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Gagner chaque lancer

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COLLABORATION SPÉCIALE

Les Jays n’ont plus que 15 matchs pour oublier les 147 premiers et jouer leur meilleur baseball.

Il reste 15 matchs aux Blue Jays pour tenter de se faufiler en séries comme troisième équipe repêchée. Toronto n’est qu’à un match des Guardians de Cleveland.

Alors, peuvent-ils y arriver?

Si l’on fait le tour des sites spécialisés, les probabilités de voir les Jays en séries le 10 septembre sont d’environ 33 %. Celles de Cleveland dépassent les 50 %. Les chiffres donnent donc un avantage aux Guardians, mais certainement pas une avance insurmontable.

Et lorsqu’on regarde les statistiques des deux équipes, on comprend rapidement pourquoi cette course est aussi serrée.

En attaque, aucune des deux formations ne possède un avantage vraiment significatif. Les Jays sont toujours dans le bas du classement pour la moyenne de présence sur les buts, à ,309. L’an dernier, rappelons-le, Toronto avait terminé au premier rang du baseball majeur dans cette catégorie. Cleveland fait un peu mieux à ,314.

La moyenne de puissance favorise cependant Toronto, à ,383, alors que les Guardians affichent la pire marque du baseball majeur, à ,372.

Résultat : un MPP assez ordinaire pour les deux équipes, qui occupent respectivement les 27e et 28e rangs du baseball majeur.

Au monticule, même constat.

Cleveland a maintenu une moyenne de points mérités de 3,80 et un MCM de 1,27. Les Jays affichent un MCM de 1,29 et une MPM de 3,91.

Autrement dit, les deux équipes sont plutôt chanceuses de se retrouver dans une course pour une place en séries avec de telles statistiques.

Mais ainsi va la saison 2026.

Alors, autant en profiter.

Et si on repartait à zéro?

Si j’étais John Schneider, ma philosophie pour ces 15 derniers matchs serait assez simple : oubliez ce qui s’est passé lors des 147 premiers.

Oubliez vos données de vitesse de sortie de balle, votre angle d’attaque, la vélocité, la vitesse de rotation de la balle et toutes les autres données qui peuvent parfois finir par prendre plus de place que le jeu lui-même.

Jouez au baseball pour aider votre équipe. Point final.

Soutirez le but sur balles. Mettez la balle en jeu lorsque la situation l’exige. Jouez du baseball de situation. Soyez patients au bâton avec des coureurs en position de marquer.

Ça peut paraître simpliste.

Mais dans ces 15 derniers matchs, je crois que les chances de succès sont de loin supérieures en gardant les choses simples.

Comprenez-moi bien : il faut continuer d’utiliser les données de l’adversaire pour positionner les joueurs en défense et comprendre ce que les frappeurs adverses tentent de faire. Pour un gérant, ces informations sont primordiales.

Mais si certaines données individuelles sont extrêmement utiles, elles ne peuvent pas corriger les véritables problèmes d’une équipe.

Pour les 15 prochains matchs, oublie ton « exit velo ». Oublie la vitesse de ton élan. Oublie l’angle parfait de ton bâton.

Va faire ce pour quoi tu es payé.

Et Vlad dans tout ça?

Prenons Vladimir Guerrero Jr. comme exemple.

Vous pouvez bien me dire qu’il frappe régulièrement des balles à plus de 100 milles à l’heure. C’est impressionnant. Mais si ces balles sont constamment frappées au sol, ça ne donne pas grand-chose.

La chance sourit enfin à Vladdy Vladimir Guerrero fils s'offre un premier circuit en près d'un mois après une erreur défensive des Guardians qui a prolongé la manche.

Et le plus révélateur, c’est que chez les Jays, pas dans la Ligue américaine, pas dans le baseball majeur, mais dans sa propre équipe, Vlad occupe le 10e rang pour la moyenne de puissance.

Vous avez bien lu.

Et je suis même généreux puisque j’ai retenu seulement les joueurs qui comptent plus de 200 présences au bâton.

Autrement dit, parmi les réguliers, seul Myles Straw affiche une moyenne de puissance inférieure à celle de Guerrero.

On ne changera pas sa mécanique au mois de septembre.

Changeons plutôt son approche.

Ralentir le jeu dans notre tête va inévitablement contribuer à ralentir le jeu dans son ensemble. Gardons les choses simples pour Vlad. Moins de pression, moins de recherche du coup parfait et davantage de concentration sur le lancer qui se trouve devant lui.

C’est dans cette optique que je n’hésiterais même pas à le placer au cinquième ou au sixième rang de l’ordre des frappeurs.

Pas comme une punition.

Comme une façon de lui enlever un peu de pression et de lui permettre de retrouver son rythme.

Gagner chaque lancer

Si j’étais le gérant des Jays, je réunirais mes joueurs et je leur dirais quelque chose comme ceci :

Les bons joueurs trouvent le moyen de gagner des matchs. Les excellents joueurs trouvent le moyen de gagner chacune de leurs présences au bâton. Mais ceux qui se démarquent vraiment trouvent le moyen de gagner chaque lancer.

Voilà ce que je demanderais aux Jays pour leurs 15 derniers matchs.

Gagnez chaque lancer.

Que vous soyez un joueur de position qui s’apprête à frapper ou un lanceur qui vient d’entrer dans le match, concentrez-vous sur le prochain lancer. Rien d’autre.

Gagnons le prochain lancer.

Puis le suivant.

Et encore le suivant.

Vos présences au bâton seront meilleures. Vos présences au monticule seront meilleures. Votre défense sera meilleure. Et, surtout, votre concentration sera meilleure.

Si tous les joueurs de cette équipe adoptent cette philosophie, alors oui, les Jays peuvent se retrouver en séries.

Le facteur humain

Yogi Berra nous l’a répété à sa façon : « Le baseball est 90 % mental et l’autre moitié est physique. »

Évidemment, les mathématiques de Yogi étaient aussi particulières que son talent pour les petites phrases. Mais sur le fond, il avait raison.

Le baseball est un sport de confiance, de préparation et de concentration.

Après 147 matchs, il serait facile pour les joueurs des Jays de traîner avec eux tout ce qui s’est mal passé. Les mauvaises séquences. Les défaites inexplicables. Les présences au bâton ratées. Les avances perdues. Les situations où l’équipe s’est placée elle-même dans le pétrin.

Mais à quoi bon?

Tout ça appartient au passé.

Et personne ne contrôle le passé.

On peut analyser les probabilités, décortiquer les données et produire toutes les projections imaginables. On peut calculer les chances de Toronto et de Cleveland jusqu’à la troisième décimale.

Mais aucune statistique ne peut mesurer le niveau de concentration d’un joueur lorsqu’il se présente au bâton.

Aucune donnée ne peut calculer sa préparation.

Son courage.

Son instinct.

Son « guts ».

Et certainement pas son véritable désir de réussir.

C’est peut-être précisément là que se trouve la chance des Jays.

Il reste 15 matchs. Quinze matchs pour oublier les 147 précédents.

Quinze matchs pour arrêter de regarder le classement, les probabilités et les projections.

Quinze matchs pour jouer un lancer à la fois.

Parce qu’en septembre, lorsqu’une saison se joue sur quelques centimètres, quelques décisions et quelques lancers, c’est parfois celui qui réussit à rester dans le moment présent qui finit par avoir le dernier mot.

Le prochain lancer arrive.

Et lui, personne ne peut le gagner à la place des Jays.