COLLABORATION SPÉCIALE
Kyle Tucker a accepté 60 millions de dollars par saison pour se joindre aux Dodgers de Los Angeles. Parce que les Dodgers peuvent se le permettre. Point.
Ils comptent maintenant huit joueurs sous contrat de plus de 100 M$, et comme chaque fois que les Dodgers frappent un grand coup, les mêmes questions refont surface : est-ce que le baseball est brisé? Est-ce que les Dodgers sont mauvais pour le sport? Un conflit de travail est-il inévitable après la saison 2026?
Pendant ce temps, Bo Bichette choisit les Mets, tourne la page sur Toronto et ravive un autre débat, beaucoup plus émotif celui-là : celui de la loyauté, des valeurs… et de la réalité d’un sport devenu une industrie.
Deux dossiers différents, mais un même fil conducteur : le système.
Tucker et les Dodgers : le symbole parfait
Les Dodgers ne trichent pas. Ils ne contournent rien. Ils dominent le système.
Ils évoluent dans un marché gigantesque, avec le meilleur contrat de télévision locale, une marque mondiale, un climat parfait pour le baseball et une base de partisans planétaire, de plus en plus présente en Asie. Mais surtout, ils ont une organisation qui comprend comment maximiser chaque dollar : contrats étalés, flexibilité financière, vision à long terme et agressivité assumée.
Ce que font les Dodgers, tous les propriétaires aimeraient le faire. La différence? Certains ne peuvent pas. D’autres ne veulent tout simplement pas.
Et comme partisan, soyons honnêtes : tu veux voir ton propriétaire agir pour gagner. À ce chapitre, les Dodgers font exactement ce qu’on attend d’une organisation ambitieuse.
Le baseball n’est pas malade. Son système, oui.
Il faut arrêter de dire que le baseball va mal. C’est faux. Les cotes d’écoute sont en hausse. Les stades se remplissent. L’âge moyen des partisans est maintenant dans la trentaine. L’argent n’a jamais autant circulé.
Le sport va bien. C’est le système qui crée l’injustice.
Le problème, ce n’est pas juste l’existence des gros marchés. C’est la façon dont l’argent est redistribué... ou non.
Les propriétaires : une question de philosophie
Prenons un exemple très clair. Les Rockies du Colorado génèrent plus de 300 millions de dollars de revenus annuels, mais investissent à peine 30 % de cette somme dans leur masse salariale.
À l’inverse, les Dodgers, les Mets et les Blue Jays investissent 75 % et plus de leurs revenus dans leurs joueurs.
Le vrai fossé est là.
Entre les équipes qui veulent réellement gagner... et celles qui acceptent de simplement encaisser.
Tant que le système permettra à certaines organisations de profiter des revenus sans obligation réelle d’investir dans le produit sur le terrain, l’écart va demeurer peu importe ce que feront les Dodgers.
Les solutions réalistes... et le spectre d’un conflit
Un plancher salarial? Oui. Un plafond salarial? Logiquement, oui aussi.
Mais soyons réalistes : l’Association des joueurs ne voudra jamais d’un plafond strict. Et c’est exactement pour cette raison que plusieurs anticipent un conflit de travail après la saison 2026.
Un simple plancher ne suffira pas. Les propriétaires les moins engagés s’y colleront au minimum requis, sans ambition supplémentaire.
Personnellement, j’irais plutôt avec deux mesures claires :
- une taxe de luxe beaucoup plus sévère;
- et une obligation d’investir un pourcentage minimal des revenus, disons 60 %.
J’accepterais que les contrats soient étalés, mais leur valeur réelle devrait compter pleinement dans le calcul de la masse salariale. Shohei Ohtani à 70 M$ par saison devrait compter pour 70 M$, pas pour 2 M$.
Le but n’est pas de punir les Dodgers. Le but est de redonner de l’espoir aux autres.
Parce qu’un conflit de travail viendrait anéantir des années d’efforts pour attirer de nouveaux partisans. Le baseball ne peut pas se permettre de reculer maintenant.
Bo Bichette : la décision humaine dans un système froid
Je vais être très clair : je suis déçu.
Content pour les partisans des Mets, évidemment. Mais je comprends difficilement la décision du clan Bichette, à moins qu’il y ait eu un malaise réel avec l’organisation des Blue Jays.
Bichette savait que Toronto pouvait aspirer aux grands honneurs. Les Jays sont parmi les meilleures équipes de la Ligue américaine, avec une organisation stable et une fenêtre encore grande ouverte. Les Mets ont-ils réellement plus de chances de gagner dans la Nationale? Rien n’est moins sûr.
Il accepte un contrat de trois ans à plus de 40 millions de dollars par saison, avec des options de sortie après la première et la deuxième année. C’est un excellent contrat... s’il joue à la hauteur de son talent. Les Jays avaient les moyens de l’égaler, surtout avec une structure semblable. Comme dans le dossier Tucker, Toronto offrait davantage d’années, donc plus de sécurité. Bichette a choisi moins d’années, plus d’argent immédiatement.
Ce qui me frappe le plus, c’est que Bichette était clairement ouvert au changement. Il jouera au troisième but avec les Mets. Donc, la flexibilité n’était pas un enjeu.
Je vais même aller plus loin : s’il avait signé avec les Phillies, j’aurais beaucoup mieux compris cette décision. Le lien avec Don Mattingly, une organisation reconnue pour sa culture de gagnants et une équipe déjà construite pour la Série mondiale auraient donné un tout autre sens à son choix. Là, j’y aurais vu une logique sportive claire.
Ici, j’y vois surtout une décision dictée par le marché et par le court terme.
Je comprends qu’il ait testé l’autonomie. Je comprends la réalité d’affaires. Mais j’aurais aimé voir un peu plus de loyauté envers l’organisation qui l’a repêché, développée et amenée à un cheveu de la Série mondiale. Une organisation qui ajoute Dylan Cease pour maximiser ses chances et qui lui offrait l’occasion de gagner avec son bon ami Vladimir Guerrero Jr.
Je le sais... c’est une business. Mais parfois, j’aimerais encore croire que certaines valeurs peuvent peser dans la balance.
Les Jays en 2026 : moins glamour, mais prêts à se battre
Malgré tout, les Blue Jays arrivent en 2026 avec une équipe prête à se battre.
Dylan Cease et Cody Ponce solidifient la rotation. Tyler Rogers ajoute de la profondeur à l’enclos des releveurs. Anthony Santander pourrait retrouver son élan. Une saison complète d’Addison Barger change la dynamique. Et si Kazuma Okamoto s’adapte rapidement, Toronto sera une équipe dangereuse.
Oui, l’équipe aurait été meilleure avec Tucker ou Bichette. Mais c’est quand même un bon hiver.
Et au final, comme toujours au baseball... ce n’est ni le système ni les contrats qui frappent la balle. C’est le joueur sur le terrain.



