MONTRÉAL – Depuis plus de deux ans, on tentait d’obtenir une entrevue avec Sidy Sow, le Québécois méconnu qui évolue dans la NFL. Voici pourquoi il a choisi la discrétion « je joue au football parce que j’aime ça, pas pour l’argent ni pour devenir populaire. »
Ses réponses, qui venaient du cœur, nous ont rapidement prouvé que l’attente en valait la peine.
« C’est un sport que j’adore, que j’aime. Je n’ai jamais joué pour d’autres raisons et j’essaie de garder le football comme c’était avant et de ne pas changer. Sinon, ça voudrait dire que je ne suis plus la même personne que j’étais au début », a mentionné le joueur de ligne offensive à RDS.
C’est tout à son honneur de vouloir demeurer dans l’ombre pour se concentrer sur de telles valeurs.
D’un autre côté, ça fait en sorte que le parcours de Sow ne rayonne pas suffisamment. À un point tel que plusieurs partisans de football ignorent que Sow évolue désormais avec les Texans de Houston.
Effectuons un pas de recul pour mieux le connaître et comprendre l’authenticité qui l’anime.
En avril 2023, Sow a été repêché en quatrième ronde par les Patriots de la Nouvelle-Angleterre qui étaient alors dirigés par Bill Belichick.
Cet exploit était l’aboutissement d’un rêve pour Sow qui a grandi dans un milieu très modeste. Du même coup, il était plongé dans l’immensité de la NFL et il devait s’y adapter.
Ses efforts ont été payants, particulièrement à sa saison recrue, alors qu’il a été partant pour 13 des 15 matchs qu’il a disputés.
« Oui, c’est sûr que c’était difficile durant ma première année. J’en suis rendu à ma troisième, c’est devenu normal. Parfois, je repense à l’université ou au secondaire et je me dis ‘Wow, c’était vraiment facile avant’. Mais c’est parfait comme ça, c’est mon rêve », a témoigné l’athlète de 27 ans.

Avec les contrats d’envergure, les stades remplis à craquer, les avions et les hôtels de luxe, la NFL, ça change une vie.
Mais Sow a bloqué ces pièges, il a conservé son esprit terre à terre et il s’assure de prendre soin de ses proches et sa mère.
« C’est vrai qu’on reçoit beaucoup d’argent et je n’ai pas besoin de tout ça. Je peux seulement en garder un peu et aider les personnes qui m’ont aidé à me rendre ici. Comme ma mère, elle m’a tout donné, elle a tout sacrifié pour moi. C’est rendu à mon tour de pouvoir l’aider le plus que je peux », a confié Sow avec reconnaissance.
En 2023, quelques jours après la joie causée par son repêchage, on s’était déplacé à Granby où il a appris les rudiments du football avec les Incroyables de l’école J.-H. Leclerc.
Ses amis et anciens coéquipiers se rappelaient sa force brute, presque plus grande que nature, mais ils évoquaient surtout leur fierté. Sow ne veut jamais oublier cette époque où il n’était qu’un petit garçon.
« Chaque été, j’essaie de retourner à Granby pour conduire ou marcher près du terrain, juste pour me rappeler d’où je viens, où tout a commencé. Quand le football devient un travail, tu peux parfois oublier la raison pour laquelle tu as commencé à jouer et c’est là que tu commences à moins aimer ça », a-t-il réagi avec le logo des Texans derrière lui, prouvant le chemin parcouru.
« En y repensant, je me dis ‘Wow.’ Je sais que le petit jeune de 12 ans, qui jouait à Granby, il serait fier de l’homme que je suis devenu »
— Sidy Sow
Le défi d’atteindre la NFL à partir des petits terrains éloignés du Québec était immense. Présentement, Sow se retrouve face à un autre défi. Il espère se libérer de son statut sur l’équipe d’entraînement des Texans afin de redevenir un partant.
Durant un match préparatoire en 2024, il a subi une blessure à une cheville qui l’a fait dégringoler dans la hiérarchie des Patriots et il a été libéré en août 2025.

Sow a surmonté cette épreuve « vraiment difficile » de sa blessure et il demeure convaincu qu’il peut gagner la confiance des entraîneurs des Texans. D’ailleurs, la ligne offensive demeure une faiblesse ce qui pourrait lui ouvrir une porte éventuellement pour relancer l’attaque de C.J. Stroud.
« Les décisions finales ne me reviennent pas. La seule chose que je peux faire, c’est essayer d’aider l’équipe chaque jour. Plusieurs entraîneurs viennent de l’organisation des Patriots donc ça m’a aidé à m’adapter », a décrit Sow.
« La plus grosse adaptation pour moi, c’est vraiment la chaleur. Il fait très chaud ici à Houston comparativement à Boston ou le Québec. Ça m’a pris un peu de temps pour m’habituer », a poursuivi le colosse de six pieds cinq pouces et 318 livres.
Dans son patelin, au Québec, les entraîneurs de football ne se gênent pas pour motiver les jeunes en leur disant que Sow a porté « le même casque et le même uniforme que vous ».
En toute humilité, il offre cette réponse sur l’inspiration qu’il représente.
« Chaque fois que je vais sur le terrain, je me dis ‘Il y a des jeunes au Québec qui vont me regarder et se dire wow, j’aimerais devenir comme lui’. Pour moi, c’était Laurent Duvernay-Tardif, je le voyais aller avec les Chiefs et gagner le Super Bowl. C’est rendu mon tour d’être dans la NFL, je dois montrer aux jeunes comment faire et leur donner de l’espoir », a conclu Sow.
Pour l’aider dans ce but, ça nous fera plaisir de lui parler à nouveau.





