Il y a un réflexe qu'on entend souvent dans le baseball : quand une équipe trône au sommet à la mi-saison, certains se dépêchent de dire que « ça ne durera pas ». Dans le cas des Blue Jays de 2025, ce serait peut-être une erreur de jugement. Très vite, on se rend compte qu'ils ne sont pas là par hasard. Leur succès repose sur des bases solides : une attaque disciplinée et variée, des lanceurs expérimentés, et un effectif où chacun sait exactement ce qu'il doit apporter.
En observant cette équipe depuis plusieurs semaines, je me dis qu'elle a les armes pour résister à la pression jusqu'au dernier match de la saison régulière.
Un cœur de formation solide
Est-ce trop exagéré de comparer l'importance de Vladimir Guerrero Jr. à celle de David Ortiz pour les Red Sox de 2004 ou Miguel Cabrera pour les Tigers de 2012 : celui du frappeur qui s'impose avec sa prestance, qui change un match avec une présence au bâton, et qui le fait avec constance. Son MPP de .888 n'est pas qu'un chiffre : c'est la preuve qu'il est un pilier fiable tous les soirs.
À ses côtés, Bo Bichette est la machine à coups surs. Il domine le baseball majeur avec 148, 10 de plus que Manny Machado des Padres. Ses 78 points produits sont un sommet chez les Jays cette année.
Ernie Clement, quant à lui, est une vraie bougie d'allumage. Son WAR supérieur à Bichette est une statistique qui devrait être encadrée pour rappeler qu'une équipe championne n'est pas faite que de vedettes, mais aussi de joueurs complets, capables de contribuer dans tous les aspects du jeu.
Addison Barger a ce que j'appelle une « puissance qui change la stratégie ». Même si sa production fluctue, sa présence dans l'alignement oblige les lanceurs à modifier leur approche.
George Springer, lui, est un vétéran qui sait ce que ça prend pour gagner en octobre — et ça, ce n'est pas théorique : il a un titre de Série mondiale dans ses bagages. Sa moyenne de .371 et son MPP de 1,091 en juillet prouvent qu'il peut encore dominer quand il est en santé. S'il revient à ce niveau, ça peut avoir le même effet qu'un échange majeur à la date limite.
Daulton Varsho est un exemple parfait de joueur à deux volets. Défensivement, il me rappelle Kevin Kiermaier à son apogée : lecture impeccable, couverture de terrain, bras précis. Offensivement, ses 12 circuits en 123 présences au bâton montrent qu'il peut changer un match. Reste à réduire ses 40 retraits sur des prises pour maximiser son impact. Échange 10 des 40 retraits sur des prises par 10 buts sur balles ferait une énorme différence.
Nathan Lukes, avec sa moyenne de présence sur les buts de .339, fait exactement ce que faisaient les joueurs de soutien des Yankees des années 90 : saisir chaque occasion.
Je ne m'en cache pas, j'aime bien Joey Loperfido. Un style qui me fait penser à Kyle Tucker. Je parle bien de style. Lorsque Springer sera prêt à revenir au jeu, il y aura une décision à prendre. Myles Straw pourrait écoper. L'ajout de Ty France offre une belle option comme frappeur suppléant droitier. Je souhaite donc de voir Loperfido rester avec le club.
Une approche au bâton qui gagne des saisons
Les Blue Jays sont l'équipe la moins retirée sur des prises dans toute la MLB (810). Ce genre de statistique, on le retrouve souvent chez les champions de division. Regardez les Astros des dernières années ou les Cardinals du début des années 2010 : mettre la balle en jeu, forcer la défense à travailler, c'est une stratégie qui paie en fin de saison, quand les matchs se gagnent sur des détails.
Une rotation expérimentée… et toujours efficace
Oui, l'âge est un facteur : Lauer (30), Berríos (31), Gausman (34), Bassitt (36) et Scherzer (41). Mais rappelez-vous : les Nationals de 2019 avaient aussi une rotation vieillissante, et ça ne les a pas empêchés de tout gagner.
Avec 46 départs de qualité (11e sur 30) et le 5e rang des majeures pour les retraits sur des prises, ce groupe continue de livrer. Leur point faible? Les circuits accordés (163, 5e pire total des majeures). Le départ de Chad Green,14 circuits en 43,2 manches, va certes aider. Jeff Hoffman devra aussi limiter les longues balles (10 en 49 manches). Plus facile à dire qu'à faire, mais tout de même un aspect important à améliorer.
Si Shane Bieber se joint à la rotation dans les prochaines semaines, passer à six partants pourrait prolonger la durabilité de ce groupe jusqu'en octobre.
Une relève pour survivre aux tempêtes
Dans les années où les Blue Jays ont été compétitifs, un personnel de releveur solide a toujours été une constante. Cette année ne fait pas exception. Jeff Hoffman est le visage du groupe, mais il n'est pas seul : Yariel Rodríguez, Seranthony Domínguez et Louis Varland peuvent tous fermer des matchs. Varland pourrait devenir facilement l'homme de confiance en fin de match.
Chez les gauchers, Brendon Little et Mason Fluharty offrent des options précieuses. Fluharty, d'ailleurs, a déjà un moment-clé à son actif : son premier sauvetage à Los Angeles, où il a retiré Ohtani sur des prises avec les buts remplis, puis forcé Betts à frapper un faible roulant. Ce genre de séquence peut cimenter la confiance d'un releveur pour toute la saison.
Une colonne vertébrale défensive solide
Giménez au deuxième but, Varsho au centre, Kirk derrière le marbre : voilà une ligne de centre qui inspire confiance. Bichette n'est pas celui qui couvre le plus de terrain, mais son expérience l'aide et maintenir une bonne stabilité à l'arrêt-court. C'est une configuration qui rappelle les équipes qui gagnaient avec la défense au milieu des années 2000 : forte présence défensive sur l'axe central et communication impeccable.
Profil type d'un champion de division
Quand on décortique cette équipe, on retrouve toutes les cases cochées des formations qui gagnent leur division :
- Un noyau offensif diversifié qui met la balle en jeu.
- De la puissance dispersée dans l'alignement.
- Une approche disciplinée au bâton.
- Une rotation expérimentée, mais encore performante.
- Une belle profondeur en relève.
- Une ligne du centre qui excelle en défense.
C'est la recette qu'on a vue chez les équipes qui ont su résister à la pression en septembre et franchir la ligne d'arrivée en tête. Les Blue Jays ne sont pas parfaits, aucune équipe ne l'est, mais ils ont le profil exact d'un club qui contrôle son destin.






