MONTRÉAL — Le Canadien Michael Woods avait depuis longtemps imaginé qu’arpenter les rues de Montréal, une ville qui avait contribué à lancer sa carrière de cycliste professionnel, serait la conclusion idéale. Puis, une hernie douloureuse l’a privé de ce moment.
Du moins, c’est ce qu’il croyait.
Un an après que cette blessure l’ait contraint à mettre un terme brutal à sa carrière, quelques semaines avant le Grand Prix cycliste de Montréal qui devait marquer ses adieux, le vainqueur d’étape du Tour de France remonte en selle.
Cyclisme Canada a annoncé le mois dernier que Woods, qui est âgé de 39 ans, sortira de sa retraite pour courir sous les couleurs de l’équipe nationale lors des prochains Championnats du monde de cyclisme sur route, à Montréal.
« Si les Championnats du monde se déroulaient ailleurs qu’à Montréal, je n’y participerais pas, a reconnu d’emblée Woods. C’est une occasion unique… Ça revêt une telle importance pour moi que, oui, je devais le faire.
« Mais ce sera la dernière fois. C’est certain, ce sera la dernière fois », a-t-il assuré.
Originaire d’Ottawa, Woods, qui réside maintenant en Andorre et à Chelsea, au Québec, participera également ce week-end aux épreuves des Grands Prix cyclistes de Québec et de Montréal, en guise de préparation à la course phare de l’UCI World Tour prévue le 27 septembre.
C’est un scénario que Woods n’aurait jamais pu imaginer lorsqu’il a quitté le sport, meurtri et désabusé, il y a environ 12 mois.
« J’étais presque blasé par ce sport au moment où j’ai annoncé ma retraite. C’était devenu un simple travail, a évoqué Woods, qui courait pour l’équipe Israel-Premier Tech, lors d’un entretien téléphonique le mois dernier. Je ne récupérais pas bien; je ne réalisais pas les performances que j’aurais souhaitées. Je n’ai vraiment pas terminé l’année dernière sur une bonne note, surtout avec cette hernie.
« Ça m’a laissé un goût amer, et je n’étais pas satisfait de la façon dont ça s’est terminé », a-t-il noté.
Woods s’est remis en question au cours des mois qui ont suivi, remettant en avant ses décisions passées et le chemin qu’il avait emprunté, jusqu’à ce qu’il se lance dans un programme de courses figurant sur sa liste de rêves, ce qui a ravivé sa passion pour la compétition.
Plutôt que de s’acharner sur une nouvelle saison de cyclisme sur route professionnel, Woods s’est tourné vers le cyclo-cross, le VTT et le ski de randonnée (skimo), préférant les courses amateurs à la compétition acharnée du UCI World Tour.
Il a notamment participé à la Pierra Menta dans les Alpes françaises — surnommée le «Tour de France du skimo» —, à la célèbre course de VTT Leadville Trail dans le Colorado et au Levi’s GranFondo en Californie.
« Je réalise aujourd’hui à quel point j’ai eu de la chance de faire ce que j’ai fait au cours de la dernière décennie, a-t-il déclaré. Je me sens très chanceux et encore plus passionné — et j’éprouve un amour pour ce sport — que je ne l’ai été depuis des années. »
Ce calendrier a également aidé Woods à rester en forme pour le défi qui l’attendait. L’idée de participer aux Championnats du monde de Montréal lui a traversé l’esprit pour la première fois vers mars ou avril, et une encourageante septième place au Championnats canadiens sur route en juin lui a donné la confiance nécessaire pour tenter l’aventure.
Woods a admis qu’il se sentait nerveux à l’idée de faire son retour, soulignant le caractère exténuant de chaque épreuve, même selon les standards du cyclisme professionnel.
« Ce sont trois des courses les plus difficiles du calendrier du World Tour, a-t-il rappelé. Je risque de me faire laminer et de vous dire à la fin que c’était une idée catastrophique. »
Mais il ne pouvait pas laisser passer l’occasion de vivre ce moment tant attendu, qui bouclerait la boucle.
Coureur de demi-fond accompli — il a été le premier à courir le mile en moins de quatre minutes et à terminer le Tour de France —, Woods s’est tourné vers le cyclisme sur route en 2012, après qu’une fracture de stress récurrente au pied gauche eut mis fin prématurément à sa carrière de coureur de fond de haut niveau.
Il se souvient avoir commencé la course cycliste par des critériums le mardi soir aux «Mardis cyclistes» dans l’arrondissement de Lachine, à Montréal, et avoir roulé aux côtés de son entraîneur de longue date, Paulo Saldanha, qui l’avait suivi «d’innombrables fois» en mobylette sur les allers-retours du Mont-Royal.
Woods a signé son premier contrat professionnel avec Garneau-Québecor en 2013, et un an plus tard, il a terminé dans le groupe de tête lors de l’étape de Montréal du World Tour.
C’est un résultat que ce spécialiste des ascensions considère comme le point de départ d’une carrière qui lui a depuis permis de remporter une victoire d’étape au Tour de France en 2023 et trois victoires d’étape à la Vuelta espagnole (2018, 2020 et 2024).
Woods refuse de commenter la murale
Une décennie après cette percée, une fresque géante située le long du parcours des Championnats du monde célèbre son dernier triomphe à la Vuelta — non sans susciter une controverse.
La fresque originale, commandée il y a un an par Sylvan Adams, propriétaire de l’immeuble et ancien copropriétaire d’Israel-Premier Tech, représentait son ancien coéquipier, Hugo Houle, et sa victoire d’étape au Tour de France 2022, la première remportée par un coureur né au Québec.
Mais Houle a quitté l’équipe d’Adams en décembre, et l’œuvre rend maintenant hommage à Woods, qui a refusé de commenter lorsqu’on l’a interrogé sur le remplacement de la fresque.
Il préfère plutôt profiter de ce retour à Montréal qu’il croyait perdu à jamais.
Quant à la suite après les Championnats du monde, Woods n’en est pas tout à fait sûr. Un retour au cyclisme sur route professionnel est hors de question, mais la compétition, sous une forme ou une autre, dit-il, n’est pas près de s’arrêter.
« J’adore la compétition, j’adore faire du vélo, a-t-il déclaré. Je ferai du vélo jusqu’à la fin de ma vie; je courrai, je participerai à des courses de trail et à d’autres épreuves jusqu’à la fin de ma vie, j’en suis certain.
« J’adore tout simplement ça », a-t-il conclu.





