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La recette du succès en plusieurs variétés

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La course aux équipes repêchées dans la Ligue américaine est fascinante à plusieurs niveaux. Six équipes tentent de se faufiler pour la troisième et dernière place donnant accès aux séries, mais ce qui m’intéresse encore davantage, c’est de constater qu’elles ne cherchent pas toutes à gagner de la même façon.

Et c’est peut-être l’une des plus belles particularités du baseball.

Prenez les deux premières équipes repêchées, les Yankees et les Red Sox. Sur papier, on pourrait croire que ces deux formations utilisent sensiblement la même recette offensive. Pourtant, lorsqu’on regarde un peu plus loin que les circuits, la différence est frappante.

New York a frappé 172 circuits cette saison, soit 44 de plus que Boston, qui en compte 128. Malgré cette impressionnante puissance, les Red Sox ont marqué davantage de points : 569 contre 554.

Pourquoi?

Parce que le baseball ne se résume pas aux circuits.

Boston a maintenu un MPP de ,727 contre ,714 pour New York. Les deux équipes ont frappé sensiblement le même nombre de coups sûrs de plus d’un but, 378 pour Boston et 375 pour New York, mais la grande différence se retrouve sur les buts. Les Red Sox ont affiché une moyenne de présence de ,323 contre ,308 pour les Yankees.

Autrement dit, New York frappe beaucoup plus de circuits, mais Boston donne plus souvent l’occasion à ses joueurs de se retrouver sur les sentiers.

Et ça fonctionne.

C’est la bonne nouvelle dans tout ça : il existe plusieurs façons de gagner des matchs.

La longue balle demeurera toujours une arme redoutable. Il serait d’ailleurs ridicule de prétendre le contraire dans le baseball actuel. Mais elle n’est pas la seule façon de produire des points.

Et je vous annonce quelque chose qui me fait particulièrement plaisir : le retour du « small ball » est bien réel.

Le retour de l’amorti

Le baseball est cyclique. Certaines tendances disparaissent pendant quelques années avant de refaire surface lorsqu’une nouvelle génération découvre que les vieilles recettes peuvent encore fonctionner.

L’amorti sacrifice en est un bel exemple.

Cette saison, on approche les 780 amortis sacrifices, ce qui représente environ 1 % des présences au bâton. Et si la tendance se maintient, 2026 surpassera le total de 801 enregistré en 2025, lui-même en hausse importante par rapport aux 716 de 2024 et aux 656 de 2023.

Ce n’est évidemment pas un retour au baseball des années 1980. On ne verra pas les équipes déposer trois ou quatre amorties par match. Mais certaines formations redécouvrent qu’il peut être payant de faire avancer un coureur de 90 pieds plutôt que d’attendre le prochain circuit.

Les chiffres sont particulièrement intéressants.

Parmi les cinq équipes qui ont déposé le plus d’amortis-sacrifices, trois sont actuellement en bonne position dans leur division ou dans la course aux séries : Tampa Bay avec 35, Milwaukee et Boston avec 28, Arizona avec 28 et Chicago avec 25.

À l’autre extrémité, les Dodgers, les Phillies, les Yankees et les Braves font partie des équipes qui en utilisent le moins.

Est-ce un hasard?

Peut-être.

Mais il est difficile de ne pas faire un parallèle avec les ressources financières disponibles. Les équipes qui disposent de masses salariales imposantes peuvent compter davantage sur la puissance de leurs gros frappeurs. Les autres doivent parfois trouver différentes façons de créer des chances de marquer.

Et c’est exactement ce qui rend cette course intéressante.

Le vol de buts, lui, n’explose pas

La même tendance ne s’applique toutefois pas nécessairement au vol de buts.

Malgré les nouvelles règles et des buts légèrement plus larges, le nombre de vols demeure relativement stable.

En 2023, les équipes du baseball majeur ont totalisé 3 503 vols, soit 0,72 par match. En 2024, le total est monté à 3 617, ou 0,74 par match. En 2025, on est redescendu à 3 440, soit 0,71 par rencontre.

