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Que s’est-il passé avec Vlad?

Publié le 

Avec une semaine à faire au calendrier, on espère toujours le réveil de Vladimir Guerrero Jr.

Les minces espoirs des Jays de faire les séries par la porte arrière se referment un peu plus à chaque présence de Guerrero lorsqu’il frappe une autre balle au sol.

Dommage.

Parce que cette saison, l’Américaine nous offre un scénario bien différent de celui qui était anticipé. La porte est grande ouverte pour ceux qui veulent se glisser en séries.

Pour les Jays, cette situation est d’autant plus frustrante qu’une saison simplement moyenne de leur joueur de franchise aurait probablement suffi à leur procurer quelques victoires supplémentaires et à complètement changer le portrait dans cette course aux séries.

Mais lorsque ton point d’ancrage, ton joueur de franchise, celui qui est censé tirer les autres vers le haut, ne produit tout simplement pas, ça change la donne.

Évidemment, Guerrero n’est pas le seul joueur des Jays à connaître une saison en deçà des attentes.

Mais lorsque tu entames la première année d’un contrat de 14 ans et 500 millions de dollars, il y a forcément de quoi se questionner sur la suite.

Alors, qu’est-ce qui s’est passé?

Statistiquement, c’est une véritable dégringolade

Regardons simplement les chiffres (selon Baseball Reference).

Moyennes en carrière avant cette saison (sur 162 matchs) : ,288 / 35 doubles / 30 circuits / 98 points produits / 94 points / ,861 OPS

Saison 2026 : ,261 / 24 doubles / 9 circuits / 56 points produits / 71 points / ,693 OPS

Après le match du 18 septembre, Guerrero affiche une moyenne de ,261, seulement neuf circuits et un OPS de ,693.

Il a déjà connu deux saisons avec un WAR supérieur ou égal à 6,0. Il se retrouve cette année à seulement 1,2.

Et le plus inquiétant n’est même pas sa moyenne au bâton.

C’est la disparition de sa puissance.

La puissance a disparu

Regardons maintenant ce qui se passe à la sortie du bâton.

SaisonVitesse de sortie moyenneCoups dursBarils
202493,8 mi/h 54,9 %13,8 %
202592,0 mi/h50,7 %12,2 %
202690,5 mi/h 44,5 %7,1 %

Les chiffres de Statcast sont assez éloquents.

Si un lanceur perd trois milles à l’heure sur sa balle rapide, on en fait immédiatement un cas.

Même chose chez un frappeur.

La vitesse moyenne de sortie de Guerrero demeure supérieure à la moyenne de la MLB, mais ce n’est pas vraiment la question. Pour lui, passer de 93,8 mi/h en 2024 à 90,5 mi/h en 2026 représente une chute majeure.

Et surtout, son taux de barils est passé de 13,8 % à seulement 7,1 %.

Autrement dit, il ne fait pas seulement moins de dégâts.

Il frappe beaucoup moins souvent la balle de la façon qui permet de faire des dégâts.

C’est là que ça devient inquiétant.

Frapper fort… directement dans le sol

Historiquement, Guerrero a toujours eu une particularité.

Il frappe énormément de balles au sol.

Mais il a longtemps réussi à compenser parce qu’il frappait ces balles tellement fort qu’elles traversaient le champ intérieur.

Le problème, c’est que même une balle frappée à 105 ou 110 milles à l’heure n’a pas beaucoup de valeur si elle roule directement vers l’arrêt-court.

C’est encore plus vrai lorsqu’un frappeur perd simultanément de la vitesse à la sortie du bâton.

Le paradoxe de Guerrero est justement là : son contact demeure parfois très solide, mais il n’est pas suffisamment bien orienté.

Il ne suffit pas de frapper avec force.

Il faut frapper la balle avec force dans les airs, avec de la vie.

C’est exactement ce que Guerrero ne fait pas assez cette année.

Son angle de lancement (launch angle) moyen demeure très bas, à environ 9 degrés, et son pourcentage de contacts dans la zone idéale a également diminué.

C’est un problème qui accompagne Guerrero depuis plusieurs années, mais qui devient beaucoup plus difficile à cacher lorsque la puissance de sortie diminue.

Guerrero possède une trajectoire de bâton relativement plate et dispose donc de moins de marge d’erreur lorsqu’il rate légèrement son synchronisme.

Et c’est probablement ce qui me frappe le plus lorsque je le regarde frapper cette année. Je ne vois pas seulement un joueur qui frappe moins d’aplomb. Je vois un frappeur qui semble avoir beaucoup plus de difficulté à trouver ce fameux contact parfait. Celui où tout s’enchaîne naturellement et où la balle semble exploser du bâton.

Est-ce la discipline?

Voilà une autre partie intéressante du casse-tête.

En 2026, Guerrero semble avoir davantage de difficulté à laisser passer certains lancers qu’il devrait probablement laisser passer.

Les lancers à effet, particulièrement les glissantes et les courbes, lui causent des problèmes. Mais le problème n’est pas nécessairement le type de lancer.

C’est parfois la décision de s’élancer.

Lorsqu’un frappeur comme Guerrero met son bâton sur presque tout, c’est normalement une qualité extraordinaire.

Mais lorsqu’il attaque des lancers qui ne sont pas réellement cadrés, son talent pour faire contact peut devenir un piège.

Il réussit à toucher la balle.

Mais il la frappe faiblement, ou directement au sol.

Et lorsqu’il obtient finalement le lancer qu’il attendait, il ne produit plus la même vitesse de sortie.

C’est un cercle vicieux.

