Il y a 7.5 milliards de personnes sur la Terre. De ce nombre, seulement 2000 ont la génétique requise pour devenir un “homme fort” au niveau professionnel. Du haut de ses 6 pieds 3 pouces et de ses 350 livres, le québécois Jean-François (mieux connu mondialement sous JF) Caron en fait - largement - partie.

 

Non seulement est-il né avec le bagage nécessaire, mais il représente le Canada d’excellente façon sur le circuit professionnel mondial, lui qui vient de terminer au pied du podium aux derniers championnats du monde en Floride.

“C’est un peu la pire position à laquelle je pouvais terminer. Après 3 ans en 5e place, je voulais vraiment monter sur le podium cette année. Par contre, malgré une compétition dans laquelle les épreuves n’étaient pas vraiment de mon côté, j’ai pu terminer 4e. Alors je suis très content de cette performance.” confie-t-il lorsque rejoint au téléphone depuis son centre d’entraînement, à Québec.

 

Ce qu’il faut savoir, c’est que les épreuves ne sont connues des athlètes que moins d’un mois avant la compétition. Il y a une rotation d’environ 25 épreuves différentes qui peuvent refaire surface. Sans nécessairement les connaître précisément, il faut s’entraîner pour exceller dans plusieurs mouvements classiques, comme la marche du fermier, les pierres d’Atlas, les levés de pneus, les dévelopés militaires (overhead press) et le fameux “Yoke”, cette pièce d’équipement qu’on doit tenir sur ses épaules sur une distance précise.

“C’est important de bien maîtriser tous les mouvements, car la seule compétition où l’on connait les épreuves plus de 3 mois à l’avance, c’est le Arnold Classic. On peut donc avoir une préparation spécifique pour celle-ci. Après 15 ans sur le circuit, je m’entraîne 2 fois sur 3 en salle, surtout les jambes (squats et soulevés de terre) et les épaules (dévelopés assis et militaires). Le reste, c’est de bien pratiquer les épreuves lorsqu’elles sont connues. Par contre, pour un débutant, c’est l’inverse.” nous apprend le sympathique homme fort.

 

S’entraîner et forcer, ce sont les portions faciles et amusantes de cette discipline. Car si ce ne sont pas les heures au gymnase qui prennent le plus de temps, la nutrition, elle, occupe une large partie du quotidien. Et cette portion ne fait jamais relâche.
Pour lever tous ces poids, les athlètes doivent engloutir un minimum de 7500 calories par jour étalé sur 8 repas obligatoires. En saison de compétition plus intensive, on monte à 9000.
On parle donc de 4 livres de viande par jour (boeuf, poisson, poulet), accompagnés de riz ou de patates.
Non, la crème glacée ne fait pas partie du régime quotidien - malheureusement.

 

Une communauté en croissance

 

S’il n’y a que 2000 hommes qui ont la physionomie pour compétitionner au niveau professionnel, le sport est en forte croissance depuis les 7 dernières années.
Un circuit amateur a d’ailleurs été formé - l’ACAFA - avec différentes catégories de poids corporel où hommes et femmes peuvent s’amuser et se dépasser.

D’ailleurs, c’est plus de 400 athlètes qui ont compétitionné l’an dernier.

Jean-François, qui possède toutes les pièces d’équipement nécessaires à son local d’entraînement - lui qui est également propriétaire du circuit professionnel canadien - reçoit plusieurs athlètes de partout au Canada qui se déplacent pour avoir la chance de s’entraîner avec lui.

Le même esprit de camaraderie s’est installé dans le circuit professionnel. Avec une saison de plusieurs évènements qui se déplacent partout sur la planète, les compétiteurs ont beaucoup de temps pour échanger des idées, questions et autres trucs pour s’aider à progresser.

L’an dernier, Caron s’est même déplacé chez l’américain Brian Shaw pendant plus d’une semaine pour un camp d’entraînement.

Au menu pour la prochaine saison, le gentil géant s’apprête à défendre son titre de champion canadien pour la 9e fois consécutive. Ensuite, il sera à la poursuite d’un podium au Arnold Classic en Ohio, puis aux championnats du monde: l’ultime récompense.

À 37 ans, il est toutefois conscient que les occasions seront de moins en moins nombreuses dans les prochaines années.

“Je continue de m’améliorer année après année et d’être de plus en plus fort. Je me sens très bien en ce moment. Lorsque la roue partira de l’autre bord, on verra. Mais pour l’instant, je crois qu’il me reste plusieurs années!”