Les premières fois que Caroline Veyre a mis les pieds dans le gymnase de Parc-Extension où la boxeuse a désormais établi ses quartiers, elle a dû faire preuve d’une grande humilité.
Alors sans entraîneur et sans promoteur pour diriger sa destinée, la Montréalaise avait cogné à la porte de Samuel Décarie-Drolet dans l’espoir de remettre sa carrière sur les rails.
Mais tout ce que l’homme à tout faire de la boxe québécoise avait pu lui offrir à ce moment-là, c’est de se délier les jambes aux côtés de Leïla Beaudoin, en attendant de dénicher un lieu, et surtout, quelqu’un qui aurait le temps de s’occuper d’elle, comme Veyre le méritait.
Deux ans plus tard, l’athlète âgée de 37 ans n’a plus à détourner le regard et peut même se permettre de regarder droit dans les yeux chaque personne qu’elle croise en franchissant la porte du gymnase. La raison est simple : c’est parce qu’elle est une championne du monde.
Elle défendra d’ailleurs sa ceinture des poids super-plumes du WBC pour la première fois, samedi soir à Atlanta, alors qu’elle affrontera la Sud-Africaine Bernice Ferreira, en sous-carte d’un gala mettant en vedette la championne incontestée des lourds Claressa Shield.
« C’est incroyable d’aller au gym et de rentrer en tant que championne du monde. C’est un “feeling” qui va me suivre pour toujours, a avoué Veyre en marge d’un entraînement médiatique organisé la semaine dernière. Mais je ne tiens rien pour acquis... je travaille toujours très fort dans le gym. Je sais sur quoi m’aligner, les choses que je dois améliorer. »
Veyre est la première à reconnaître « qu’on sent qu’on devient champion quand on a aussi défendu son titre » et Décarie-Drolet, qui est aujourd’hui son entraîneur, ne voulait pas qu’elle verse dans la complaisance, après avoir atteint son objectif de devenir championne de monde à la suite de « vingt longues années de travail, de sacrifices et d’acharnement ».
La pugiliste et son équipe se sont ainsi fixé des objectifs précis : que la boxeuse devienne championne unifiée, puis incontestée. Le combat contre Ferreira lui offrira encore une fois une dose d’adversité, étant donné que la Sud-Africaine est invaincue en dix affrontements.
« Je ne voulais pas voir de changement [à partir du moment où elle est devenue championne] parce que si j’en vois un, c’est souvent une attitude hautaine. Souvent, c’est quelque chose comme : “je suis rendue hot”. Et il ne faut pas que ce soit ça, a expliqué Décarie-Drolet », qui a côtoyé de nombreux champions en tant qu’adjoint de Marc Ramsay.
« Quand tu es au sommet de la pyramide, tu es rendu une cible pour tout le monde. Tu es la personne que les gens vont regarder. Tu es la personne que les gens vont cibler. Tu es celle qu’ils vont analyser. Tu es la fille ou la personne, dont ils veulent prendre la place, a-t-il poursuivi. Alors, tu ne peux évidemment pas changer ton attitude de manière hautaine...
« S’il y a une attitude à avoir, c’est de redoubler d’ardeur. C’est de continuer d’être au gym. Puis, Caroline est comme ça. À chaque camp d’entraînement, nous sommes arrivés à aller chercher de nouvelles choses, d’améliorer des points et de continuer à travailler sur ses forces. Mais aussi à pallier certains trucs, qui étaient plus difficiles, et c’était important. »
Parmi les éléments ciblés par Décarie-Drolet, il y avait la façon dont se comportait Veyre au fur à mesure que les rounds défilaient pendant ses combats. Plus l’étau se resserrait, plus l’entraîneur avait l’impression que sa protégée avait de la difficulté à suivre les indications.
« Mon dernier combat contre Delfine Persoon, qui était une boxeuse très expérimentée avec une cinquantaine de combats, m’a énormément appris, a mentionné Veyre. Je sais que ce n’était pas un super beau combat, mais je n’ai pas reculé et je me suis très bien adaptée. »
« Dans des combats de dix rounds, avec des gens qui mettent de la pression comme nous avons pu le voir avec Persoon, Caroline a une meilleure gestion de combat sur une longue période avec du monde que met beaucoup de pression, a corroboré Décarie-Drolet. Pour le prochain combat, Ferreira va nous amener des choses que nous n’avons pas encore vues. »
Championne de l’IBO, la Sud-Africaine est reconnue pour son style résolument agressif. « C’est une fille qui met énormément de pression, c’est une fille qui lance sans arrêt, a décrit Décarie-Dolet. Tu auras beau la frapper avec un marteau... elle va continuer d’avancer.
« Et c’est pourquoi nous avons fait appel à Karla Ramos Zamora comme partenaire d’entraînement. Nous l’avions vu contre Jessica Camara, Marie-Pier Houle, Leïla et Marie-Ève Dicaire. C’est une fille qui met énormément de pression, comme Ferreira peut le faire.
« En plus de Karla, Caroline a mis les gants avec des gars aussi. Parfois, elle avait deux ou trois partenaires différents dans les mêmes séances [de sparring]. Donc, au niveau de sa gestion de combat, même en état de fatigue, c’est quelque chose qui a été amélioré. Puis, c’est assez important de le dire, c’est quelque chose qui est souvent difficile à améliorer. »
Mais s’il y a une chose que Veyre n’a jamais eu besoin d’expliquer à Décarie-Drolet au cours des deux dernières années, c’est qu’elle est prête à tout pour ajouter des cordes à son arc.





