MONTRÉAL — Le Québécois Aiemann Zahabi s’entraîne à fond dans l’octogone du Tristar Gym, un centre d’entraînement d’arts martiaux mixtes réputé situé à 11 kilomètres au nord du centre-ville de Montréal. À quelques semaines du combat le plus important de sa vie, il enchaîne les jabs et les coups de pied avec son frère aîné et entraîneur, Firas.
À la fin de la séance, Zahabi lève ses gants bleu et blanc vers un groupe de caméras alignées à l’autre bout de la cage, exhibant les drapeaux du Québec cousus sur chaque manchette.
« Je représente le Canada, les gars », dit-il avec un sourire.
Dimanche, le combattant originaire de Laval portera sa fierté nationale dans l’un des lieux les plus insolites de l’histoire de l’UFC: la pelouse de la Maison-Blanche.
Le président américain Donald Trump organise la fête de son 80e anniversaire avec l’'UFC Freedom 250′ à Washington, D.C., une soirée de combat sans précédent à l’approche du 250e anniversaire des États-Unis.
Zahabi est le seul Canadien au programme; il affrontera l’ancien champion des poids coqs américain Sean « Suga » O’Malley devant un public pro-américain.
« C’est une opportunité énorme pour moi, a déclaré Zahabi, âgé de 38 ans, dont le frère a entraîné Georges St-Pierre, figure emblématique des AMM. Des gens qui n’ont probablement jamais vu d’AMM auparavant, ou qui n’ont même jamais regardé l’UFC, vont se brancher sur l’événement.
« Je travaille dur depuis 20 ans, et peu de gens savaient qui j’étais. C’est l’occasion pour moi de me faire connaître du grand public », a-t-il poursuivi.
C’est une scène majeure pour Zahabi, même s’il a déjà reçu des messages de Canadiens mécontents qu’il participe à la fête d’anniversaire de Trump, alors que le président tient des propos sur le « 51e État » et impose des droits de douane au pays.
Zahabi a décrit le Canada et les États-Unis comme une famille, déclarant: « Parfois, on est en bons termes avec son frère, et parfois on est en froid ». Il a insisté sur le fait que de combattre à quelques pas du Bureau ovale n’était pas une prise de position politique.
« Ça ne veut pas dire que je soutiens tout ce que Trump dit et fait, a-t-il rappelé. Je vois ça comme une occasion de m’exprimer et de faire entendre la culture et les valeurs canadiennes.
« Je porterai de beaux costumes tous les jours, je parlerai en bien de notre pays et je ferai ce qu’il faut pour nous », a-t-il assuré.
Zahabi avait auparavant apporté son soutien à Trump, amateur de longue date de l’UFC et ami du président et directeur général Dana White, déclarant qu’il voterait pour lui si le président pouvait, par hypothèse, se présenter aux élections au Canada.
Il s’est depuis distancié de cette position, expliquant qu’il avait initialement soutenu Trump parce que celui-ci avait promis d’être le « président de la paix ».
« Il allait mettre fin à toutes les guerres et faire toutes ces choses différentes, [alors] j’étais pour lui, n’est-ce pas? J’aurais aimé que le président américain mette fin aux guerres dans le monde, a mentionné Zahabi, fils d’immigrants libanais qui ont fui la guerre civile. Maintenant, avec tout ce qui se passe, c’est comme ça, mais votre opinion peut changer quand les faits changent.
Il n’est plus le « président de la paix », a-t-il souligné.
Quelles que soient ses opinions sur l’hôte, Zahabi se concentre sur son travail dans l’octogone face au flamboyant O’Malley, un cogneur spectaculaire qui aborde le combat en tant que favori à environ 3 contre 1.
Zahabi a déjà défié les pronostics. Il aborde ce combat avec un palmarès de 14-2 et une série de sept victoires, dont une décision unanime face au légendaire José Aldo l’année dernière à Montréal.
Firas Zahabi a déclaré qu’une nouvelle victoire dimanche pourrait permettre à son jeune frère d’affronter Petr Yan pour le titre des poids coqs.
« Nous cherchons à placer nos coups, à éviter ceux d’O’Malley, et si l’occasion se présente, même à le mettre au sol si possible, a-t-il déclaré. Tout le monde s’attend à ce que l’autre gagne, donc s’il ne gagne pas, tout le monde va lui mettre la pression. ‘Qu’est-ce qui se passe? Tu es censé être capable de battre ce gars-là’. »
Aiemann Zahabi, quant à lui, a déclaré qu’il y avait une raison pour laquelle il avait lancé un défi à O’Malley, après avoir battu le vétéran Marlon « Chito » Vera il y a huit mois.
« C’était mon idée de l’affronter, a-t-il indiqué. Beaucoup de gens ne croient pas en moi, mais je vois les faiblesses de Sean, et j’ai hâte de les mettre à nu. Je n’ai pas peur de l’affronter. »
Après avoir vu les États-Unis s’imposer lors de récents événements sportifs, notamment les matchs olympiques de hockey masculin et féminin, Firas Zahabi a déclaré qu’il serait heureux de voir son frère remporter une victoire pour le Canada sur le terrain de la Maison-Blanche.
« C’est Aiemann contre O’Malley; ce n’est pas le Canada contre les États-Unis, a-t-il évoqué. Mais nous avons perdu dans tous les sports contre les Américains jusqu’à présent. Peut-être que si cela rend les Canadiens heureux, nous serons ravis d’être ceux qui leur apporteront une victoire. Ce serait formidable, aussi. »






