MLB
Edouard JulienOpens in new window
Otto LopezOpens in new window

Le baseball canadien n’a jamais été aussi vivant

Publié le 

Josh Naylor (PC)

Du succès du Canada à la Classique mondiale de baseball à l’émergence d’une nouvelle génération de joueurs québécois et canadiens, tout indique que le sport connaît aujourd’hui un véritable nouvel âge d’or au pays.

Lorsque les Expos ont quitté Montréal pour Washington en 2004, plusieurs amateurs ont eu l’impression d’assister à la fin d’une époque. Pour certains, ce départ symbolisait même le début d’un lent déclin du baseball au Québec.

Vingt ans plus tard, la réalité raconte pourtant une tout autre histoire.

Le baseball canadien est en pleine ascension

Le parcours de l’équipe canadienne à la Classique mondiale de baseball vient d’ailleurs ajouter une nouvelle couche à cette popularité grandissante. Le quart de finale atteint par le Canada ne représente pas seulement un beau moment sportif : il illustre aussi une réalité beaucoup plus profonde. Le bassin de talent continue de croître partout au pays.

Oui, le vétéran James Paxton, 37 ans, pratiquement sorti de son divan, a été brillant au monticule contre Cuba. Mais derrière lui, se profile déjà une nouvelle génération. Des joueurs comme Owen Caissie, Antoine Jean et Matt Wilkinson possèdent tous un avenir prometteur.

Et le simple fait d’avoir rivalisé avec les États-Unis en quart de finale démontre que le Canada n’est plus très loin derrière les puissances traditionnelles. Lors de ce match, les Canadiens ont d’ailleurs frappé plus de balles d’aplombs que leurs adversaires américains.

Une réalité qui témoigne d’un progrès bien réel.

Bien sûr, cette progression ne s’est pas faite du jour au lendemain.

Plusieurs amateurs se souviennent encore de la poussée spectaculaire des Blue Jays en 2015 et 2016. Ces séries éliminatoires électrisantes avaient rallumé la passion pour le baseball d’un océan à l’autre.

Les matchs préparatoires présentés pendant plusieurs années au Stade olympique de Montréal ont également contribué à raviver l’intérêt chez de nombreux amateurs québécois. Pour plusieurs jeunes joueurs, ces rencontres représentaient une première occasion de voir de près des athlètes des grandes ligues.

À cela s’ajoute l’émergence de joueurs québécois comme Édouard Julien, Abraham Toro et Otto Lopez, devenus au fil des années de véritables sources d’inspiration pour toute une génération.

Il faut aussi parler du succès des Capitales de Québec.

Avec quatre titres consécutifs depuis 2022 et onze championnats au total, la formation de la Vieille Capitale s’est imposée comme l’une des grandes franchises du baseball professionnel indépendant. Et quiconque a déjà assisté à un match au Stade Canac sait qu’il y règne une atmosphère unique.

Puis est venue la présence des Blue Jays en Série mondiale l’an dernier, un moment qui a replacé le baseball au cœur de la conversation sportive au pays.

Aujourd’hui, les retombées de cette visibilité se font sentir jusque sur les terrains amateurs.

Les chiffres racontent l’histoire

Plus de 1200 joueurs canadiens évoluent actuellement dans les rangs collégiaux et universitaires américains. Parmi eux, environ une centaine provient du Québec. En 2004, au moment du départ des Expos, on ne comptait que 24 joueurs québécois dans ces circuits.

La progression est frappante.

En 2008, environ 18 000 joueurs étaient inscrits au baseball dans la province. En 2025, ce nombre dépasse maintenant les 40 000. Et à voir les nombreuses associations qui annoncent déjà une hausse importante des inscriptions pour l’été 2026, le Québec pourrait bientôt se rapprocher des meilleures années du début des années 1980, lorsque près de 46 000 joueurs pratiquaient ce sport.

La croissance est encore plus spectaculaire du côté féminin.

En 2008, environ 500 filles jouaient au baseball au Québec. Aujourd’hui, elles sont plus de 6000 à fouler les terrains de la province.

Cette expansion repose en grande partie sur la qualité des structures de développement mises en place au fil des années.

La force du développement

Au Québec, les programmes sports-études ont joué un rôle majeur dans la formation des jeunes joueurs. Des organisations comme l’Académie de baseball du Canada, tant chez les garçons que chez les filles, ont contribué à structurer le développement des athlètes et à leur offrir un environnement d’entraînement comparable à ce que l’on retrouve ailleurs en Amérique du Nord.

Et ce phénomène ne se limite pas au Québec.

Partout au Canada, les académies privées poursuivent leur développement à un rythme impressionnant. Ces structures permettent aux jeunes joueurs de bénéficier d’un encadrement technique de plus en plus spécialisé tout en leur offrant une visibilité accrue auprès des recruteurs universitaires américains.

Le résultat est clair : un nombre croissant de jeunes Canadiens poursuivent aujourd’hui leur développement dans le baseball collégial et universitaire, une étape souvent essentielle vers le baseball professionnel.

Mais cette croissance rapide amène aussi un nouveau défi.

Celui de l’évaluation et de la sélection des talents.

Un bassin plus large, un défi plus grand

Depuis plusieurs années, cette responsabilité repose en grande partie sur les épaules de Greg Hamilton, responsable du recrutement et du programme des équipes junior et senior.

Il faut le reconnaître, Hamilton a accompli un travail solide et a contribué à maintenir le Canada compétitif sur la scène internationale.

Mais avec un bassin de joueurs qui continue de s’élargir et un nombre grandissant de joueurs universitaires, de professionnels affiliés et d’athlètes évoluant dans le baseball indépendant, il devient légitime de se demander si le réseau d’évaluation ne devrait pas lui aussi évoluer.

Repérer les meilleurs joueurs à travers un pays aussi vaste que le Canada représente déjà un défi considérable.

Et avec l’émergence constante de nouveaux talents, élargir le cercle des évaluateurs pourrait devenir une avenue intéressante.

Pourquoi ne pas s’entourer davantage de spécialistes du terrain?

Un nom qui vient rapidement en tête est celui de Patrick Scalabrini, le gérant des Capitales de Québec. Les succès répétés de son équipe démontrent qu’il possède un œil particulièrement aiguisé pour identifier et évaluer le talent.

S’entourer de gens comme lui, des gens qui vivent quotidiennement dans l’évaluation des joueurs, pourrait permettre au Canada de renforcer encore davantage son processus de sélection.

La prochaine vague arrive

Car pendant que le système continue de se développer, une nouvelle génération de joueurs québécois commence déjà à se faire remarquer dans le baseball professionnel.

Charles Davalan, Émilien Pitre, Cédric De Grandpré, Mathieu Vallée, Nicolas Deschamps, Jérémy Pillon ou encore Louis-Philippe Langevin poursuivent actuellement leur progression au sein d’organisations affiliées du baseball majeur. Sans compter les nombreux Québécois et Canadiens qui évoluent dans le baseball professionnel indépendant.

Ils ne sont peut-être pas encore des vedettes connues du grand public.

Mais ils représentent déjà la prochaine vague du baseball canadien.

Et quelque part, sur un terrain du Québec, les prochains joueurs appelés à représenter le pays sur la scène internationale sont peut-être déjà en train de lancer ou de frapper leurs premières balles.