MONTRÉAL – C’était le 4 octobre 2026.
Joey Savoie est réveillé très tôt. À une dizaine de jours du tournoi de golf le plus important de sa carrière, ce n’est pas vers le club de golf qu’il se dirige.
Savoie se prépare plutôt à aller courir dans les rues de Québec pendant 42,2 kilomètres pour le premier marathon de sa vie.
« Je suis allé à l’opposé des conseils de tous mes proches. Personne ne m’a dit que c’était une bonne idée. J’ai même demandé à Chat GPT, qui m’a aussi dit que c’était une mauvaise idée. La seule personne qui pensait que c’était peut-être une bonne idée, c’était moi, et pour plusieurs raisons mentales », se souvient Savoie.
À un moment de sa vie où sa forme physique et mentale devait être à son apogée, Savoie avait plutôt l’ambition de réaliser un immense défi physique.
Et deux semaines plus tard, Savoie peut fièrement crier sur tous les toits qu’il avait raison.
Car exactement 14 jours après avoir franchi l’arrivée de son premier marathon, Savoie a remporté dimanche dernier le Championnat du PGA Americas en République dominicaine.
Non seulement a-t-il remporté son deuxième tournoi de la saison, mais il a surtout décroché son billet pour faire le saut sur le Korn Ferry Tour la saison prochaine.
« Après coup, je réalise que c’était une excellente décision mentale si c’était fait intelligemment. Je n’ai pas donné 110 % de moi-même pour réussir le meilleur temps possible. Je l’ai fait pour le compléter. C’est un peu comme un tournoi de golf. Compléter un tournoi de golf, y aller un pas à la fois, c’est un exploit en soi. Et habituellement, ça apporte de meilleurs résultats », a comparé Savoie avec sagesse.
« C’est un sentiment de fierté, c’est un bonus. Je suis tellement content d’avoir gagné le tournoi, mais avoir ma carte du Korn Ferry Tour, c’est une validation encore plus importante selon moi. C’est une belle façon de finir l’année. »
Tout juste écarté du top-10 du classement du PGA Americas à l’aube du dernier tournoi de la saison, Savoie avait besoin d’un excellent résultat pour décrocher son exemption.
Et en République dominicaine, disons que Savoie a vécu un long marathon de 72 trous.
Même dans ses pires cauchemars, Savoie n’aurait sans doute pas imaginé un départ aussi catastrophique, alors qu’il a vite perdu cinq coups à la normale en l’espace d’onze trous.
« Il y a une acceptation que le début n’était pas bon et cette acceptation fait en sorte que tu n’as plus beaucoup à perdre », a concédé Savoie.
Puis tout a chaviré d’un seul coup.
Il a sauvé sa première ronde avec quatre oiselets sur les cinq derniers trous. Il a retranché quatre coups à la normale en deuxième ronde grâce à un aigle au 18e fanion. Il n’a pas commis le moindre boguey lors des rondes de la fin de semaine.
Et ultimement, il a été couronné champion.
« Je suppose que c’était une certaine bénédiction d’avoir eu un début de parcours très difficile parce qu’à ce moment, je n’avais plus rien à perdre. Grande résilience mentale, j’avais un excellent plan de match avec mon entraîneur qu’on a adapté aussi. Avec une grande résilience et un ADN de ne jamais abandonner, j’ai pu remonter la pente. »
« Je n’ai pas fait de boguey en quatrième ronde sous une pression assez intense… pour moi, je jouais ma finale de la Coupe Stanley. Avoir été capable d’avoir trois périodes sans bévue, c’est quelque chose! »
Une grande année pour le Québec
Cet accomplissement ultime, Savoie l’a aussi savouré en compagnie de son bon ami Étienne Papineau, qui le suivra également sur le Korn Ferry Tour l’an prochain grâce à deux victoires cette saison.
Papineau était déjà assuré d’accéder au circuit supérieur l’an prochain, mais il a tout de même participé à la dernière étape de la saison en République dominicaine. Les deux hommes ont grandi en foulant les allées du Club de golf Pinegrove.
« Il y avait un peu un état de choc, mais c’était trippant », s’est réjoui Savoie, qui était accompagné de tous ses proches.
« Deux Québécois, du même club de golf et de la même ville, qui se qualifient pour le Korn Ferry Tour, c’est quelque chose. Étienne l’a déjà fait, ce qui est incroyable. Maintenant deux Québécois, c’est quand même un exploit. »
Savoie, qui n’a probablement jamais été aussi près de la PGA, espère maintenant que cette réussite « va motiver et inspirer » plusieurs jeunes à s’initier au golf.
« Je pense que la quantité va mener à l’émergence de la qualité. On a quand même beaucoup de qualité, on ne peut plus utiliser les excuses d’avant. Les excuses du climat, du nombre de terrains de golf. J’espère que la mentalité va changer », brigue Savoie.
Et qui sait, peut-être verrons-nous de plus en plus de Québécois sur les différents tournois de la PGA d’ici quelques années.
La fabuleuse année de Savoie a d’ailleurs été marquée par une participation à l’Omnium canadien, où il a participé aux rondes de la fin de semaine.
« Ça fait longtemps que je dis que la différence entre le PGA et le PGA Americas est petite. Je pense que je le répète sans cesse. C’est le fun d’avoir un peu les résultats et l’action pour le confirmer. Je le dis depuis longtemps et les gens ne me croient pas, maintenant j’espère qu’ils vont me croire. »
« En général, si tu peux faire la coupure sur un des 10 ou 12 meilleurs tournois du PGA, tu devrais être correct sur le Korn Ferry Tour. C’est très variable. Ça prend un peu de constance, de timing, de chance, et les dés peuvent aller en ta faveur. »