MONTRÉAL – En 22 ans à RDS, je n'avais jamais interviewé mon homonyme. Voici ma découverte d'Éric LeBlanc, l'arbitre de la LCF, qui a trouvé une manière de percer au football professionnel.
Qu'est-ce qu'un journaliste sportif, affecté la couverture des Alouettes de Montréal, fait quand il est en vacances? Il amène son fils assister à un match des Alouettes!
J'étais donc dans les gradins, le 2 août, quand six personnes vêtues d'un chandail d'arbitre sont venues prendre des photos, pendant l'échauffement, avec l'un des arbitres de cette rencontre face aux Roughriders de la Saskatchewan.
Cet arbitre était, bien sûr, le juge de lignes Éric LeBlanc et son épouse avait préparé une pancarte « #98 sur les lignes, #1 dans mon cœur ».
« C'est difficile, quand tu viens de l'Atlantique, d'avoir de la famille et des amis au match. Mais ma famille a fait les efforts pour se rendre à Montréal à partir du Nouveau-Brunswick. J'ai adoré ce moment! », a-t-il convenu avec un sourire révélateur.
« J'aime quand il y a au moins une personne que je peux regarder dans les gradins juste pour me dire qu'il y a une personne qui me supporte; ça me conforte un peu », a ajouté l'arbitre.
À 32 ans, LeBlanc vit déjà sa troisième saison dans la LCF. Mais il a, lui aussi, parcouru beaucoup de chemin.
« Je blague toujours en disant que j'étais affreux comme joueur, mais que je connaissais très bien les règlements », a lancé LeBlanc.
Son parcours de joueur s'est arrêté à l'école secondaire et son entraîneur lui a soumis l'idée d'arbitrer. Pendant 15 ans, il a gravi les échelons jusqu'à arbitrer des matchs universitaires et un revirement inattendu s'est produit.
« L'appel de la LCF, je ne m'attendais pas à le recevoir parce qu'on n'a pas ces opportunités en Atlantique. Je suis allé faire un camp et lorsque j'ai reçu un horaire avec mon premier match, j'étais vraiment surpris. Je n'avais jamais pensé que ça pourrait arriver », a-t-il décrit.
Son travail d'arbitre lui a déjà créé de magnifiques souvenirs et il en est reconnaissant.
« Mon moment favori a été l'an passé en Saskatchewan. Je suis originaire de là-bas (il a déménagé au Nouveau-Brunswick à 14 ans) alors j'avais de la famille dans la foule. TSN et RDS ont fait un petit spécial en montrant mon épouse et mon père à l'écran », s'est-il souvenu.
« Un autre match, cette année, à Edmonton, j'avais de la famille qui était présente parce que c'était ma fête. Les gens avaient préparé de belles petites pancartes disant ‘Ne criez pas après l'arbitre parce que c'est sa fête'. C'était très drôle. »
Si de tels moments ont égayé son parcours, il semble bien vivre avec la réalité des critiques envers les arbitres.
« C'est intéressant, car il ne faut jamais prendre les critiques de manière personnelle. Les pires critiques, ce sont nous-mêmes. Avec toute la préparation qu'on fait, ça nous arrive de réaliser qu'on aurait pu mieux faire une chose. Quand on se le fait pointer sur le terrain, que ce soit un joueur ou un entraîneur, il faut l'écouter. Ce n'est pas nécessairement vrai, mais il faut en tenir compte », a-t-il répondu.
« C'est aussi une manière d'écouter leur frustration et ça t'aide pour leur répondre et bâtir une meilleure relation », a poursuivi LeBlanc.
En parcourant les lignes de côté, il est évidemment propice à entendre une tonne de commentaires des joueurs et des entraîneurs.
« À 100%, c'est un jeu très émotif. Souvent, on voit que les entraîneurs ont leur moment de passion. Il faut juste vivre le moment et comprendre que c'est très important pour eux, ils veulent gagner à tout prix. Mais c'est très important que je n'abaisse pas mes standards parce qu'on me crie après. On a des discussions continuelles pendant les matchs », a noté l'arbitre.
L'entraîneur des Alouettes, Jason Maas, ne fait pas exception même s'il est plus calme que durant son règne à Edmonton.
« Jason Maas est très intelligent. Je sais que, quand il me crie après, ça veut dire que quelque chose est arrivé, je peux lui faire confiance », a cerné LeBlanc.
De nombreuses ouvertures dans l'arbitrage
Si la LCF a souvent essuyé des critiques, elle a eu raison d'investir dans l'Est du Canada. Il va de soi que l'ajout d'une équipe dans l'Atlantique ferait son bonheur.
« Ouais, ça fait longtemps qu'on en parle, je pense qu'il y a un appétit pour le football, il faut juste le nourrir un peu plus afin d'avoir des partisans encore plus dévoués », a réagi le no 98.
De son côté, il a été heureux de créer plus de place dans son horaire pour le football.
« Avant, l'arbitrage n'était qu'un passe-temps, mais je ne le considère jamais comme un emploi parce que j'adore tellement ça. C'est plaisant de visiter le Canada, de suivre le football et parler avec des gens qui aiment autant le football que moi », a noté LeBlanc qui a vécu son premier match au sein de l'équipe de l'arbitre en chef, Benoit Major.
Son développement comme arbitre passe par l'expérience sur le terrain, mais également par des formations fournies par la LCF et beaucoup de vidéos à étudier.
« Je rappelle souvent aux nouveaux arbitres qu'il y a beaucoup de travail en amont, de l'entraînement physique, la maîtrise des règlements et énormément de vidéos à étudier. Ça renforce les standards », a prononcé LeBlanc qui œuvre, au quotidien, comme gestionnaire de projets de rénovation et construction dans les hôpitaux au Nouveau-Brunswick.
Son parcours a les atouts pour devenir une inspiration dans sa région.
« Je ne pensais jamais avoir cette chance, mais elle existe maintenant. Que tu sois un jeune, une femme, les opportunités sont nombreuses. Les gens n'y pensent pas vraiment. Quand leur carrière de joueur se termine, ils pensent devenir entraîneur ou quitter le football. Mais j'aime dire qu'il y a d'autres options dans un rôle constructif », a-t-il témoigné.
« J'espère voir plus d'arbitres de l'Atlantique et une expansion icitte, ce serait nice », a conclu LeBlanc avec une phrase venant du cœur.

