors qu'il visait le podium.

« Au 500m, il suffit de deux mauvais pas et votre course est à l'eau. C'est ça qui s'est produit dans mon cas », a-t-il expliqué.

Une vie à attendre ce moment, puis le temps de le dire, il est terminé.

Malgré ces moments plus difficiles, ces athlètes ne regrettent rien et ils peuvent aussi inspirer une nouvelle génération. L'expérience olympique demeure unique et enrichissante, le rêve d'une vie. Et si les Harvey et Charles Hamelin de ce monde ont été inspirés par Beckie Scott, Marc Gagnon et d'autres personnages marquants de l'Olympisme canadien, ils deviennent à leur tour des inspirations pour une nouvelle génération.

Il y a deux ans, Kim Boutin prenait une pause du courte piste pour soigner son dos et surtout, pour faire le ménage dans sa tête. Dimanche, elle a eu doit à l'un des plus grands honneurs réservés à un athlète amateur en étant porte-drapeau lors de la cérémonie de clôture.

« Ça fait du bien de voir des gens qui progressent comme ça dans le sport, a confié Boutin après avoir remporté sa troisième médaille des Jeux. J'espère donc que ça inspirera d'autres jeunes à patiner. »

Autant dans l'extase des podiums de Boutin que dans l'agonie de la quatrième place de Harvey, les Jeux de PyeongChang ont offert des moments qui pourront inspirer une nouvelle génération d'olympiens.