Même si elle avait le nez ensanglanté et les deux yeux au beurre noir, c’est davantage le superbe sourire fendu jusqu’aux oreilles de Tammara Thibeault qui ressortait de son visage.
La Québécoise a vu des années de dur labeur être récompensées, samedi soir, à Orlando, en Floride, alors qu’elle est devenue championne unifiée IBF et WBO des poids moyens à la suite de son éclatante victoire contre Desley Robinson. Un exploit remarquable, étant donné qu’il a été accompli à sa cinquième sortie seulement dans les rangs professionnels.
« Ça va me prendre quelques jours [avant de le réaliser], ça s’envole dans mon cerveau », a déclaré Thibeault en entrevue à RDS.ca, dimanche, après une très courte nuit de sommeil.
« Je fais de la boxe depuis tellement longtemps, a-t-elle ajouté. J’ai fait le combat hier, j’ai gagné, je suis contente, c’était un bon combat. Les gens ont apprécié de voir le combat. Je suis super fière, je suis contente. J’ai travaillé fort. Les derniers mois n’ont pas été faciles. »
Thibeault avait, en effet, été limité à 56 petites secondes d’action dans un ring de boxe professionnelle dans la dernière année avant d’affronter Robinson. Elle avait toutefois participé à 6 combats dans les rangs amateurs, dont un contre la championne du monde en titre des plus de 80 kilos.
Malgré les apparences – son saignement de nez a été provoqué par un coup de tête accidentel au sixième round –, l’athlète originaire de Shawinigan a livré une prestation sans failles, en remportant tous les rounds sur les cartes de trois juges. Une domination totale et complète que la principale intéressée avait pressentie avant d’embarquer dans l’arène.
« C’est sûr qu’on n’est jamais certain de rien. C’est la boxe, tout peut arriver. Je suis la première à le savoir. Mais j’ai confiance en mes habiletés, j’ai confiance en mes capacités, a expliqué Thibeault. Ça fait longtemps que je fais de la boxe. Ça fait longtemps que je fais de la boxe à un haut niveau. Si je suis arrivée-là en confiance, c’est à cause de ma préparation.
« Je me suis préparée à la meilleure [de Robinson]. Mais ce n’était pas une question d’elle, c’était une question de moi. Comment j’étais préparé et comment je me suis sentie. »
L’entourage de Thibeault s’était cependant assuré de ne pas lui annoncer qu’en plus des titres de l’IBF et de la WBO, la Québécoise combattrait pour la ceinture de The Ring. Ce n’est que deux jours avant le combat, à la dernière conférence de presse, qu’elle l’a appris.
Même si cette breloque est d’abord et avant tout purement symbolique, jamais un pugiliste – hommes et femmes confondus – n’avait mis le grappin dessus aussi rapidement dans l’histoire.
« J’essayais de ne pas trop y penser avant le combat, parce que je voulais vraiment rester concentrée sur le processus, sur ce que j’avais à faire et ainsi de suite », a avoué Thibeault.
« Là, je peux prendre le temps de me dire que j’ai accompli ça, a-t-elle continué. Ce sont mes efforts qui vont me mener au résultat que je veux. [Les honneurs] j’ai zéro contrôle sur ça. J’ai le contrôle sur ce que je peux faire, mes actions, boxer selon toutes mes capacités...
« C’est sur ça que je me suis concentrée toute la semaine et c’est ça qui a fait en sorte que je suis restée “groundée”. J’étais concentrée à boxer la personne devant moi et non sur l’occasion qui se présentait à moi. Et ça, ç’a fait une grosse différence entre moi et l’autre. »
La manière dont s’est comportée Thibeault a fait écarquiller bien des yeux, d’autant plus que son combat a joui d’une importante visibilité, puisqu’il était télédiffusé aux États-Unis sur les ondes d’ESPN et au Royaume-Uni sur celles de Sky Sports. Sur les réseaux sociaux, plusieurs partisans réclamaient déjà une rencontre au sommet avec... Claressa Shields!
« Ça ne fait que quelques heures que je suis débarquée du ring. Une fois que je vais avoir la tête reposée, je vais prendre une direction pour ma carrière, a lancé la pugiliste de 29 ans.
« Il y a encore plein de choses à découvrir. J’ai encore plein de choses à apprendre. Je ne suis pas pressée, même si c’est drôle de dire que je ne suis pas pressée, alors que je suis devenue double championne du monde à mon cinquième combat seulement. C’est un peu contradictoire, mais en même temps, il faut saisir les opportunités qui s’offrent à nous. »
À vrai dire, autant Thibeault est ravie d’être devenue championne du monde de boxe professionnelle, autant son objectif de cœur demeure de monter sur la plus haute marche d’un podium olympique. Car après les déceptions vécues aux Jeux de Tokyo, présentés en 2021, et ceux de Paris, en 2024, elle compte se racheter à ceux de Los Angeles, en 2028. Il n’y a aucun doute qu’avec une médaille d’or au cou, elle n’arrêterait plus jamais de sourire.





