Baseball

Une voix, une couleur, un héritage

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L'Antichambre rend hommage à Rodger Brulotte

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Décès d'un grand ambassadeur du baseball au Québec

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Il y a des chroniques plus faciles à écrire que d’autres. Aujourd’hui, en écrivant ces lignes, j’entends encore Rodger Brulotte lancer son célèbre : « Bonsoir, elle est partie! ».

Il va nous manquer, ce Rodger.

Comme bien des gens, je l’ai d’abord connu à la radio. J’étais un jeune auditeur qui écoutait Claude Raymond et Jacques Doucet. Quand Claude est passé à la télévision de Radio-Canada, Rodger s’est retrouvé à la radio aux côtés de Jacques. Et rapidement, avec toute sa confiance et son style bien à lui, il s’est démarqué.

Les Expos l’avaient engagé pour mettre de la couleur. Eh bien, chers amis, de la couleur… il en a mis.

Au point de devenir un incontournable. Au point aussi de faire découvrir le baseball à des milliers de Québécois. Rodger n’analysait pas seulement le jeu, il le rendait vivant, accessible, humain.

Plus tard, dans l’organisation des Expos, j’ai appris à mieux le connaître. Et j’étais curieux de ses débuts, tout comme ceux de Jacques. On me racontait son arrivée, son rôle… mais surtout, on me parlait de l’homme.

Et Rodger, c’était bien plus qu’une phrase célèbre.

Il était là pour le monde.

Je me souviens, lorsque j’ai signé avec les Dodgers. Il aurait aimé me voir avec les Expos, ça se sentait. Mais il était sincèrement heureux pour moi. Ça, c’était Rodger.

Puis il y a eu cette première vraie rencontre, à mon deuxième camp d’entraînement. RDS présentait un match entre les Expos et les Dodgers, du Holman Stadium de Vero Beach. Rodger et Denis Casavant m’accueillent dans le studio, sur le toit du stade.

Dès les premières secondes, tu comprends.

Le charisme. La présence. La chaleur humaine.

Je suis convaincu que tous ceux qui ont croisé Rodger se souviennent encore de cette première rencontre. Il avait ce don rare de marquer les gens, sans jamais forcer quoi que ce soit.

Je n’ai jamais vraiment travaillé avec lui directement; on faisait le même métier. Mais je l’ai côtoyé pendant plusieurs saisons, surtout dans les dernières années des Expos.

Et à mes débuts comme analyste, il m’a marqué.

Je n’ai même pas eu besoin d’aller le voir. C’est lui qui est venu vers moi.

Il m’a dit : « On a chacun notre style. N’essaie pas d’être quelqu’un d’autre. Sois toi-même. »

Un conseil simple. Un conseil précieux. Que j’ai suivi.

Et fidèle à lui-même, il avait ajouté, mi-sérieux, mi-blagueur, que je devrais entrer ma chemise dans mes bobettes pour éviter qu’un bout de bedaine apparaisse à l’écran…

Je n’ai pas toujours suivi ce conseil à la lettre. Mais ça te donnait une idée : Rodger n’en échappait pas une.

J’avoue qu’on n’a pas toujours été du même avis, côté baseball. En l’écoutant, je trouvais parfois que ses analyses manquaient de sens.

Et puis un jour, j’ai compris.

Rodger ne se prenait pas trop au sérieux. Et c’était sa plus grande force.

Il connaissait son rôle. Il connaissait ses forces. Et surtout, il savait exactement ce qu’il offrait aux gens : du plaisir.

Il a été un vendeur exceptionnel pour notre sport.

Il a permis à des générations de suivre les Expos, de les aimer… et surtout, de tomber en amour avec le baseball.

On lui doit beaucoup.

Les Expos voulaient de la couleur. Toi, Rodger, tu en as mis partout, dans les matchs, dans nos souvenirs, dans nos vies.

Mission accomplie, mon ami. Tu as fait une immense différence.