AP mardi, 12 févr. 2013. 08:22

LAUSANNE, Suisse - Le CIO a retranché la lutte de son programme en vue des Jeux olympiques de 2020, mardi, une décision surprenante pour un sport qui remonte jusqu'aux premiers JO modernes en 1896 et a produit de grands champions comme le Russe Alexander Karelin.

Alors que le pentathlon moderne était considéré comme le sport le plus en danger, le comité exécutif du CIO a surpris en votant pour retrancher la lutte de la liste des 25 sports « de base » prévus au programme des Jeux d'été.

La décision fait mal à l'équipe olympique canadienne, qui a remporté six médailles en lutte au cours des quatre derniers JO, dont celles d'or de Daniel Igali en 2000 et de Carol Huynh en 2008. Tonya Verbeek a décroché l'argent en 2004 à Athènes, le bronze en 2008 à Pékin et l'argent l'été dernier à Londres, tandis que Huynh a ajouté une médaille de bronze aux Jeux de 2012.

L'exécutif a agi après avoir étudié les 26 sports faisant présentement partie du programme olympique. L'élimination d'un sport permettra au Comité international olympique d'ajouter un nouveau sport au programme, plus tard cette année.

« Ceci est un processus qui a pour but de renouveler et de rénover le programme des Jeux, a déclaré le porte-parole du CIO Mark Adams. Aux yeux du comité exécutif, il s'agissait du meilleur programme pour les Jeux olympiques de 2020. Ce n'est pas qu'il y a quelque chose de mal avec la lutte, c'est plutôt qu'il y a quelque chose de bien chez les 25 autres sports de base. »

Adams a indiqué que la décision a été rendue au moyen d'un scrutin secret qui a nécessité plusieurs tours, les membres choisissant à chaque fois quel sport devait être exclu du programme de base. Le président du CIO, Jacques Rogge, n'a pas voté.

La lutte a été exclue d'un groupe final qui comprenait aussi le pentathlon moderne, le taekwondo et le hockey sur gazon, ont indiqué des dirigeants à l'Associated Press.

Le résultat final a surpris même les membres du CIO.

« J'étais sous le choc », a déclaré le Suisse René Fasel, un membre de l'exécutif qui est aussi président de la Fédération internationale de hockey sur glace.

« Toute la communauté lutte est sous le choc » - Martine Dugrenier
« Toute la communauté lutte est sous le choc » - Martine Dugrenier

La lutte, qui comprend des épreuves en style libre et en style gréco-romain, était au programme des premiers Jeux olympiques modernes, tenus à Athènes en 1896.

La lutte a mis en vedette 344 athlètes qui ont pris part à 11 épreuves en style libre et sept en gréco-romain l'été dernier à Londres. La lutte féminine a été ajoutée au programme olympiques lors des Jeux d'Athènes en 2004. Les Russes ont raflé une bonne part des médailles à Londres, mais plusieurs sont également allées à l'Iran et à l'Azerbaïdjan.

La fédération internationale de lutte (FILA) a exprimé son grand étonnement à la suite de la décision.

« La FILA prendra toutes les mesures nécessaires pour convaincre le comité exécutif et les membres du CIO de l'aberration que représente une telle décision à l'endroit d'un des sports fondateurs des Jeux olympiques des ères ancienne et moderne », a-t-on écrit dans un communiqué.

La FILA a indiqué qu'elle s'est toujours conformée aux règles du CIO et est représentée dans 180 pays. La lutte est considérée comme le sport national de plusieurs nations.

La fédération, qui est dirigée par Raphael Martinetti et est basée à Corsier-sur-Vevey, en Suisse, a indiqué qu'elle tiendrait une réunion la semaine prochaine en Thaïlande afin de discuter de ce dossier.

La lutte rejoindra donc les sept sports présélectionnés (baseball/softball, karaté, roller, escalade sportive, squash, wakeboard et wushu) désireux d'intégrer le programme olympique pour 2020 comme sport additionnel.

Ces huit sports doivent faire une présentation à la commission exécutive lors d'une réunion prévue en mai à Saint-Pétersbourg, en Russie.

La commission sélectionnera parmi ces sports celui dont elle recommandera l'admission, en tant que sport additionnel, au programme des Jeux de 2020 à la 125e Session du CIO. Celle-ci se tiendra du 7 au 10 septembre 2013 à Buenos Aires, en Argentine.

Il semble très peu probable que la lutte sera l'élue, du moins aussi rapidement après avoir été exclue.

« La décision d'aujourd'hui n'est pas finale, a indiqué Adams. La Session est souveraine et la Session rendra la décision finale. »

L'exécutif a voté après avoir étudié le rapport d'une commission du CIO ayant analysé 39 critères, y compris les cotes d'écoute à la télé, les ventes de billets, les politiques antidopage, le taux de participation dans le monde et la popularité. Étant donné qu'aucun classement officiel et aucune recommandation n'était contenue dans le rapport, la décision finale du comité de 15 membres a possiblement été empreinte de facteurs émotifs et politiques.

« La décision a été très difficile à prendre, a indiqué le vice-président du CIO Thomas Bach. Les motivations de chaque membre ne reposent jamais sur une seule raison. Il y a toujours plusieurs raisons. Il s'agissait d'un scrutin secret. Il y aura toujours des critiques, mais je crois que la vaste majorité des gens comprendront que nous avons pris une décision basée sur les faits et la nécessité de moderniser les Jeux. »

Les derniers sports retirés des Jeux olympiques ont été le baseball et le softball, qui ne figurent plus au programme depuis les Jeux de 2008.

Le golf et le rugby seront ajoutés au programme des Jeux de 2016 à Rio de Janeiro.