Et si la tendance actuelle se maintient, 2026 devrait terminer autour de 0,69 vol par match.

Pourquoi?

Parce que le vol de buts ne dépend pas uniquement de la vitesse du coureur. La qualité de la gestion des coureurs par les lanceurs et surtout la qualité des bras des receveurs jouent un rôle majeur.

Certaines équipes ont compris qu’elles pouvaient mettre de la pression sur leurs adversaires. Les Rays et les Brewers, notamment, font partie des équipes qui utilisent très bien cet aspect du jeu.

Encore une fois, différentes façons de gagner.

Et maintenant, la course aux séries

C’est ici que les choses deviennent particulièrement intéressantes.

Les Blue Jays et les Guardians figurent parmi les équipes les moins productives de la Ligue américaine au niveau des points marqués et du MPP. Cleveland possède toutefois une arme que plusieurs autres formations n’ont pas : la capacité de mettre de la pression sur les sentiers.

Detroit, de son côté, possède le meilleur différentiel de points de la Ligue américaine, à +86, et les Tigers figurent également parmi les équipes qui frappent le plus de circuits.

Mais attention : les Tigers ne sont plus tout à fait la même équipe qu’avant la date limite des transactions.

Au monticule, Detroit semblait posséder un avantage certain. Mais l’organisation a décidé de regarder ailleurs en échangeant Tarik Skubal et Casey Mize. Skubal a pris le chemin de Los Angeles alors que Mize a été envoyé à San Diego.

Difficile donc de considérer aujourd’hui leur rotation comme l’arme dominante qu’elle pouvait représenter il y a quelques semaines.

Les Twins, eux, semblent être l’équipe dont les problèmes au monticule pourraient éventuellement les empêcher de se faufiler. Et dans une course aussi serrée, il suffit parfois d’une faiblesse importante pour faire la différence.

En défense, les Blue Jays se positionnent avantageusement, alors que les Tigers et les Twins ont davantage de difficultés.

Et je ne parle pas seulement du nombre d’erreurs.

La défensive, c’est aussi le positionnement, le temps de réaction, la qualité des relais et la capacité d’un joueur à se rendre à une balle que d’autres ne pourraient tout simplement pas atteindre.

C’est souvent dans ces petits détails qu’un match se décide.

Six semaines pour tout changer

Il reste environ six semaines à la saison et six équipes qui rêvent encore de cette dernière place donnant accès aux séries.

Et puis, il ne faut jamais oublier l’imprévisible : les joueurs.

José Ramírez, Vladimir Guerrero Jr., Byron Buxton, Corey Seager, Gunnar Henderson et Spencer Torkelson pourraient tous exercer une influence majeure sur cette course d’ici la fin de la saison. Une série de matchs dominants, quelques gros coups au moment opportun ou simplement le retour en santé d’un joueur clé peuvent complètement modifier l’équation.

C’est aussi ça, le baseball. On peut analyser les circuits, les points marqués, le MPP, les vols, la défensive et la qualité des lanceurs… mais à la fin, ce sont encore les joueurs qui doivent effectuer le travail.

Les statistiques nous donnent les tendances, mais les joueurs vont écrire la conclusion.

Et c’est justement ce qui rend cette course aussi fascinante.

Parce qu’au fond, il n’existe pas une seule façon de gagner au baseball.

On peut gagner 5-4 avec trois circuits.

On peut aussi gagner 3-2 avec un amorti, un vol de but, un simple au bon moment et une défense qui réalise le jeu qu’il faut.

Au cours des six prochaines semaines, toutes ces petites différences prendront de l’importance.

Et lorsque la poussière sera retombée, l’équipe qui aura réussi à trouver le plus de façons de gagner pourrait bien être celle qui aura gagné le droit de continuer à jouer en octobre.

Parce qu’au baseball, le circuit fait toujours rêver. Mais il n’est définitivement pas le seul chemin qui mène aux séries.