Qu’ont en commun Floyd Mayweather fils, Dmitrii Bivol et Terence Crawford? Ce sont bien évidemment les trois seuls boxeurs à avoir vaincu Saúl « Canelo » Álvarez au fil des 68 duels que le Mexicain a disputés au fil de sa carrière, qui le conduira au Temple de la renommée.
À cette liste, certains pourraient être tentés d’ajouter le nom de Gennadiy Golovkin, puisque plusieurs observateurs avaient déterminé, en septembre 2017, que « GGG » méritait mieux qu’un verdict nul partagé des juges, au terme du premier affrontement entre les deux rivaux.
L’idée, ici, n’est pas de réécrire l’histoire, mais plutôt de comprendre pourquoi les pugilistes susmentionnés ont été en mesure de connaître du succès là où tant d’autres ont échoué. Et pour aider à la réflexion, rappelons-nous qu’Erislandy Lara et Daniel Jacobs avaient aussi enlevé leur part de rounds lorsqu’ils ont affronté Álvarez, en 2014 et 2019, respectivement.
Ce qui unit tous ces anciens champions – Crawford l’a été incontesté dans trois catégories de poids (!) –, c’est leur maîtrise absolument exceptionnelle de la « douce science ». Habitué à toucher la cible 44,9 pour cent du temps avec ses coups en puissance à ses 13 derniers combats, « Canelo » a été limité à des pourcentages de 31,5 contre Mayweather, de 27,8 contre Bivol et de 31,9 contre Crawford. Pour un boxeur qui lance 10 coups de moins par round par rapport à la moyenne chez les super-moyens, chaque frappe compte.
C’est vraisemblablement là que se trouve la clé pour résoudre l’énigme du boxeur le plus populaire de la planète. Globalement, tous ceux qui se sont frottés à lui touchent la cible 30 pour cent du temps avec leurs coups en puissance. C’est donc ce qu’ils reçoivent en retour qui fait toute la différence. Et c’est possiblement là que le bât blesse pour Christian Mbilli...
Le Français qui s’entraîne à Montréal sous la supervision de Marc Ramsay ne manque pas de courage et de détermination pour utiliser une expression galvaudée. Son duel contre Carlos Congora – le 8e round en particulier – demeure une pièce d’anthologie, tout comme sa plus récente sortie face à Léster Martínez, en sous-carte d’Álvarez-Crawford, d’ailleurs.
Mbilli a de l’énergie a en plus finir, comme le témoignent les 57,7 coups en puissance qu’il lance en moyenne par round. Une moyenne deux fois plus élevée (28,8) par rapport aux autres pugilistes de la division ainsi que trois fois plus élevée (19,6) par rapport à « Canelo ».
Autant Mbilli donne, autant il reçoit en contrepartie. Contre Martínez, ce sont 42 pour cent des coups totaux qui l’ont atteint, alors que la moyenne tourne autour de 28,6 pour cent à 168 livres. Il est acquis qu’Álvarez ne sera pas aussi actif que le Guatémaltèque, samedi soir, mais il faut s’attendre à ce qu’il connaisse beaucoup de succès face à un boxeur qui n’a jamais été reconnu pour choisir ses moments. Mbilli ne connaît qu’une vitesse : à fond.
Les plus optimistes pourront toujours arguer qu’à 36 ans et 68 combats au compteur, « Canelo » est peut-être rendu au bout du rouleau. Il s’agit probablement là de la grande inconnue de cette confrontation présentée à Riyad, en Arabie saoudite. En temps normal, Álvarez ne rencontrerait aucune difficulté à vaincre un boxeur comme Mbilli. Mais étant donnée l’époque dans laquelle nous vivons est tout sauf normale, il reste néanmoins une forme de suspense à ce choc qui devrait commencer vers 16 h 30, heure avancée de l’Est.
Prédiction : victoire de Saul « Canelo » Álvarez par décision unanime des juges
Autres prédictions d’intervenants du monde de la boxe consultés par RDS.ca
Jean-Philippe Arcand, journaliste, La Presse : Même si « Canelo » n’a pas toujours bien paru à sa dernière sortie, qui remonte à plus d’un an, il n’a rien perdu de son génie défensif et de son intelligence dans le ring. Il offrira une redoutable opposition à Mbilli, qui devra quant à lui miser entre autres sur son excellente condition physique pour épuiser son rival. Je m’attends à un combat extrêmement serré, avec un résultat qui créera sûrement la controverse d’une manière ou d’une autre.
Giuseppe Moffa, entraîneur au Club de boxe Pound 4 Pound et entraîneur de Wilkens Mathieu et Christopher Guerrero : Mbilli est un champion au sommet de sa carrière, alors que « Canelo » est en fin de carrière, avec ses meilleures années derrière lui, même s’il reste un boxeur dangereux. Mbilli est taillé sur mesure pour « Canelo », qui a toujours été à son mieux contre des boxeurs agressifs. Son talon d’Achille, ce sont les techniciens comme Crawford, Bivol, Mayweather, Lara, etc. C’est pourquoi ils ont choisi un boxeur agressif comme Mbilli. Mais je ne crois pas qu’ils aient vu un boxeur agressif comme Mbilli et qui cogne autant que lui. Ces deux éléments rendent Mbilli dangereux pour n’importe quel boxeur. Mbilli va devoir faire un combat parfait et être très discipliné défensivement pendant 12 rounds. Il n’a pas le droit à l’erreur, parce que « Canelo » va te le faire payer, surtout vers la fin du combat. Ce sont les 9e, 10e, 11e et 12e rounds qui vont décider de l’issue du combat. Si Mbilli est prudent, je le vois vainqueur. Prédiction : victoire de Mbilli par décision.
Laurent Poulin, créateur de contenu, Boxingtown Québec : Mbilli est un ouragan : volume de coups, troisième poumon. Son jeu : noyer « Canelo », 36 ans, au coude opéré et inactif depuis 13 mois en lui imposant un rythme infernal. Le jeu de « Canelo » : faire mal en contre-attaque et ralentir son crochet de gauche et son uppercut. Prédiction : verdict nul qui permet à Mbilli de conserver son titre.
Anthony Seyer, entraîneur au Club de boxe de Saint-Hyacinthe et entraîneur de Raphaël Courchesne : Malgré son cœur et sa pression constante, Mbilli risque de s’exposer à la puissance et aux contre-attaques de « Canelo », qui risque de lui faire mal. Si ce dernier parvient à contrôler la distance, à créer des angles et à sortir de sa ligne d’attaque, sa supériorité technique fera la différence. Je vois Mbilli remporter un maximum de 4 rounds. Prédiction : « Canelo » par décision unanime.