Bill Russell. Wilt Chamberlain. Larry Bird.
Voilà la liste complète de ceux qui ont réussi à remporter trois fois de suite le titre de joueur le plus utile à son équipe dans la NBA. Personne n’a accompli cet exploit depuis 40 ans, et l’absence sur cette liste de grandes vedettes — des noms comme Michael Jordan, LeBron James, Magic Johnson ou encore Kareem Abdul-Jabbar — témoigne de la difficulté de la tâche.
Le Canadien Shai Gilgeous-Alexander, du Thunder d’Oklahoma City, aura l’opportunité d’y parvenir cette saison, qu’il le veuille ou non. Son objectif — comme cela a été le cas ces dernières années — reste les victoires et les championnats, et non les distinctions individuelles.
« Je dois simplement être le meilleur joueur possible pour cette équipe de basketball, et gagner autant de matchs que possible », a déclaré le Torontois de 28 ans.
« Cette approche m’a plutôt bien réussi par le passé, et j’ai eu la chance de remporter deux titres d’affilée. Il n’en va pas autrement pour moi à l’aube de cette saison. »
Il est le meilleur joueur d’une équipe qui figure, avec les Spurs de San Antonio, parmi les grands favoris pour remporter le championnat de la NBA. Gilgeous-Alexander a recueilli plus de 75 % des votes pour la première place au scrutin pour le titre de joueur le plus utile au cours des deux dernières saisons, et sa moyenne de 32 points par match est la meilleure de la NBA sur cette période.
Il estime, par ailleurs, ne pas avoir encore atteint son apogée.
« J’ai l’impression d’être un meilleur joueur de basket-ball, plus polyvalent », a souligné Gilgeous-Alexander. « Et en meilleure forme physique, aussi. »
Sam Presti, directeur général du Thunder, a côtoyé des joueurs intronisés au Temple de la renommée. Il reconnaît ces qualités chez Gilgeous-Alexander, affirmant lors de sa conférence de presse d’avant-saison, le mois dernier, que les grands joueurs de ce niveau possèdent «quelque chose qui les distingue des autres et qui les rend vraiment uniques».
« Il détient les qualités fondamentales : son éthique de travail, sa discipline, son caractère, des atouts indispensables pour être un joueur d’élite constant en NBA ou ailleurs », a précisé Presti.
« Mais sa conscience émotionnelle et sa maîtrise de ses émotions sont, à mon avis, supérieures. C’est extraordinaire. Sa vision est nuancée. Il ne vit pas dans un monde où tout se résume à la réussite ou à l’échec, et je pense que c’est en partie ce qui lui a permis de remonter la pente, après avoir été un joueur universitaire peu courtisé », a-t-il ajouté.
Le basket-ball a changé, et Gilgeous-Alexander fait partie des joueurs qui l’ont fait évoluer.
Des athlètes provenant d’ailleurs que des États-Unis ont remporté les huit derniers titres de joueur le plus utile dans la NBA. Si le sondage annuel réalisé auprès des directeurs généraux de la ligue s’avère exact, cette séquence passera à neuf cette saison — puisque Victor Wembanyama, des Spurs, est leur favori pour mériter l’honneur au printemps prochain.
Et à l’exception de Joel Embiid — 3e choix du repêchage en 2014 et joueur le plus utile à son équipe en 2022-2023 —, peu de gens s’attendaient à ce que bon nombre de ces futurs lauréats d’origine internationale atteignent un tel niveau à leur arrivée dans la ligue.
Giannis Antetokounmpo, qui évoluait alors à Milwaukee et joue maintenant à Miami, a été le 15e joueur réclamé au repêchage de 2013; il a été nommé deux fois joueur le plus utile à son équipe. Nikola Jokic, avec Denver, avait été sélectionné en 41e position; il est un triple lauréat de cet honneur. Gilgeous-Alexander avait été choisi en 11e position; il vient de remporter deux titres consécutifs.
« Il n’en a pas fini», a affirmé Presti. «Il a encore beaucoup de niveaux à sa portée, et son état d’esprit, je pense, est le principal moteur de tout cela. »
La victoire apporte également le succès individuel, et Gilgeous-Alexander en est conscient. Mais il rappelle souvent que des saisons dignes du titre de joueur le plus utile à son club ne sont possibles que grâce à la contribution de nombreuses personnes — et pas seulement celle du lauréat du trophée.
Si le Thunder redevient un prétendant au titre, il sera sans doute l’un des principaux candidats. Le meilleur joueur des meilleures équipes se retrouve généralement parmi les favoris pour le titre de joueur le plus utile à son club.
Et s’il est de nouveau l’heureux élu, cela lui coûtera cher : Gilgeous-Alexander a comblé ses coéquipiers de cadeaux de remerciement après ses deux premiers couronnements, notamment des montres de luxe, des manteaux Burberry et bien d’autres choses encore.
Pour Gilgeous-Alexander, le leadership est bien plus important que les trophées.
« C’est quelque chose que j’ai cherché à cultiver, mais je pense aussi que cela s’est développé naturellement à mesure que j’ai mûri en tant qu’homme », a-t-il expliqué.
« Devenir père m’a aidé dans ce sens. On est un exemple pour quelqu’un chaque jour, et même si c’est un peu différent dans la vie de tous les jours, c’est fondamentalement la même chose. On montre l’exemple — et il est difficile d’amener les gens à vous suivre si vous ne faites pas ce qu’il faut et si vous ne joignez pas le geste à la parole. »