Il faut également rappeler que Guerrero ne connaît pas une baisse de puissance parce qu’il serait soudainement devenu incapable de frapper une balle rapide. Il possède encore une vitesse de sortie maximale impressionnante. Le problème est davantage sa capacité à répéter les contacts de grande qualité. Les données Statcast montrent une baisse importante du contact fort et des barils, alors que son taux de retraits sur trois prises demeure relativement bas.

Et c’est probablement ce qui rend la situation encore plus frustrante.

Il continue de mettre le bâton sur la balle.

Mais il ne fait plus suffisamment mal à celle-ci.

Et sa mécanique dans tout ça?

Je ne vais pas vous faire un cours de mécanique du frappeur.

Mais à mes yeux, il y a quelque chose qui ne fonctionne pas.

La puissance d’un élan commence par le bas du corps. Les jambes, les hanches, la rotation du tronc, puis les mains.

Après avoir passé des milliers d’heures à regarder et à analyser des élans, il y a une chose que j’ai toujours trouvée fascinante : un frappeur peut avoir une excellente position au bâton et un élan magnifique dans une cage de frappeur, mais si le bas du corps ne travaille pas au bon moment durant les matchs, tout le reste devient beaucoup plus difficile.

Chez Guerrero, je trouve que la partie inférieure de son corps ne contribue pas toujours de façon optimale à son élan.

Est-ce une question de mobilité?

D’explosivité? De synchronisme? D’habitude?

Peut-être un mélange de tout ça.

Je me suis même demandé s’il y avait un problème physique quelconque, particulièrement avec la hanche arrière. Mais lorsqu’on le voit se déplacer en défense, faire des mouvements rapides et jouer avec suffisamment d’aisance, il devient difficile de conclure qu’une blessure explique tout.

Alors, est-ce une question de condition physique?

Attention : je ne parle pas nécessairement de poids ou de forme générale.

Je parle de mobilité et d’explosivité.

Pour un frappeur, la capacité de charger le bas du corps et de transférer cette énergie vers la balle est fondamentale.

Et c’est là que je me pose des questions.

Guerrero utilise toujours le fameux « toe tap », ce petit mouvement de la jambe avant qui lui permet de se préparer avant de déclencher son élan.

Il n’est évidemment pas le seul à utiliser cette mécanique.

Mais plusieurs frappeurs cherchent justement à réduire les mouvements inutiles afin de simplifier leur préparation et d’améliorer leur synchronisme.

Guerrero a connu énormément de succès avec son approche.

Alors pourquoi la changer?

C’est justement la question.

Parce qu’après 25 semaines de difficultés, il faut au moins se demander si quelque chose doit être modifié, non?

Le fameux launch angle

Et il faut être précis ici.

Le « launch angle » n’est pas l’angle du bâton au moment du contact. C’est l’angle vertical auquel la balle quitte le bâton.

Plus le contact est dirigé vers le haut, plus les chances d’obtenir une balle qui parcourt une longue distance augmentent.

Mais attention : cela ne signifie pas qu’il faut simplement « monter » son élan.

C’est beaucoup plus subtil.

Le frappeur doit trouver le bon point de contact, souvent légèrement devant le corps, au bon moment, avec le bon parcours de bâton.

Et c’est justement ce qui rend le cas Guerrero fascinant.

Il possède toutes les qualités physiques pour frapper la balle très fort.

Il possède la coordination main-œil.

Il possède une vitesse de bâton exceptionnelle.

Mais quelque chose dans la chaîne ne fonctionne plus suffisamment bien pour permettre à ces qualités de se transformer en puissance.

Il faudra trouver la réponse

Voilà pourquoi je suis moins préoccupé par les neuf circuits que par la façon dont Guerrero les produit.

Les circuits peuvent revenir.

Une mauvaise séquence peut arriver.

Une saison difficile peut arriver.

Mais lorsqu’un joueur de 27 ans, qui vient de signer un contrat de 500 millions de dollars, voit sa vitesse de sortie, son taux de coups durs et son taux de barils chuter aussi drastiquement, il faut chercher la raison.

Et rapidement.

Parce que cette baisse de production pourrait coûter cher aux Jays dans leur tentative de se faufiler en séries cette année.

Mais le véritable problème est ailleurs.

Il reste 13 années au contrat.

Les Jays ne peuvent pas simplement espérer que Vladimir Guerrero Jr. redeviendra Vladimir Guerrero Jr.

Ils doivent comprendre pourquoi il n’est plus le même frappeur.

Est-ce son approche?

Son synchronisme?

Son utilisation du bas du corps?

Son parcours de bâton?

Sa sélection de lancers?

Un peu de tout ça?

Je ne prétends pas avoir la réponse. Mais après avoir regardé Guerrero frapper pendant toutes ces années, quelque chose saute aux yeux : il ne semble plus frapper la balle avec la même facilité.

Et c’est peut-être ce qui me dérange le plus dans cette situation. Lorsqu’on connaît le talent de Guerrero, on sait que ce n’est pas normal de le voir passer autant de temps à chercher son élan. Je ne cherche pas le circuit spectaculaire à chaque présence. Je cherche simplement le frappeur que j’ai vu dominer pendant des années. Celui qui donnait l’impression que, lorsqu’il frappait la balle au bon endroit, quelque chose de spécial allait se produire.

Mais une chose est certaine : après 25 semaines de difficultés, il ne suffit plus de souhaiter le réveil de Vladimir Guerrero Jr.

Il faut comprendre pourquoi il dort encore.

Compte complet : Pour passer aux séries, les vedettes devront répondre présent Dans ce 32e épisode de la saison 2026, Alain Usereau et Marc Griffin discutent des Blue Jays, des vedettes et des possibles expansions.