MONTRÉAL — Peu d’athlètes peuvent se targuer d’être aussi dominants dans leur sport que William Dandjinou l’a été au cours des deux dernières années en patinage de vitesse courte piste. Pourtant, le Québécois de 24 ans ne lésine pas sur les moyens pour tenter d’atteindre de nouveaux sommets.
Dandjinou est cinq fois champion du monde et double champion en titre du globe de cristal, remis au meneur du classement général au terme de la saison du Circuit mondial. Il a néanmoins échoué dans sa quête de gloire olympique, l’hiver dernier en Italie, étant limité à une médaille d’argent au relais mixte.
Cherchant à devenir le meilleur patineur possible en travaillant sur ses faiblesses, il a donc pris la décision de réduire l’entraînement cet été et de faire l’impasse sur les deux premières étapes du Circuit mondial, à Vancouver et Montréal. Il ne défendra donc pas son Globe de cristal.
« C’est une décision que j’ai prise assez tôt après les Mondiaux l’année passée, a-t-il expliqué, jeudi, au terme de la première journée des Championnats canadiens à l’aréna Maurice-Richard. Je savais que je voulais prendre du recul et de la perspective par rapport aux Mondiaux et aux Jeux, voir ce qui avait un petit peu moins bien été, et vraiment construire là-dessus pour devenir un meilleur patineur et un meilleur humain en général. »
« À ma première journée où je revenais à l’entraînement, je me suis assis avec tous les entraîneurs de l’équipe nationale et j’ai dit: “voici mon plan pour les quatre prochaines années – du moins pour cette année, puis après ça, on va y aller une année à la fois”. Ça impliquait que je prenne un été beaucoup plus tranquille, que je voyage un peu et que je construise pour le futur », a-t-il ajouté.
Pour l’instant, cette décision de ne pas prendre part à toutes les étapes du Circuit mondial ne s’appliquera que cette année, et la stratégie sera réévaluée au terme de la saison. Il compte toutefois se lancer à la conquête d’un autre Globe de cristal au cours des prochaines saisons.
Aux yeux de l’entraîneur de l’équipe nationale, Marc Gagnon, cette décision de ne pas viser la consécration au sein du Circuit mondial permettra à Dandjinou de se concentrer sur des éléments différents qui lui permettront d’évoluer.
« Les objectifs, de cette année différente (est) d’acquérir des choses différentes parce que William, même s’il est dominant depuis deux ans, ça ne veut pas dire qu’il contrôle tout bien et qu’il est parfait. Même si tu es bon dans ce que tu fais, si tu ne cherches pas à t’améliorer, tu manques le bateau », a-t-il précisé.
Apprendre des meilleurs
En ce début de nouveau cycle de quatre ans qui se conclura avec les Jeux olympiques des Alpes françaises, Dandjinou souhaite ainsi mettre toutes les chances de son côté pour ajouter un titre olympique dans une épreuve individuelle à son palmarès.
En se retirant d’entrée de jeu de la lutte au Globe de cristal, il espère revenir aux bases. Pour y parvenir, il a notamment profité de son été pour voyager et rencontrer des légendes de son sport, dont le Sud-Coréen Viktor Ahn.
Ahn, qui a été l’un des grands rivaux de Charles Hamelin, demeure à ce jour le seul patineur à avoir remporté une médaille d’or olympique dans chaque distance. Il compte huit médailles olympiques en carrière, dont six d’or.
Dandjinou a également discuté avec Gagnon, détenteur de cinq médailles olympiques, et Hamelin, qui en a enfilé six.
« Juste en parlant à des légendes de sport, en parlant à des gens qui sont passionnés aussi du sport, ça m’a donné des idées aussi de comment je voulais le faire, a mentionné Dandjinou. La chose qu’ils m’ont répétée, premièrement, c’est “ne baisse pas les bras. Les déceptions, ça fait partie du sport, ne laisse pas ces déceptions-là te définir.” »
« Après, il y a des points techniques qu’ils ont vus. C’est aussi à moi de filtrer, parce qu’il y a tellement d’informations, mais c’est de m’inspirer de leur parcours pour faire mieux finalement », a-t-il expliqué.
Pas le seul
Le directeur, hautes performances – courte piste de Patinage de vitesse Canada, Marc Schryburt, a révélé que son organisation avait offert à tous les patineurs qui ont participé aux Jeux olympiques quelques semaines de repos supplémentaires avant de reprendre l’entraînement.
Steven Dubois a notamment accepté l’offre, mais a repris l’entraînement plus tôt que Dandjinou. Dubois sautera d’ailleurs les trois étapes asiatiques du Circuit mondial pour se concentrer sur ses études.
Dandjinou et Dubois ne sont pas les premiers patineurs canadiens à alléger leur saison. Schryburt a dressé un parallèle avec d’autres athlètes qui ont fait la même chose en début de cycle olympique, comme Pascal Dion et Kim Boutin.
« Ça appartient à chaque individu, a lancé Schryburt. Nous, ce qu’on fait quand le cycle recommence, c’est qu’on s’assoit avec eux. “Qu’est-ce que tu souhaites? Qu’est-ce que tu veux faire?” Pour (Dandjinou), c’était prévu dans le plan depuis le début de l’été. »
« Il n’y a pas d’urgence. Je pense qu’il vise d’être champion du monde à la fin de l’année, puis il veut retourner aux Olympiques et mieux faire. Il n’y a pas d’urgence », a-t-il répété.






